Retour sur le bluff de Tsahal au Sud-Liban

Vue d'une unité d'artillerie déployée près de la frontière libanaise à l'extérieur de la ville de Kiryat Shemona, dans le nord d'Israël, le 1er septembre 2019. Photo : Basel Awidat / Flash90
Vue d'une unité d'artillerie déployée près de la frontière libanaise à l'extérieur de la ville de Kiryat Shemona, dans le nord d'Israël, le 1er septembre 2019. Photo : Basel Awidat / Flash90

C’est bien la première fois que Tsahal organise un bluff sur le champ de bataille ou du moins, qu’il le révèle.

Certes l’intoxication a toujours été une stratégie militaire qui a servi les intérêts de certaines armées, par exemple durant la Guerre Mondiale pour tromper les nazis sur le lieu du débarquement en Sicile ou de celui en Normandie.

Mais le 1er septembre 2019, nous avons assisté en direct à une mise en scène, à la frontière libanaise, digne des grands films. Il ne nous appartient pas de juger du bien fondé d’un tel spectacle mais on ne peut s’empêcher de douter de son efficacité sauf si nous ignorons sa finalité militaire qui ne nous a pas été expliquée.

À l’heure d’Internet, les informations circulent vite et il devient difficile de séparer le bon grain de l’ivraie. Israël a toujours assuré qu’il fallait faire confiance aux informations qu’il diffusait, contrairement aux autres armées arabes qui ne peuvent galvaniser leurs troupes que dans le mensonge. Il devient donc difficile aujourd’hui de croire aux dénis du Premier ministre lorsque des images ont été vues par de nombreux Israéliens à travers les médias étrangers.

La chaîne de télévision al-Mayadeen avait fait part de la «fuite des militaires israéliens de leurs casernes», après l’opération du Hezbollah. D’autres sources médiatiques ont rapporté la mort du Commandant de la région Nord après une frappe sur son véhicule tout près d’Avivim.

L’information était crédible après la diffusion d’images de blessés Israéliens emportés dans des brancards vers des hélicoptères alors que le Premier ministre israélien avait prétendu que la frappe du Hezbollah n’avait fait aucun blessé. L’angoisse avait atteint toutes les familles de soldats incorporés qui avaient interprété habituellement le silence de Tsahal comme le temps nécessaire pour informer en priorité les familles des victimes.

Mais même si les images étaient faussées, Tsahal a été montré en état d’infériorité pour la première fois, ce qui pourrait donner un certain espoir au Hezbollah et un espoir à ses miliciens. Les frappes par Israël d’obus de mortiers et de roquettes contre des terres, volontairement inhabitées, ont été interprétées comme une volonté, voire une incapacité, à contenir une escalade de grande échelle.

Le Hezbollah en a conclu qu’Israël refusait de se lancer dans une guerre au Nord après la guerre latente à Gaza. Les observateurs ont effectivement conclu que Nasrallah avait tenu sa promesse puisque dans son discours, il avait promis que sa riposte aurait lieu aux fermes de Shebaa, mais aussi tout au long de la frontière libanaise.

Certains ont voulu voir dans ce bluff d’Israël un moyen de déconsidérer le Hezbollah après ses communiqués de victoire totalement irréalistes. On connaissait déjà cette milice et ses forfanteries, ce n’est pas nouveau. Le bluff a été concluant mais au prix d’un doute qui s’instillera dorénavant dans les actions de Tsahal. Est-ce vrai ou est-ce du cinéma ?

En revanche avec ce bluff,  le Hezbollah s’est totalement trompé sur le Namer, véhicule de combat de l’infanterie israélien, lourdement protégé, capable de transporter 12 personnes parce qu’il pensait avoir trouvé la faille et le moyen de le détruire avec tous ses occupants malgré tous ses blindages. Il a dû revoir ses certitudes. En effet la chaîne de télévision libanaise Al-Mayadeen avait affirmé que «Les combattants du Hezbollah ont détruit un véhicule militaire sur la route de la caserne d’Avivim, tuant ou blessant tous ceux qui se trouvaient à l’intérieur».

Ces terribles informations se sont révélées fausses mais entre-temps l’angoisse était dans tous les regards israéliens. Ce sentiment de victoire a permis aux Libanais de faire mentionner «l’état de peur et de panique qui règne chez les colons israéliens du nord des territoires occupés».

La chaîne de télévision Al-Mayadeen a mentionné par ailleurs la grandeur d’âme du Hezbollah car «les forces israéliennes qui voulaient transférer les blessés étaient à la portée de tir des combattants de la Résistance, mais ces derniers leur ont permis de récupérer les blessés».

D’autre part, cet incident a prouvé l’incompétence de la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban) qui n’a rien vu et qui n’a pas pu rapporter correctement les faits. Son chef, le major-général Stefano Del Col, s’est borné à demander un «maximum de retenue» aux deux parties. C’est peu quand on sait que cela aurait pu dégénérer.

Enfin la leçon à tirer de cet incident sans victime : aucune des deux parties n’est intéressée à se lancer dans une aventure militaire sans lendemain. Même le Hezbollah ne veut pas en découdre… pour l’instant.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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