Relève à droite

Des militants de droite et des partisans du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se rassemblant devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem. 20 août 2020. Photo de Yonatan Sindel / flash90
Des militants de droite et des partisans du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se rassemblant devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem. 20 août 2020. Photo de Yonatan Sindel / flash90

On prête à Binyamin Netanyahou l’intention d’organiser des primaires pour la présidence du Likoud. Moins d’un an après avoir triomphé avec 72,5% des voix de son concurrent, Gideon Saar, Binyamin Netanyahou éprouve le besoin d’être confirmé.

Ses succès diplomatiques dans le Golfe, et la cérémonie du 15 septembre à Washington n’ont réussi qu’à stopper la chute de son parti dans les sondages, mais pas la sienne dans le public : désormais 60 % des Israéliens lui attribuent la responsabilité de l’échec de la lutte contre le Corona.

Le deuxième confinement, très contesté, et dont rien n’assure qu’il donnera les résultats escomptés – une chute drastique des contaminations et des hospitalisations – ne contribuera pas à redresser sa cote de popularité. Et surtout, pour la première fois depuis la disparition d’Ariel Sharon, il y a, à droite, un adversaire capable de le battre.

Selon un sondage qui, la semaine dernière donnait 22 députés à Yamina contre 30 au Likoud, Naftali Benett poursuit son ascension. On sait que pour gagner une élection, il faut trois choses : un leader un programme et une équipe. Le leader s’est affirmé et son programme figure dans le livre à succès qu’il vient de publier : « Comment vaincre le Corona ».

Car Naftali Benett pour gagner les prochaines élections a décidé de ne parler que de la crise sanitaire et de la crise économique. Il propose d’établir un gouvernement sur cette seule base susceptible de réunir une large coalition. Mais pour gagner à droite, il sait qu’il faut exclure de s’allier avec la gauche et le centre gauche… même si on lui prête les meilleures relations avec Yaïr Lapid…

Il entend marginaliser les candidatures encombrantes, comme celle de Bezalel Smotricht, trop marqué par l’extrême droite religieuse, et accueillir sur sa liste des personnalités consensuelles et populaires comme Yifat Sasha-Biton (Likoud). En délicatesse avec son parti, elle n’hésite pas en tant que présidente de la commission spéciale « Corona » de la Knesset à revenir sur certaines décisions du gouvernement, faisant rouvrir les salles de sports et les piscines cet été.

Naftali Benett songe sans doute aussi à attirer Eli Avidar, ce député élu sur une liste d’Israel Beitenou qui n’a pourtant pas grand-chose à voir avec Avigdor Liberman. Deux Orientaux (l’une Marocaine, l’autre Egyptien), comme on les aime dans l’électorat Likoud.

Mais deux Orientaux qui correspondent bien au modèle social dont rêvent tous les Séfarades pour leur enfants : diplômés, cultivés, au sommet de l’échelle sociale – le premier a été diplomate et homme d’affaires, la seconde est docteure en sciences de l’éducation et a assumé d’importantes responsabilités dans ce domaine.

A droite, Binyamin Netanyahou, entend prendre ses nouveaux adversaires de vitesse. Rien ne dit qu’il réussira. Même en gagnant une primaire du Likoud.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
Comments