Respecter le Juif Noir face au judaïsme des émotions

Asmamo Kasi, 72 ans, à gauche, et un parent non identifié qui sont tous deux des immigrants éthiopiens nouvellement arrivés en Israël, sont présentés au Mur des Lamentations à Jérusalem le 30 mai 2008. (Photo AP)
Asmamo Kasi, 72 ans, à gauche, et un parent non identifié qui sont tous deux des immigrants éthiopiens nouvellement arrivés en Israël, sont présentés au Mur des Lamentations à Jérusalem le 30 mai 2008. (Photo AP)

La réflexion qui caractérise le judaïsme prend toujours la forme d’un reflux de la pensée sur ses propres sources juives qui lui permet de se ressaisir comme l’origine du sens qu’elle confère à ses sujets et à ses œuvres.

Et en esquivant ce débat juif sur les idées et les valeurs, il ne reste que les imposer, comme la voie d’un dogmatisme desséchant dans lequel le judaïsme africain entendu comme retour à nos sources culturelles dans la fierté retrouvée, est pervertie, au point de n’être plus qu’un avatar du « lashon hara».

En raison d’un tel dogmatisme, les idées avancées par le judaïsme sont figées dès leur mise au jour et ne sont susceptibles d’aucun altérité. Le judaïsme vise bien cette valeur de vérité qui se définit par l’accord de la pensée avec son objet.

Mais son objet à lui, c’est le critère de cette vérité qui ne qualifie pas seulement les solutions, mais les problèmes eux-mêmes.

La solution de nos problèmes ne se trouve pas au ciel ou entre les mains des Rabbins idéologues, ces hommes providentiels.

Attendre d’eux la réponse à nos interrogations théoriques et à nos hésitations pratiques, c’est fuir le nécessaire effort de réflexion, de pensée personnelle par la discussion et la recherche méthodiques.

Loin que les réponses à nos questions soient déjà quelque part dans l’au-delà d’une transcendance plus ou moins inaccessible, elles ne se découvrent que progressivement dans nos liens aux origines juives, aux problèmes que le judaïsme peut et doit se proposer, comme autant de « mitzvot » à accomplir.

Le Juif actuel ne peut s’exalter jusqu’à des visions supraterrestres. Le résultat, but essentiel du Judaïsme, sera obtenu dès l’instant où le concept de l’unité du peuple sera élargi jusqu’à coïncider avec celle du judaïsme africain. Le problème est de saisir le lien qui assure notre cohésion, notre structure d’ensemble.

à propos de l'auteur
Guershon Nduwa est le président de la communauté juive noire de France.
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