Refus d’obstacle
Par certains aspects, les élections ressemblent aux compétitions sportives : beaucoup d’appelés et peu d’élus. Pourtant, les candidats ne ménagent pas leur peine. Ils n’hésitent pas à sacrifier tout ou partie de leur vie professionnelle et personnelle dans l’attente du jour béni où le jury les déclarera vainqueurs.
Mais devant le grand jury du corps électoral, ces sportifs bien particuliers que sont les responsables politiques refusent parfois l’obstacle. C’est le cas des dirigeants de l’opposition (sauf Yaïr Golan) qui déclarent à qui veut l’entendre qu’ils ne s’associeront pas aux partis arabes. La raison ? Ce serait impossible « après le 7-Octobre ».
Belle hypocrisie, alors que les dirigeants des partis arabes ont condamné 10 fois le massacre. Ahmed Tibi et Ayman Odeh ont même participé aux obsèques de Vivian Silver, cette pacifiste exemplaire qui aidait les Gazaouis à être soignés dans les hôpitaux israéliens.
Mansour Abbas, le troisième dirigeant politique important des partis arabes, a même été plus loin en appelant « toutes les fractions palestiniennes à déposer les armes et à engager des négociations avec Israël ». Le même Mansour Abbas avait soutenu de l’extérieur le « gouvernement du changement » de Naftali Bennett et de Yaïr Lapid qui aujourd’hui déclarent ne pas vouloir s’associer avec son parti.
Avigdor Liberman, qui tient le même discours, était allé plus loin en lui décernant un brevet de bonne citoyenneté : Mansour Abbas avait reconnu le caractère juif de l’État d’Israël et avait mis la main à la poche pour restaurer la synagogue de Lod incendiée par des émeutiers arabes en mai 2021. Curieusement, Avigdor Liberman voudrait que les jeunes Arabes effectuent un service militaire (ou national comme le font déjà 4 000 d’entre eux chaque année). Comprenne qui pourra.
En fait, ce n’est pas si difficile à comprendre : ces dirigeants de l’opposition craignent que la droite bibiste les accuse de s’associer aux « soutiens du terrorisme ». Comme si les 2 millions d’Arabes israéliens (21,5 % de la population) étaient des sympathisants du Hamas, alors qu’après le 7-Octobre, ils n’ont manifesté aucun sentiment en ce sens.
Il faut dire que 20 d’entre eux avaient été massacrés par les terroristes et que 6 autres figuraient parmi les otages. Une histoire bien cruelle rappelant que, n’en déplaise aux esprits chagrins, l’immense majorité des Arabes israéliens partage de facto le destin des Juifs. En refusant l’obstacle de la participation des partis arabes à une future coalition, l’opposition pourrait bien se priver du bénéfice de l’élection en refusant un autre obstacle : le pouvoir.
