Sale temps pour une campagne

Bulletins de vote du parti Likoud et les tracts de la campagne du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour les élections générales israéliennes, à Tel Aviv, en Israël, le mercredi 10 avril 2019. Photo AP / Ariel Schalit
Bulletins de vote du parti Likoud et les tracts de la campagne du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour les élections générales israéliennes, à Tel Aviv, en Israël, le mercredi 10 avril 2019. Photo AP / Ariel Schalit

Il en est de la politique comme de la météo en ce mois de janvier qui s’éternise : un temps sombre, orageux, une visibilité limitée avec des pluies diluviennes à l’origine de défaillances, d’accidents, et de beaucoup d’inquiétudes.

A gauche, l’unité réalisée permettra au Parti travailliste et surtout à Meretz de ne pas disparaître du paysage politique. Les premiers sondages, qui accordent à cette liste moins de dix sièges, confirment ce que l’on savait depuis longtemps. En cas de victoire de Benny Gantz, la gauche sera réduite au rôle de force d’appoint ; dans l’hypothèse inverse, elle aura la rude tâche de se faire entendre au sein d’une opposition éclatée.

Le parti Bleu-Blanc (Kahol-Lavan), qui fait désormais la course en tête, s’est mis à l’abri des intempéries en se réfugiant à la Knesset pour s’y consacrer au sort judiciaire du Premier ministre. Il n’est pas certain que le public accorde à ces péripéties parlementaires la même attention que les médias et les responsables du grand parti d’opposition.

De l’autre côté de l’échiquier politique, le temps est tout aussi maussade. La droite de la droite a réussi à faire son unité. Les différentes composantes du sionisme religieux et ses alliés de la « droite libérale et idéologique » (sic) ont décidé de faire taire leurs rivalités. Mais la perfection n’étant pas de ce monde, le parti kahaniste, Puissance juive (Outzma ha Yéoudit) d’Itamar Ben Gvir, est resté sur le bord de la route.

Le retrait de cette liste – dont on parle beaucoup à l’heure où ces lignes sont écrites – ne garantirait nullement que l’électorat extrémiste se reporte en masse sur un autre parti de droite. D’autant que la stratégie de Binyamin Netanyahou n’est pas arrêtée. Il pourrait se consacrer à dénoncer l’acharnement supposé des juges, de la presse, de la gauche et des Arabes contre lui; il pourrait tout aussi bien se présenter comme un grand homme d’Etat ne vacillant pas face à l’orage.

La « stratégie victimisation » consoliderait la « base » du Likoud, ces fidèles du Premier ministre prêts à tout pour le sauver, au risque de faire fuir les électeurs d’une droite plus modérée. La « stratégie respectabilité » ferait tomber dans l’escarcelle du parti du Premier ministre les voix d’électeurs de droite indécis, mais affaiblirait ses partenaires.

Dans les jours qui viennent, la tentation sera forte de jouer cette deuxième carte. Entouré d’une quarantaine de dirigeants internationaux réunis à Jérusalem le 23 janvier pour participer au forum « Se souvenir de la Shoah, combattre l’antisémitisme », Binyamin Netanyahou pourra afficher la belle assurance de celui qui parle avec les grands de ce monde.

En obtenant du président Poutine la libération de Naama Issachar, jeune Israélienne emprisonnée en Russie sous un faux prétexte, il présentera au public israélien l’image du père protecteur qu’il affectionne tant, et bénéficiera d’une embellie. En attendant le printemps qui est encore loin.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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