Said Musayev
Ancien diplômé de Science politique de l'Université Montesquieu Bordeaux IV

Reprise des combats entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan : pourquoi maintenant ?

Depuis le 12 juillet 2020, de violents combats provoqués par l’armée arménienne se déroulent dans la direction de Tovouz en Azerbaïdjan à la frontière arméno-azerbaïdjanaise.

Du fait de l’escalade du conflit du Haut-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, 11 militaires et un général ont été tués du côté azerbaïdjanais et 4 militaires du côté arménien. Le plus étonnant est que l’armée arménienne, en violant le principe du droit international humanitaire, les Conventions de Genève, sur l’interdiction des attaques contre les civils, cible sans hésiter les civiles azerbaïdjanais dans les villages et des lieux d’habitation autour du district de Tovouz et d’Agdam.

En violant le principe d’interdiction du recours à la force, une norme impérative du droit international général, qualifiée aussi de jus cogens, les forces armées arméniennes ont continué mardi 14 juillet à bombarder le village d’Aghdam du district  de Tovouz, laissant le villageois Aziz Azizov (né en 1944) mort, rapporte l’agence d’informations Trend.

Mais il y a de vifs débats sur les raisons de l’escalade et qui a déclenché le feu en premier à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Premièrement, après l’impasse des négociations, la montée des tensions était inéluctable. En mai 2020, le Premier ministre arménien Nikol Pashinian a visité la ville azerbaïdjanaise historique de Shoucha dans les territoires occupés, provoquant de vifs sentiments en Azerbaïdjan.

En graves difficultés socio-économiques le Premier ministre Pashinian veut cacher le bilan catastrophique de son quinquennat en Arménie. Parce que ses promesses révolutionnaires sur les changements structurels en Arménie n’ont pas réalisées.

C’est pourquoi l’autorité d’Erevan a décidé d’organiser une aventure militaire similaire à la frontière de l’État, et non dans le Haut Karabakh occupé. «Toute la responsabilité incombe directement aux dirigeants politico-militaires de l’Arménie. De tels événements se produisent en raison des activités hypocrites et malhonnêtes des dirigeants arméniens. D’une part, ils font appel à la communauté internationale et demande de l’aide pour renforcer le cessez-le-feu sur la ligne de contact arméno-azerbaïdjanaise.

De l’autre, en commettant des provocations militaires, l’Arménie veut envahir plus de territoires de l’Azerbaïdjan, s’emparer de nos positions, tirer sur la population civile et nos villages. Cette politique laide et insidieuse mènera l’Arménie dans l’abîme », a ajouté le Chef de l’État azerbaïdjanais Ilham Aliyev.

À un moment où les conséquences de la pandémie Covid-19 s’aggravent, alors qu’est ce qu’ils se cachent derrière cette attaque militaire provocatrice de l’Arménie contre les unités azerbaïdjanaises à la frontière ? Dans ce moment difficile seulement l’Arménie pouvait choisir ce scénario en tentant de jeter une ombre au leadership de l’Azerbaïdjan au sein de Mouvement des Non-Alignés (MNA) et ainsi à l’appel de la 31e session extraordinaire de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unis (ONU) à l’initiative du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev afin de conjuguer les efforts collectifs pour gérer les répercussions de la crise sanitaire sur le monde.

Le fait le plus curieux est que les batailles ne sont pas sur la ligne de contact au Karabakh, comme c’était généralement le cas, mais à la frontière de l’État. Franchement, les régimes arméniens précédents ont essayé de s’abstenir de provocations à la frontière de l’État, mais le Premier ministre arménien Nikol Pashinian a pris une voie complètement différente. Plusieurs d’autres facteurs peuvent expliquer le transfert du théâtre d’opérations des lignes de contact au Karabakh à la frontière de l’État

Premièrement, il y a un an, en Azerbaïdjan, il a été décidé de transférer la frontière d’État avec l’Arménie au Service national des frontières de l’Azerbaïdjan. Avant cela, des unités du ministère de la Défense du pays se trouvaient ici. À l’été 2019, un transfert progressif de sections de la frontière de l’État vers le régime frontalier a commencé. Cette décision a provoqué l’hystérie en Arménie, où ils souhaiteraient que la frontière reste dans le statut de zone de guerre, ce qui permettrait aux forces armées arméniennes de faire avancer tranquillement leurs positions dans les territoires azerbaïdjanais.

Deuxièmement, dès les premiers jours de son arrivée au pouvoir, Pashinian a commencé à faire des réclamations excessives contre son allié stratégique de la Russie et de l’Organisation du Traité de Sécurité collective (OTSC). Il a fait pression sur la direction de l’OTSC, provoqué et fait des démarches afin d’obtenir des préférences pour l’Arménie.

Il suffit de rappeler le scandale avec l’arrestation du secrétaire général de l’OTSC Yuri Khachaturov à Erevan et l’obstruction de plusieurs mois par Erevan au processus d’élection d’un nouveau secrétaire général. Nikol Pashinian ne voulait qu’une chose: obtenir le soutien ouvert de l’OTSC à l’Arménie dans le conflit avec l’Azerbaïdjan. C’est pourquoi le Premier ministre arménien Pashinian a volé le 16 juillet à Moscou afin d’obtenir le soutien du Kremlin à un moment où les affrontements militaires s’intensifient dans la frontière arméno-azerbaïdjanaise.

Cependant, la partie arménienne a clairement déclaré que les opérations militaires au Karabakh sont une affaire interne de l’Azerbaïdjan et que cela ne relève pas des obligations alliées. Dans ce cas, Pashinian a compris ce qu’était le principal échec de Serzh Sargsyan, alors il a décidé de transférer le théâtre des opérations du front du Karabakh à la frontière de l’État dans l’espoir d’impliquer la Russie et l’OTSC dans le conflit avec l’Azerbaïdjan.

Ni la Russie, ni l’OTSC n’ont soutenu l’Arménie et n’ont pas condamné l’Azerbaïdjan. Ils ont appelé les parties au conflit à la retenue et à la cessation des hostilités. Le plan de Pashinian pour les impliquer dans le conflit a échoué.

Troisièmement, ce qui se passe au Karabakh est perçu par les Arméniens comme se déroulant en territoire étranger, loin des frontières de l’Arménie. Malgré les efforts de propagande, les Arméniens comprennent toujours au fond que le Karabakh est une terre étrangère et que les opérations militaires sur la ligne de contact n’ont rien à voir avec leur sécurité. Pendant ce temps, un affrontement à la frontière de l’État est déjà une sorte de menace qui peut faire oublier tout le reste aux citoyens.

Y compris les pannes de courant, une pandémie à venir, une crise économique profonde, 30% de chômage et 50% de pauvreté dans le pays. En termes simples, en provoquant des hostilités à la frontière, Nikol Pashinian a tenté de sauver son pouvoir, de détourner l’attention de son peuple des problèmes socio-économiques internes.

Malheureusement, tant que les 4 résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU  (822, 853, 874, 884) ne seront pas mises en œuvre, les affrontements militaires à la frontière et sur la ligne de contact au Karabakh continueront de se produire. Bakou officiel est prêt à donner à la région du Haut-Karabakh une plus grande autonomie sous la juridiction de la République d’Azerbaïdjan, une garantie pour le plein respect des droits civils, socio-économiques et culturels de la population arménienne qui y vit conformément à la législation azerbaïdjanaise et la loi internationale.

Cependant, Erevan officiel devrait montrer une volonté consciente et lucide aux négociations sur le règlement de la question du Haut Karabakh et appliquer pour la solution graduelle du conflit les quatre résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. C’est le seul moyen de restaurer la paix et la stabilité dans la région.

Évoquons que, les deux voisins du Caucase du Sud ont été enfermés dans le conflit du Haut-Karabakh, une région internationalement reconnue de l’Azerbaïdjan qui était occupée et reste sous le contrôle illégal des forces armées de l’Arménie depuis la fin de la guerre en 1994. Les efforts de la médiation de 3 États co-présidents (la France, la Russie, les Étst-Unis) du Groupe de Minsk de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) pour régler le conflit ont été bloqués en dépit de l’attitude déconstructiviste et des manœuvres qualifiées de « provocatrices« de l’Arménie.

Les forces arméniennes et azerbaïdjanaises se sont fréquemment engagées dans des affrontements. Les escarmouches actuelles semblent marquer le pic le plus grave des hostilités depuis 2016, lorsque des dizaines de morts ont été tués en quatre jours de combats.

à propos de l'auteur
Said est né le 1er mars 1988 en Azerbaïdjan. Ancien diplômé de Science politique de l'Université Montesquieu Bordeaux IV (2011-2012), après avoir terminé ses études en Master Droit Public et Science Politique, spécialité de l'Intégration Communautaire et Politique Européenne de Voisinage à l'Université de Reims Champagne-Ardenne en France (2012 -2014) Il a commencé à consacrer ses recherches sur l'histoire des Juifs d'Azerbaïdjan et la coexistence des Juifs avec différentes cultures dans différentes sociétés. En 2014, il a effectué un stage rémunéré au sein du Parlement européen à Bruxelles. En septembre 2015, Said Musayev a été recruté par le Comité d'État pour les Travaux avec les Organisations religieuses de la République d'Azerbaïdjan pour le poste de "consultant" dans la section de la coopération internationale. En janvier 2016, il a été admis au programme de doctorat en science politique sur le thème "Combattre le racisme, l'antisémitisme et la radicalisation dans le contexte des droits humains en Europe et le cas azerbaïdjanais" au sein de l'Institut des Droits de l'Homme à Bakou . En 2016, Said a été le premier diplômé azerbaïdjanais de l'Université numérique européenne d'études juives-UNEEJ, un projet dirigé par l'Institut Elie Wiesel et l'Alliance Israélite Universelle (AIU) en France. En avril 2016, il a été désigné par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LİCRA) comme représentant accrédité en Azerbaïdjan. En juillet 2017, grâce au grant d'excellence de l'Institut pour l'étude de l'antisémitisme mondial et des politiques (ISGAP), il a participé à un atelier international sur l'étude de l'aspect interdisciplinaire de l'antisémitisme contemporain au St John's College, à Oxford. En septembre 2017, il était chercheur invité de l'Université de Strasbourg avec la bourse de recherche de l'Académie nationale des Sciences d’Azerbaïdjan afin d'étudier les systèmes juridiques européens et les dispositifs institutionnels de lutte contre l'antisémitisme multiforme. En janvier 2018, Said Musayev était conférencier lors d'une table ronde organisée sur le thème "Caucase du Sud: Comprendre un voisin de l'Europe" à l'invitation du Centre d'analyse de politique étrangère (CAPE) à l'Assemblée nationale de France à Paris. Depuis 2014, il est journaliste indépendant dans les médias israélien, américain, français et azerbaïdjanais The Times of Israel, Jerusalem Post, Israel Science Info, Israel News Info, Azvision, l’Express. Actuellement, Said Musayev, comme chercheur associé au sein de l'Institut du Droit et des Droits de l'Homme à Bakou, travaille sur l'histoire des Juifs des Montagnes, la plus ancienne Communauté juive séfarade en Azerbaïdjan. Il est auteur de nombreux articles scientifiques et initiateur de nombreux projets visant le dialogue interculturel et interreligieux et la lutte contre l'antisémitisme dans les pays musulmans.
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