Réflexions après élections

La majorité des Israéliens ont choisi à nouveau Netanyahu comme Premier ministre. Ce qui se présentait comme un plébiscite s’est avéré nettement en sa faveur. Plusieurs conclusions à cela.

Ce vote témoigne avant tout d’un changement de valeurs dans le choix des dirigeants. Si durant des années on attendait et exigeait des chefs de gouvernement d’être honnête, droit, respectueux d’un minimum de principes moraux – cela n’est plus de cours.

D’autres considérations sont plus importantes aux yeux d’une majorité de l’électorat. Le manque de droiture n’ébranle plus la confiance en la personne. Malgré les inculpations, les gens justifient leur choix soit en accusant le complot des « élites » contre Netanyahu, soit par leur confiance en la politique menée quitte à laisser a plus tard le règlement « des affaires », soit en prétendant que « de toute manière tous les politiques sont corrompus » cela suivi d’une longue liste d’exemples.

Aujourd’hui pour se faire élire, il n’est plus nécessaire de présenter un programme politique détaillé et convaincant. Une orientation générale et des preuves de capacités de gestion suffisent à être candidat éligible.

Un personnage rassurant et une politique inspirant confiance priment sur les engagements politiques ainsi que sur les valeurs d’honnêteté. Les conduites de corruption ne représentent plus obstacles à son élection.

Ensuite nous faut-il expliquer cette ferveur envers Netanyahu.
Le principal problème des Israéliens face au conflit avec et les palestiniens et les arabes en général, est un continuel sentiment d’anxiété. Deux sentiments sont perpétuellement présents dans le vécu de la majorité des Israéliens, c’est la peur – soit le sentiment constant d’être menacé, convaincu que les arabes n’ont jamais renoncé à leur rêve de « jeter les juifs à la mer », et le manque de confiance – cette certitude que l’on ne peut croire un mot de ce que disent les arabes lorsqu’ils sont conciliants, et par contre les prendre au mot lorsqu’ils menacent de détruire Israël (à voir ce que les Syriens ont été capables de faire à leurs compatriotes n’est pas très rassurant quant à ce qui adviendrait si les arabes gagnaient une guerre contre Israël).

Ce sentiment perpétuel est confirmé par des attentats réguliers et des bombardements fréquents. Ces conditions renforcent les valeurs politiques de la droite, à savoir, la sécurité avant tout et le nationalisme – l’emploi de la force en réponse a chaque attentat ou attaque, le renforcement du sentiment national juif, l’entretien du lien a la tradition et au patrimoine juif, le maintien d’une suspicion hostile face aux arabes.

La réalité israélienne ne permet que très peu d’audience à la gauche, considérée comme dangereuse car elle « donne confiance aux arabes, appui leurs revendications et est prête à leur faire des concessions ».

Contrairement aux valeurs politiques de la droite, les valeurs de la gauche tiennent leurs sources de l’humanisme libéral. Elles prônent l’égalité des droits pour chaque être humain, la justice sociale, le respect de la liberté personnelle, le règlement des conflits par pourparlers, et autres.

Pour la majorité de la population « ces principes nous affaiblissent et nous mettent en danger. Ils mèneront forcement à la perte de nos positions de force et entraînerons des attaques redoublées – voir les accords d’Oslo, le retrait du Liban ou de la bande de Gaza. Le premier a été suivi de la seconde intifada et près d’un millier de morts, les deux autres par des bombardements périodiques du territoire israélien ».

De plus « les gens de gauche sont universalistes, s’intégrant à la culture occidentale et ne gardant qu’un vague lien avec le patrimoine juif ».
De nombreux israéliens considèrent les gens de gauche « comme des naïfs qui ne comprennent pas la réalité du conflit israélo-arabe et peuvent entraîner une catastrophe ».

Par contre Netanyahu « sait tenir tête aux arabes, il ne fait pas de compromis et sait riposter à leurs attaques, tout en menant une politique responsable et une stratégie internationale remarquable. C’est aussi un juif fier qui rend honneur au pays des juifs ».

Puisque de plus la situation économique est relativement bonne, très peu de chômage et un niveau de vie qui s’élève régulièrement, il est préférable que Netanyahu continue de diriger le pays, quitte à régler « les affaires judiciaires » par la suite. C’est préférable à l’incertitude d’un autre gouvernement dont on ne sait quels seront les choix.

En conclusion

Dans le monde occidental d’aujourd’hui le grand public se sent menacé, par la mondialisation et ses conséquences, par les nouvelles exigences du monde de l’emploi, par les immigrants qui envahissent le pays et s’imposent. Les positions de la droite populiste ont le vent en poupe. Le sentiment de menace et d’anxiété a toujours renforcé la droite alors que celui d’espoir et de confiance est le terreau de la gauche. C’en est ainsi en Israël aussi.

Tant que régneront en Israël ce climat d’anxiété, ce sentiment de menace perpétuelle et ce manque de confiance profond dans l’adversaire arabe, il y a peu de chance que change le caractère du gouvernement et que la gauche reprenne sa place sur la scène politique.

De plus il existe en Israël un réel besoin de redéfinir l’identité juive face à l’identité israélienne et de donner à chacune un contenu propre, relié au patrimoine ancestral et au monde de demain. La position universaliste de la gauche éloigne encore plus le grand public.

Afin que la gauche puisse revenir sur la scène politique il est nécessaire qu’elle change son discours, qui est le même depuis 50 ans. Elle doit reconnaître la complexité du conflit ou les déclarations ne correspondent pas toujours aux intentions, ne pas nier ou ignorer les ambiguïtés du discours palestiniens et se séparer de son angélisme pro-arabe. Enfin il est nécessaire de reconnaître et de prendre en compte la dimension psychologique du conflit.

La gauche doit aussi vérifier la place attribuée a ses valeurs libérales, qui représentent aujourd’hui le pilier de sa conception – et donner une place plus importante à d’autres valeurs comme « la sécurité personnelle », « l’identité personnel »,  » le sentiment d’appartenance et de fierté ».

Enfin il est nécessaire d’ébaucher un projet prometteur et mobilisateur pour « Israël 2048 » (cent ans après la création de l’Etat), afin d’éveiller l’espoir et la confiance capable de mobiliser à la réflexion et à l’action.

à propos de l'auteur
Ouri est sociologue, après des études a l'université de Tel Aviv, il a fait un Doctorat de Sociologie à Paris (EHESS). Il habite Israël depuis 50 ans, Ouri a travaillé vingt ans en tant que directeur de la planification stratégique au Conseil Régional de Matte Asher.
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