Revital, devine qui vient dîner ?

DOSSIER – Le président palestinien Mahmoud Abbas lors d'une déclaration conjointe avec le secrétaire d'État Antony Blinken, le mardi 25 mai 2021, dans la ville cisjordanienne de Ramallah. Abbas a rencontré le ministre israélien de la Défense Benny Gantz à la résidence privée de Gantz dans une banlieue de Tel Aviv tard le mardi 28 décembre 2021. Les deux ont discuté de la coordination de la sécurité entre Israël et l'Autorité palestinienne d'Abbas, qui administre des poches de la Cisjordanie occupée. (AP Photo/Alex Brandon, Piscine, Dossier)
DOSSIER – Le président palestinien Mahmoud Abbas lors d'une déclaration conjointe avec le secrétaire d'État Antony Blinken, le mardi 25 mai 2021, dans la ville cisjordanienne de Ramallah. Abbas a rencontré le ministre israélien de la Défense Benny Gantz à la résidence privée de Gantz dans une banlieue de Tel Aviv tard le mardi 28 décembre 2021. Les deux ont discuté de la coordination de la sécurité entre Israël et l'Autorité palestinienne d'Abbas, qui administre des poches de la Cisjordanie occupée. (AP Photo/Alex Brandon, Piscine, Dossier)

On ne sait pas si c’est avec ces mots que Benny Gantz, ministre de la Défense, a annoncé à son épouse Revital que le président de l’Autorité palestinienne viendrait chez eux le 28 décembre. Ce qui n’allait pas de soi pour certains.

On se souvient que dans le film éponyme de Stanley Kramer en 1967, une jeune fille Blanche présentait son fiancé Noir à ses parents, des Américains progressistes. Mais peut-être pas si progressistes que cela : un Noir à la maison ! Toutes proportions gardées, c’est un peu ce qui est arrivé la semaine dernière en Israël. Benny Gantz et Mahmoud Abbas s’étaient déjà rencontrés en juin au siège de l’AP pour parler économie et sécurité.

Des décisions – apparemment techniques – avaient été prises avec un objectif politique majeur : renforcer l’Autorité palestinienne face au Hamas qui marque des points de l’autre côté de la Ligne verte, notamment dans la jeunesse. Cette fois-ci également, Benny Gantz n’a pas laissé son hôte repartir les mains vides : Mahmoud Abbas est revenu à Ramallah avec des milliers de permis de travail supplémentaires, des milliers d’autorisations de réunifications de familles israélo-palestiniennes, et 100 millions de shekels versés par l’Etat juif à titre d’avance sur les recettes fiscales qui reviennent à l’AP.

Last but not least, les deux dirigeants ont décidé de renforcer leur coopération en matière de sécurité. Il y a urgence : ces dernières semaines, le nombre d’attentats perpétrés contre des Israéliens en Cisjordanie et à Jérusalem a augmenté, et les violences à l’égard de Palestiniens aussi. A gauche, on a salué la rencontre. Devine qui vient dîner ?

Un président palestinien impopulaire dans les Territoires et âgé de 86 ans mais qui reste à ce jour le seul interlocuteur légitime pour engager, le moment venu, des négociations politiques sur l’avenir des Territoires. A droite – aussi bien dans l’opposition qu’au sein de la coalition – on s’est indigné. Devine qui vient dîner ?

Pour les élus du Likoud restés ou non dans la maison-mère, le président de l’AP est un « soutien du terrorisme » qui verse un « salaire » aux auteurs d’attentats emprisonnés en Israël et à leur famille. Ils ont sans doute oublié que cette pratique existait déjà lorsque Binyamin Netanyahou rencontrait régulièrement Mahmoud Abbas, y compris à la résidence officielle du Premier ministre.

A l’époque, l’insubmersible chef de la droite nationaliste déclarait qu’il voyait dans les Palestiniens non pas des ennemis mais « des voisins, des partenaires, et même des amis ». Les temps ont bien changé.

Pas à Rosh Haayin, où Benny et Revital ouvrent les portes de leur maison à ceux qui veulent faire progresser la cause de la paix. Une maison au centre du pays, un foyer juif où un grand professionnel de la sécurité montre qu’il comprend aussi quelque chose à la politique.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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