Rien n’arrêtera un Iran nucléarisé, pas même le Dôme de fer !

L’attaque sans précédent de l’Iran contre d’Israël a été immédiatement condamnée par la communauté internationale. Paradoxalement, alors que l’Etat hébreu n’a pas encore répliqué, les mêmes, Joe Biden en tête, appellent déjà à la désescalade.

Délaissant sa politique de déstabilisation par proxys interposés, l’Iran a attaqué directement Israël qu’elle menace de destruction depuis des années. Certes, l’élimination récente de cadres de haut niveau des Pasdaran (Gardiens de la révolution islamique), attribuée à « l’entité sioniste », ne pouvait rester sans réponse.

Mais c’est surtout la pusillanimité des occidentaux et en particulier la faiblesse de l’Amérique de Joe Biden qui a convaincu le Guide suprême Ali Khaméneï qu’il pouvait agir en toute impunité.

L’Iran, menace réelle ou tigre de papier ?

L’Iran poursuit imperturbablement sa politique hégémonique régionale. Pourtant, son économie est au plus mal, du fait des sanctions internationales, et son armée est déclassée sur le plan technologique. Sans oublier que le régime des Mollahs est défié quotidiennement pas sa population.

Pour survivre et sanctuariser sa « Révolution », le pouvoir n’a d’autre choix que de disposer de l’arme atomique. L’attaque du Hamas, le 7 octobre, et la guerre qu’elle a provoquée s’inscrivent dans une longue série d’évènements similaires constituant un écran de fumée pour détourner les regards de son programme nucléaire.

Malgré une guerre de communication gagnée haut la main par le Hamas avec la complicité d’organisations humanitaires, de journalistes partisans et de politiques complaisants, le but principal qui était le soulèvement des arabes israéliens et de la Cisjordanie, durant le mois du Ramadan, n’a pas été atteint. C’est même un échec cuisant, sans parler de l’annonce d’une normalisation entre l’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, et Israël !

Pire encore, pris à son propre piège des provocations et des menaces, la Théocratie chiite a été mise dans l’obligation de répondre à une attaque attribuée à Israël qui a décapité le haut commandement des gardiens de la révolution en Syrie. La technicité, le timing, le lieu choisi pour intervenir sont autant d’éléments démontrant une très grande préparation et des fuites au plus haut niveau. Augmentant encore la suspicion entre officiels du régime.

En Syrie, ne pouvant se prévaloir de l’atteinte à une représentation diplomatique, la proximité d’une ambassade d’avec un QG militaire lui a fait perde de facto toute immunité, (comme cela a été le cas à Gaza avec les hôpitaux transformés en bastions du Hamas), il fallait une action d’éclat pour redorer le blason de Téhéran.

Les Mollahs perses ont donc décidé d’envoyer la plus grande armada de drones suicides, missiles de croisière et de missiles balistiques jamais vue, environ 400 unités, depuis plusieurs fronts, y compris à partir de son territoire, afin de saturer les systèmes de défenses israéliens et alliés.

Les défenses aériennes israéliennes interceptant des tirs iraniens le 14 avril 2024. (Crédit : Capture d’écran de la Douzième chaîne)

Le résultat a été de permettre aux ingénieurs hébreux de démontrer la supériorité absolue de leur système anti-missile hypersonique Hetz (Arrow) avec une efficacité de 99%, même contre les fleurons de la flotte persane. Qui plus est, les alliés US, britanniques et français auxquels se sont joints les jordaniens ont neutralisé environ 80 engins.

L’Arabie Saoudite et les pays de l’alliance d’Abraham n’ont pas été en reste. Il s’agit d’un double échec stratégique, à la fois militaire et politique puisque cela a démontré l’inefficacité de la menace iranienne et cette attaque a reformé l’alliance mise à mal par la guerre à Gaza.

La presse internationale et les chancelleries n’ont pas hésité à qualifier de folie la surenchère de la République islamique et de brandir le spectre d’une mondialisation du conflit. Cependant, les Mollahs, s’ils prônent une doctrine messianique, ne sont pas fous pour autant. Ce sont de fins calculateurs.

Ces joueurs d’échec ont un atout dans leur manche : la peur de l’administration américaine de se retrouver embarquée dans une guerre avec en perspective les prochaines élections présidentielles.

L’Amérique « une puissance moyenne de grande taille » ?

Henry Kissinger aimait à dire à propos de la France qu’elle était « une grande puissance de taille moyenne. » Avec les revers cuisants de l’administration Biden au niveau international, on serait tenté de lui renvoyer la politesse.

Il n’est qu’à penser au retrait calamiteux d’Afghanistan, la gestion initiale de l’invasion Russe en Ukraine, le recul constant face aux provocations iraniennes et l’incapacité à maîtriser les Houthis yéménites qui ne sont ni le Hamas, ni le Hezbollah, perturbant 15% du trafic maritime mondial, avec des armes rudimentaires.

Sans ligne stratégique et n’ayant que quelques heures de lucidité par jour, d’après les fuites de la Maison Blanche, il incarne une Amérique qui a peur de sa propre puissance et qui est plus véhémente avec ses alliés qu’envers les ennemis du monde libre.

Sur le plan intérieur il est prisonnier de son aile gauche, de son mentor Obama, dont l’équipe est omniprésente, et de la course pour un deuxième mandat. En essayant de contenter tout le monde, il ne rassure personne.

A chaque conflit, il dévoile ses cartes en affirmant comme principe que les USA n’interviendront pas militairement. Cette fois encore, le locataire du Bureau ovale, s’est empressé de téléphoner au premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, pour le féliciter de l’exploit technique et qu’il n’y avait pas lieu à des représailles sur le territoire iranien. Et c’est très exactement ce sur quoi le Guide Suprême de la révolution compte pour lui sauver la mise et avec lui son régime moribond.

C’est un très mauvais signal pour les alliés de l’Amérique en Europe, face à la Russie armée par les Ayatollahs, au Moyen-Orient face à l’Iran, la Russie et la Chine. Même si toutes les armées ont été impressionnées par les capacités de défense israéliennes, ce n’est qu’un aspect tactique. Les décisions stratégiques se prennent entre alliés fiables, ayant des intérêts communs et avec une politique partagée afin d’assurer la sécurité et les échanges commerciaux dans la région et au-delà.

Israël, tous les chemins mènent à Jérusalem ?

L’Iran, se veut la championne de la cause palestinienne et de la libération de Jérusalem. Pourtant, en provoquant la guerre à Gaza, sans offrir ne serait-ce qu’un abri à la population civile, malgré les 1000 km de tunnels, les Pasdaran savaient ce qu’il en couterait aux palestiniens.

Le Dôme du rocher sur le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, avec la lumière des missiles intercepteurs dans l’obscurité de la nuit après des tirs de missiles balistiques de l’Iran, le 14 avril 224. (Capture d’écran/X; used in accordance with Clause 27a of the Copyright Law)

Ils savaient également qu’en envoyant autant de drones et de missiles le risque était grand de toucher les Lieux Saints de toutes les religions monothéistes, dont la Mosquée al Aqsa. Le monde a été témoin en temps réel que c’est Israël qui les a sauvés. Ainsi, ils n’ont pas connu le même sort funeste que les grands Bouddhas détruits par la folie islamiste des Talibans.

Que va décider Israël après cette « attaque historique » ? Une fois de plus, c’est sur un pays grand comme deux départements français, peuplé de 10 millions d’habitants (juifs, arabes, druzes, chrétiens araméens, circassiens, bahaïs…) que va reposer la sécurité de ce carrefour géographique entre trois continents, l’Asie, l’Afrique et l’Europe et au-delà, la crédibilité de l’Amérique dans cette région.

Benjamin Netanyahou doit résoudre une équation impossible. Maintenir sa coalition « hétéroclite » et fragile, réunifier un pays qu’il a divisé avec sa tentative infructueuse de refonte judiciaire, reconquérir la confiance de la population après le terrible pogrome du 7 octobre qui a signé l’échec de toute sa politique d’apaisement envers le Hamas, sécuriser les frontières et ramener les otages et la population déplacée du Sud, à portée de roquette du Hamas, ou du Nord attaqué par le Hezbollah libanais.

Et surtout neutraliser la « tête de la pieuvre » à Téhéran, malgré les injonction Etasuniennes.

Autrefois homme politique brillant, démocrate, issu d’une famille prestigieuse, saura-t-il s’en souvenir afin d’assurer l’avenir d’Israël et de toute la région ? Pour cela il devra faire un choix difficile.

Soit se contenter d’une victoire tactique liée à la supériorité technologique et à la qualité de son armée composée majoritairement d’appelés et de réservistes (en particulier les pilotes qui ont neutralisé les drones) mais qui ne fait pas disparaître la menace existentielle d’un Iran nucléarisé.

Soit partager le pouvoir en formant un gouvernement d’union nationale (on ne démissionne pas en temps de guerre), et malgré l’opposition de la Maison Blanche, revitaliser l’alliance d’Abraham pour affronter ensemble l’Iran sur son terrain afin de libérer son peuple et le Moyen-Orient de l’emprise du clergé chiite et des Pasdaran au pouvoir à Téhéran.

La fable, « Le Lion devenu vieux » de Jean de la Fontaine n’a jamais été aussi actuelle : « Le Lion, terreur des forêts, chargé d’ans, et pleurant son antique prouesse fut attaqué par ses propres sujets » et ses ennemis, « devenus forts par sa faiblesse ».

La morale étant connue, espérons que désormais avertis, nos dirigeants, par leurs choix, ne nous fassent subir « le coup de pied de l’âne » !

à propos de l'auteur
Hagay Sobol, Professeur de Médecine est également spécialiste du Moyen-Orient et des questions de terrorisme. A ce titre, il a été auditionné par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée Nationale sur les individus et les filières djihadistes. Ancien élu PS et secrétaire fédéral chargé des coopérations en Méditerranée, il est vice-président du Think tank Le Mouvement. Président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg de Marseille, il milite pour le dialogue interculturel depuis de nombreuses années à travers le collectif Tous Enfants d'Abraham.
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