Réalignements dans la sphère indopacifique

La France a publiquement exprimé sa frustration envers l’Australie, les États-Unis et la Grande-Bretagne à la suite de l’annulation de la commande australienne de sous-marins français pour la remplacer par des sous-marins atomiques américains. La renommée de grande puissance de la France est ternie.

L’Australie qui fut une ancienne colonie britannique a toujours recherché la protection d’une grande puissance qui ne fut autre que les États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale. La France se déploie dans l’océan Indien (la Réunion) et dans le Pacifique (la Polynésie principalement) mais sa prétention de grande puissance n’est pas à la hauteur de ses possibilités.

Lorsque le contrat franco-australien fut approuvé en 2016, la Chine ne constituait pas une menace aussi pressante qu’elle est devenue. Sa mainmise sur Hong Kong, ses incursions dans l’Himalaya indien et bhoutanais, ses vols militaires répétés et toujours plus avancés en direction de Taiwan ainsi que la capture de nombreux îlots du Pacifique inquiètent l’ensemble des pays de la région.

En outre, l’Australie s’est plainte de désinformation et de corruption émanant de la Chine, a refusé d’adopter la technologie chinoise du 5G et a décliné sa participation à l’initiative de la nouvelle route de la soie (One Belt One Road). Après que l’Australie ait demandé une enquête internationale sur l’origine de la pandémie du coronavirus, la Chine a cessé d’importer le charbon australien en plus d’imposer des taxes douanières à répétition sur les exportations australiennes.

Réalignement dans l’espace indopacifique.

Un réalignement par rapport à la puissance montante et les visées expansionnistes de la Chine se concrétise par l’alliance stratégique AUKUS incluant l’Australie, les États-Unis et la Grande-Bretagne. Par ailleurs, l’Inde, le Japon les États-Unis et l’Australie se sont regroupés dans le QUAD (Quadrilateral Security Dialogue) qui est un forum de concertation sur des sujets de préoccupation communs dont la pandémie, les changements climatiques et la cybersécurité.

La France promeut une alternative de défense européenne qui formerait un troisième bloc dont l’autonomie ne desservirait pas nécessairement les objectifs américains d’endiguement de la Chine.

Pour ce qui est des submersibles, les sous-marins nucléaires ont une plus grande autonomie et leur portée est bien plus importante. Ils sont plus silencieux et peuvent se déplacer à de plus grandes profondeurs. Ils ont l’avantage d’être autrement plus évasifs que les sous-marins conventionnels.

Originellement, la vente des sous-marins français avait été retenue au détriment des sous-marins britanniques ou allemands et l’annulation du contrat de ces sous-marins n’est pas considérée comme un problème européen.

De façon générale, La France n’est pas suivie par la majorité des pays européens qui ont tenu absolument à maintenir leur appartenance à l’OTAN au lendemain du démantèlement de l’Union soviétique. Il n’y a pas d’alternative au parapluie nucléaire américain. Par ailleurs, les initiatives françaises en Libye, au Tchad, en Grèce, en Syrie et au Liban n’ont pas été suivies par la majorité des pays européens et peuvent être difficilement qualifiées de succès.

Dans un autre ordre d’idées, les États-Unis reprochent aux pays européens de ne pas investir suffisamment dans la défense. En toute probabilité, lorsque les présidents américains enjoignent l’Europe à augmenter leur budget de défense, ils ont en vue la plus grande rentabilisation de la production des avions furtifs F35 si coûteux. Seuls la Grande-Bretagne, l’Italie, la Hollande, le Danemark, la Norvège et la Suisse ont souscrit à cet achat et il est prévu de déployer 450 avions F35 en Europe d’ici 2030.

La France outragée

Depuis 2009, la France collabore avec le Brésil pour la construction d’un sous-marin nucléaire, au grand déplaisir de la Grande-Bretagne inquiète du soutien brésilien à la revendication argentine des Îles malouines.

En regard de l’annulation du contrat des 12 sous-marins français au coût de 56 millions d’euros (dont les armements devaient être fournis par la compagnie américaine Lockheed Martin), le ministre des Affaires étrangères s’est plaint de ce que la France avait été trahie, a dénoncé le mensonge, la duplicité et le mépris dont la France a fait l’objet et a qualifié le premier ministre britannique de cinquième roue du carrosse.

Et pourtant…

« Israël, notre amie, notre alliée.» Ainsi s’exprimait le général de Gaulle en accueillant le premier ministre israélien David Ben Gourion. C’était en 1960. Après qu’Israël mena une bataille de survie en 1967 dont elle sortit vainqueur, le général changea son fusil d’épaule et proposa ses armes aux pays arabes. Il décréta un embargo des exportations d’armes à destination d’Israël. Malgré les démentis du Quai d’Orsay, la France vendit 107 avions Mirage-III à l’Égypte lesquelles causèrent des pertes aux israéliens durant la guerre de Kippour en 1973.

Il semble bien que la rupture de confiance majeure entre alliés ne soit pas l’apanage des puissances anglo-saxonnes.

Escalade militaire en perspective ?

Il est fort possible que la vente de sous-marins nucléaires augmente dans les prochaines années. La Russie qui disposera de plus d’une douzaine de sous-marins nucléaires dans le Pacifique en 2028 a déjà vendu un sous-marin nucléaire à l’Inde mais sans lui transférer la technologie. L’arsenal de sous-marins nucléaires chinois augmente régulièrement et il n’est pas exclu qu’ils en fournissent au Pakistan plus tard.

Les sous-marins ne sont qu’un échantillon des ventes d’armes considérables dans le monde. Selon l’institut SIPRI (Stockholm Disarmement and International Security), les dépenses militaires mondiales ont approché les 200 billions de dollars en 2020. Près du quart de ces dépenses sont effectuées en Asie et en Océanie, Moyen-Orient non inclus.

à propos de l'auteur
Dr. David Bensoussan est professeur d’électronique. Il a été président de la Communauté sépharade unifiée du Québec et a à son actif un long passé d’engagement dans des organisations philanthropiques. Il a été membre de la Table ronde transculturelle sur la sécurité du Canada. Il est l’auteur de volumes littéraires dont un commentaire de la Bible et du livre d’Isaïe, un livre de souvenirs, un roman, des essais historiques et un livre d’art.
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