Sans illusion, avec fermeté

La plaque dévoilée de la "Place de Jerusalem" dans le 17ème arrondissement de Paris lors de la cérémonie d'inauguration à Paris, en France, le dimanche 30 juin 2019. (Photo AP / François Mori)
La plaque dévoilée de la "Place de Jerusalem" dans le 17ème arrondissement de Paris lors de la cérémonie d'inauguration à Paris, en France, le dimanche 30 juin 2019. (Photo AP / François Mori)

A Paris, place de Jérusalem, le centre européen du Judaïsme a été inauguré par le Consistoire central. Les concours et la présence du président de la République, des autorités publiques et privées, des mécènes et intellectuels concernés confèrent à cet événement une importance particulière.

Deux champs de réflexions, l’un positif et l’autre négatif, peuvent se dessiner à l’occasion de cette heureuse opportunité.

D’une part, toutes les inaugurations du monde n’effaceront pas la transformation des lieux de cultes et de cultures juives de France en camps retranchés, aux accès difficiles, en raison des mesures contraignantes de sécurité civile rendues nécessaires par le développement des délits et crimes antisémites sur le territoire national. Le nouveau centre n’y échappera pas.

La fierté affichée par le chef de l’Etat à l’occasion de son discours inaugural est entachée de la honte nationale que constitue en France les atteintes à la dignité des Français juifs, à leurs sécurités publiques et privées, aux modifications forcées de leurs modes de vie, à l’exil intérieur et extérieur qui leur est ainsi imposé par la haine et la violence.

Les responsabilités sont partagées.

Les médias français qui (re)produisent l’information relative au conflit israélo-palestinien sur la base unique de la partie hostile à Israël.
Les politiques, diplomates, institutionnels qui fondent leurs actions sur ces mêmes bases partielles et partiales.

Ceux, parmi eux, qui condamnent et ceux qui laissent condamner l’Etat hébreu sur la base de faits non-établis au nom d’un Droit inexistant.

Ceux qui calquent les poncifs antisémites sur l’identité d’action de la partie israélienne.

Jusqu’au président de la République lui-même qui intègre à son conseil présidentiel des villes un individu entaché d’antisémitisme et qui reporte sine die depuis son élection, son déplacement en Israël pourtant prévu et annoncé.

Tant que des Français juifs devront déménager ou quitter le pays pour éviter l’antisémitisme au quotidien, tant que leurs lieux de cultes, de scolarité, de cultures, feront l’objet de cibles antisémites, tant que le chef de l’Etat ne condamnera pas les atteintes à la liberté et à la partialité de l’information à charge contre Israël, alors les éléments positifs relatifs au Judaïsme français et aux Français juifs seront assombris par ces réalités qui, hélas, ne sont même pas exhaustives.

D’autre part, il est patent que ces éléments positifs existent.

La bienheureuse obstination qui a permis l’édification d’un tel centre en plein Paris et dans une atmosphère en laquelle l’Etat ne parvient pas à éradiquer l’antisémitisme.

La collaboration entre la représentation du Judaïsme français et les autorités publiques, privées, locales, nationales qui ont permis à ce nouveau centre d’exister.

La légitimation de la culture et du culte des Français juifs constituent une victoire contre la haine et les violences qu’ils sont désormais amenés à subir en France.

In fine, cette inauguration aura représenté ce curieux trapèze que vivent les Français juifs entre libertés, sécurités et dignités.

Seule la fin de la partialité française sur le conflit israélo-palestinien (traitement médiatique et diplomatique de l’information) au profit du juste équilibre nécessaire à la manifestation de la vérité permettra aux Français juifs de sortir de leurs conditions de citoyens de seconde zone et à l’Etat d’assumer enfin ses responsabilités.

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Pierre Saba
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