Retour à Westhoffen, le film d’Ondine Debré

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Ondine Debré journaliste à ELLE, Zadig puis au Monde, petite-fille de Michel Debré, le père de la constitution de la Ve République, a réalisé Retour à Westhoffen, diffusé le 28 avril, sur France 3 Grand-Est, à 22h35.

Où étiez-vous lors de la profanation du cimetière de Westhoffen ?

Ondine Debré: C’était un moment assez stupéfiant. Je travaillais au magazine ELLE. J’ai écrit un texte dans lequel j’explique que ce petit village raisonne beaucoup en moi. La profanation de ce cimetière juif est une aberration de l’histoire car les traditions juives et alsaciennes sont emmêlées à tet point qu’on ne peut plus les démêler l’une de l’autre. Même si les profanations en Alsace sont monnaie courante, voir des tombes taguées avec notre nom de famille dessus, a été choquant. C’est l’espace-temps qui percute les réalités d’hier et viennent toucher notre histoire d’aujourd’hui. Mon père était ému. Il est celui, chez nous, à s’être le plus intéressé à ses origines et il en a fait deux livres, en 1978 et 1979, sur l’histoire des juifs en Alsace, entre le XVIIIe et le XIXe siècle, dont Le livre des égarés. Plus qu’un livre d’histoire c’est un roman publié d’abord chez Flammrion et nommé pour le prix Goncourt, inspiré de la vie de Cerf Berr, un notable juif alsacien, qui s’est battu pour que les juifs obtiennent la citoyenneté française aux cotés de l’Abbé Grégoire.

Un livre magnifique réédité par La Nuée bleue, une maison d’édition alsacienne.

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Pourquoi Robert et Michel Debré, ont-ils occulté leur judaïsme et comment s’est passé ta rencontre avec le sociologue Freddy Raphaël, le rabbin Harold Weill et l’historien Jean-Pierre Lambert ?

Ondine Debré: Il y a eu un rejet. Robert était profondément athée, élevé par un rabbin, il en a probablement eu ras le bol. Une génération a changé d’époque et d’histoire. Il était issu d’un milieu très religieux, très orthodoxe, a eu un désir fort de faire partie d’un autre monde. J’ai découvert en faisant le documentaire que de très nombreuses vies de juifs alsaciens avaient changées radicalement après l’accès à la citoyenneté. Freddy Raphaël, Harold Weill et Jean-Pierre Lambert étaient très contents de participer à ce projet. C’était à la fois émouvant et sensible.

Delphine Horvilleur dit du judaïsme alsacien qu’il est mort, il reste pourtant plus de 20 000 juifs à Strasbourg. Vous dites aussi que cela aurait pu être votre histoire. Ne l’est-elle pas ?

Ondine Debré: Ma famille a renié son judaïsme à tel point que mon père a presque du le ramener, de force, dans la mémoire collective. Il nous avait laissé le choix d’en faire notre religion ou non. Ce judaïsme qui a disparu est lié au fait qu’ils s’étaient installés là parce qu’ils n’avaient plus le droit de vivre en ville mais les juifs d’aujourd’hui qui vivent à Strasbourg n’ont plus du tout les mêmes traditions qu’autrefois.

Je ne veux surtout pas usurper quoi que ce soit et faire semblant de m’accaparer une identité juive qui n’est pas la mienne. Je ne veux pas qu’on me prenne pour une fille qui se la joue, fait semblant d’être juive dans certains milieux, même si l’on n’était catholique que culturellement et qu’on est pas beaucoup allés à l’église. Je n’ai pas été élevée du tout dans la religion. Je n’ai aucun souvenir d’enfant allant à la synagogue.

J’ai une perception nouvelle de mes origines juives. Ne serait-ce que mon nom de famille, de savoir d’où il vient, çà a recadré ma vie. Mais dire que ce sont nos origines serait un mensonge, ce ne sont pas nos origines. Je ne saurais pas comment préparer un Shabbat.

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Comment parlez-vous de tout cela à vos filles, qui sont liées par leur famille aux fondateurs des Cahiers de l’Herne ?

Ondine Debré: Il y a des différences d’éducation et de milieu. La plus grande a vu le documentaire, je leur raconte qu’une partie de leur famille n’avait pas la même religion. On est allées plusieurs fois à Westhoffen, elle sont venues en Israël . Elles grandissent dans la religion catholique, fêtent Pâques et font Noël à la messe. Je ne leur ai rien imposé, sans que ce soit très clair. Elles ont des notions religieuses que je tempère en leur transmettant ce que je peux de leur histoire juive.

Est-ce que vous souhaitez ajouter quelque chose ?

Ondine Debré: Je dois participer au Festival du film israélien de Strasbourg en mai et j’ai été contactée par l’Institut français de Tel Aviv qui a apprécié le film.

Voir aussi:
Retour à Westhoffen Documentaire – inédit Jeudi 28 avril à 22h35
Le dernier juif de Westhoffen est mort , par Ondine Debré, Revue des deux mondes
Mon ancêtre le Grand rabbin, Jean-Louis Debré, Akadem

à propos de l'auteur
Alexandre Gilbert, directeur de la galerie Chappe écrit pour le Times of Israël, et LIRE Magazine Littéraire.
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