Révélations
Difficile, en cette période, d’exposer idées, théories, propositions, critiques, applaudissements. Les réunions du groupe suspendues par nécessité, obligeaient au devoir de réserve. En ces temps de tension, de drames, d’incertitude, de solidarité, la retenue, le respect s’imposent naturellement.
Mais les temps épiques sont en eux-mêmes révélateurs. Le cercle restreint d’amis, de compagnons que Jonathan retrouvait épisodiquement ne se bornait pas à échanger des nouvelles des uns et des autres, à évoquer des inquiétudes. Au fil des discussions, surgissaient des étonnements, des révélations. Il s’habituât à les relever et, à un moment donné, à leur donner une forme écrite, mémorisable. A la fois pour ne pas les enfouir dans le
courant de l’actualité qui passe et pour éventuellement les partager plus tard, lorsque ce temps de guerre sans fin trouvera enfin sa fin introuvable.
La dimension mondiale prise par l’évènement a priori régional qu’est cette guerre avec l’Iran, constitua la première source de révélation et d’étonnement combinés.
Comme les missiles à fragmentation, l’affrontement se révélait lui-même à fragmentation.
Une révélation qui dévoile à l’évidence un degré abyssal de méconnaissance, de défaut d’analyse, de stratégie du supposé plus puissant pays du monde. Les écoles de guerre, de diplomatie et de sciences politiques pourront longtemps décortiquer avec ce cas, l’effet d’aveuglement que la surpuissance peut provoquer. Méprisant le droit international, ignorant le devoir d’anticipation, sous-estimant les capacités ennemies, mésestimant les risques
humains et militaires. Révélation également du degré de déliquescence auquel peut conduire la démocratie. Quand elle confère à un personnage roi l’ensemble des pouvoirs de l’Exécutif, par-dessus les organismes législatif et judiciaire.
La révélation s’attachait, plus largement, à la découverte soudaine par le monde entier de cette monstruosité forgée patiemment, méticuleusement, l’Iran sous le régime des Mollahs.
Depuis une quarantaine d’années, les institutions internationales au premier rang desquelles l’ONU, les pays occidentaux, Europe, Amérique, ont laissé sans véritablement broncher se développer un Etat théocratique terroriste parmi les Etats. Annihilant les droits fondamentaux de sa population. Organisant, nourrissant l’Islamisme radical et le terrorisme mondial.
Prétendant ouvertement, contre tout droit international, faire disparaître un autre Etat, Israël.
Israël qui, une nouvelle fois, pourra s’entendre évoquer par ces autres nations jusqu’ici silencieuses, le fameux « je ne savais pas ». Découverte forcée par l’ébranlement en chaine que sait provoquer cet Etat brigand.
Troisième consensus lors de ces discussions restreintes, sur non pas un étonnement mais, au contraire, une confirmation aveuglante. La permanence de l’inépuisable, éternelle, multimillénaire « facteur juif » dans tout évènement mondialisé. A travers deux exemples.
A priori dans celui en cours, impliquant directement l’Etat porteur de cette malédiction. Israël,
objet de la volonté ouvertement exprimée par les Mollahs d’extermination totale, subissant sur tout son territoire le pilonnage de cibles majoritairement civiles par les missiles iraniens, répliquant à la reprise des bombardements de sa zone nord par l’affidé de l’Iran, le Hezbollah, par la reprise de l’attaque du sud Liban.
S’efforçant d’éliminer les menaces les plus immédiates du nucléaire et des missiles de toute nature par un effort de toute la nation.
Avec plus de 6 000 morts et blessés, la mobilisation de centaines de milliers de réservistes, le
déplacement renouvelé de population. Et cependant, Israël quasi unanimement condamné.
Pour, en fait, défendre sa propre existence et la vie de sa population.
Également à travers la pandémie d’un antisionisme/antisémitisme qui ne demandait qu’à être réveillé. Qui trouve dans la guerre d’Iran, dans l’intervention au Liban, un relais tout rêvé à l’hystérie accusatrice suivant le pogrome du 7 octobre 2023. Hystérie comme toujours sélective, oublieuse de nombreux autres conflits, autrement plus dramatiques que le drame de Gaza, en terme de morts et blessés, destructions et transferts de populations.
Dans les soirs printaniers telaviviens et le dernier café qui les ponctuait, une évidence à chaque fois s’imposait. Ecrite par Prévert, chantée par Montand : Quelle connerie, la guerre.
S’imposait aussi une certitude et un espoir : la connerie durerait, la guerre aurait une fin.

