Réflexions sur la pandémie actuelle

Lorsque presque tout un chacun est retenu dans sa résidence en raison de la pandémie du COVID19, une activité familiale saine est celle de la réparation, du rangement et du réarrangement, mais surtout celui du désencombrement. Ces opérations font revivre tout un passé et engagent la réflexion.

C’est ainsi qu’en passant au travers des centaines de livres dont je dispose, j’en fais le tri. J’ai choisi amoureusement chacun d’eux. Mais en moi une question me hante : je me demande ce qu’il en adviendra. Serviront-ils un jour ? Les résidences de la jeune génération sont de plus en plus zen et il règne le préjugé au nom duquel tout ce qui n’est pas sur Google n’existe tout simplement pas. Je ne pense pas qu’en navigant sur Wikipédia, il sera possible de ressentir la magie des anciens livres d’histoire feuilletés et de la satisfaction devant le soin mis dans la formulation et l’entendement de leur prose.

La poésie se ressent mieux lorsque l’ouvrage à la couverture de cuir chantant est dans la paume de la main plutôt qu’en pitonnant sur un clavier devant un écran plat. La pédagogie des livres de science est tout autre que celle dont on va chercher des réponses rapides dans cette grande poubelle qu’est l’Internet afin d’y trouver les diamants qu’il recèle. J’ai l’impression que la civilisation du monde livresque nous tire sa révérence pour céder sa place aux outils de recherche informatique.

Il en va de même avec les photos de famille. Combien d’images d’êtres chers disparus et d’évocations de moments heureux ! Nous nous sommes mécaniquement habitués à remplir à ras bord des bacs de recyclage chaque semaine. Les photos de famille sur papier mat ou glacé subiront elles le même sort et enverra-t-on au rebut un monde d’amours, d’espoirs, de joies et de tristesses ? Qui se souviendra de la saga familiale ? Qu’en sera-t-il de toute une sagesse transmise lors des soirées familiales, des récits des grands-parents ou des souvenirs d’enfance s’évaporera-t-elle ? La jeune génération qui est de plus en plus accro au déferlement saccadé d’images instantanées, pourra-t-elle apprécier le passé de la même façon ?

Mais il y a plus encore. En nettoyant le garage, je trouve des prises de raccordement électrique en profusion, des câbles d’imprimante série et parallèle, des écouteurs de tout genre, des bandes magnétiques, des appareils photo, des systèmes de son, des baladeurs, des jeux vidéo, des agendas électroniques, des calculatrices, des modems, plusieurs téléphones portables empilés sur un ordinateur Apple 2C qui connut ses moments de gloire. C’est ainsi que je découvre que j’ai chez moi une mine de cuivre. Chaque génération d’ordinateurs et de portables vient avec ses câbles de raccordement, fût-elle issue de la même compagnie.

Comment la planète pourra-t-elle suffire si des centaines de millions de personnes s’équipent pareillement ?

À bien y penser, notre civilisation s’est entourée de moyens de communication toujours plus sophistiqués qui nous isolent de plus en plus les uns des autres. Tant de personnes ont le nez dans les téléphones intelligents qu’ils minimisent la communication directe et deviennent insensibles à ce qui se passe tout autour de ce que sera la société de demain. À quoi ressemblera la société de demain si le critère de l’utilité immédiate ou de la valeur commerciale des objets qui nous entourent tout comme l’assujetissement au dernier tube de Netflix engendrent de nouvelles perspectives dont les retombées sont encore inconnues ?

La réalité virtuelle serait-elle en train de nous insensibiliser à la Réalité ?

Et pourtant. La nature nous a offert des bois et des bosquets parfumés, des rivières et des océans aux reflets miroitants et des cieux étoilés. Nous avons été dotés d’intelligence pour cultiver, fabriquer, transformer, ce qui a été fait sans compter. L’environnement en a grandement souffert. Même mon télescope n’est plus utilisable en ville en raison de la pollution lumineuse et de l’atmosphère dégradée. Au nom de la performance et de l’efficacité économique, les gouvernements ont accéléré la délocalisation des entreprises sans toujours prendre en considération les retombées sociales ou sanitaires de la boulimie de la surconsommation.

Le temps serait-il venu de faire une pause et de réfléchir sur notre avenir collectif ?

Il devient évident que la planète n’est pas en mesure de faire face adéquatement à la pandémie. Notons la disproportion entre les préparations à la pandémie et les moyens considérables qui ont été investis dans la course aux armements. Nous avons aujourd’hui la possibilité d’annihiler je ne sais plus combien de fois la vie sur terre : 15 000 bombes atomiques – certaines ayant une puissance des dizaines de fois supérieure à celles d’Hiroshima – peuvent rendre en poussière des centaines de métropoles et les effets secondaires des radiations sèmeront la mort à court terme chez ceux qui auront eu l’infortune de survivre.

Est-ce là un agissement responsable ?

Pascal disait que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre. Aujourd’hui, une grande partie de l’humanité se voit confinée dans des chambres. Fasse que l’on puisse en déduire des leçons relativement à la consommation individuelle et collective, et aussi une leçon d’humilité envers mère Nature.

Il est temps de repenser nos priorités. Autrement, méritons-nous ce merveilleux don qu’est la Nature ? 

à propos de l'auteur
Dr. David Bensoussan est professeur d’électronique. Il a été président de la Communauté sépharade unifiée du Québec et a à son actif un long passé d’engagement dans des organisations philanthropiques. Il a été membre de la Table ronde transculturelle sur la sécurité du Canada. Il est l’auteur de volumes littéraires dont un commentaire de la Bible et du livre d’Isaïe, un livre de souvenirs, un roman, des essais historiques et un livre d’art.
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