Réaction aux outrances de Zemmour sur le Judaïsme

Eric Zemmour lors d'une réunion pour promouvoir son dernier livre "La France n'a pas dit son dernier mot" (La France n'a pas encore dit son dernier mot) à Versailles, dans l'ouest de Paris, mardi, 19 octobre 2021. (Photo AP/Michel Euler)
Eric Zemmour lors d'une réunion pour promouvoir son dernier livre "La France n'a pas dit son dernier mot" (La France n'a pas encore dit son dernier mot) à Versailles, dans l'ouest de Paris, mardi, 19 octobre 2021. (Photo AP/Michel Euler)

I-Réactions inadaptées de certains intellectuels juifs français

Face aux provocations antisémites de Zemmour nous constatons que certains intellectuels juifs français veulent faire montre de trop d’intelligence et passent à côté de l’essentiel. Ils prennent des gants et ne qualifient pas les propos de  Zemmour avec les termes qui conviennent à ses outrances ineptes. La position de Zemmour ne relève pourtant pas d’une analyse subtile mais de convictions personnelles grossières habillées d’arguments historiques pervertis par les idéologies extrêmes auxquelles il se réfère. Le fait que Zemmour ait une origine juive alors qu’il s’attaque au Judaïsme est un facteur aggravant et il est vain de tenter de jouer avec lui au psychothérapeute.

II-Les attaques de Zemmour à l’égard du Capitaine Dreyfus

Zemmour avait commencé à instiller son poison dans son émission « Face à l’info » du 29 septembre 2020 sur CNEWS du Groupe Canal plus qui est une chaine qui lui paraît acquise et qui lui a fourni jusqu’à sa pré-candidature à la présidence une émission (Face à l’info) dont il était dans les faits « le seul chef d’orchestre ». Il y avait dénoncé Emile Zola pour avoir terni selon lui l’honneur de l’armée française en défendant le Capitaine Dreyfus et il avait jeté le trouble à la fois sur l’honnêteté d’Emile Zola et sur celle du Capitaine Dreyfus. Ses ignobles propos sont fondés sur sa seule conviction que « l’honneur de l’armée française est au- dessus de la justice »  (voir mon article).

Le 15 octobre 2020 Zemmour a repris son offensive contre le Capitaine Dreyfus sur sa chaine CNEWS en mentionnant de fausses preuves notamment révélées par l’anti-juif Bertillon (voir mon article du 17 octobre 2020). Ainsi selon Zemmour les échecs de l’armée française auraient été dus au fait qu’elle ne fut pas protégée « de » la Justice lors de cette affaire.

L’affaire Dreyfus fut un point culminant pour Theodor Herzl qui décida à cette occasion de fonder le mouvement sioniste qui allait donner naissance à l’Etat d’Israël qui pour Zemmour est un Etat qui lui est étranger.

III-La position hostile de Zemmour à l’égard d’Israël

Le 8 décembre 2020 Zemmour a déclaré « dans son émission face à l’info sur sa chaine CNEWS » que si Israël détenait la bombe atomique il ne voyait pas pourquoi l’Iran ne l’aurait pas (voir mon article du 16 décembre 2020).

Zemmour a de plus mis en cause la nationalité française des victimes de Mohammed Merah au même titre que celle de cet assassin et cela sur la base du fait qu’ils ont été enterrés à l’étranger, c’est-à-dire en Israël pour les victimes et en Algérie pour l’assassin. Cette affirmation qui adhère à des thèses d’idéologues antisémites et son soutien à Pétain font objectivement de lui un antisémite.

IV-Le soutien de Zemmour à Pétain entraîne historiquement celui au Nazisme, à son expansion et à ses conséquences humanitaires

Selon diverses sources en Janvier 2020, Zemmour aurait déjeuné avec Jean-Marie  Le Pen et Ursula Painvin née Ribbentrop et qui est la fille de Ribbentrop, le ministre des affaires étrangères d’Hitler, pendu à Nuremberg. Ursula Ribbentrop âgée de 88 ans ne regretterait rien du passé de son père et aurait  encouragé Zemmour en lui faisant part de ses « pensées les plus admiratives et amicales ».

Il est devenu heureusement rare de trouver en France des partisans aussi convaincus de Pétain et en cela Zemmour fait partie d’un petit groupe de personnes dénuées de toute humanité. Zemmour a réussi à trouver des partisans uniquement en exploitant le filon de la xénophobie alimentée par le terrorisme islamiste mais cette stratégie pourrait faire long feu.

Un soutien à Pétain équivaut à un soutien aux Nazis parce que Pétain aura été l’un de leurs meilleurs alliés. Non seulement Pétain a été un dictateur qui a prôné l’antisémitisme comme Hitler mais les conséquences de sa politique ne se limite pas aux seuls 72 000 déportés juifs de France comme on a malheureusement l’habitude de le penser ; l’action de Pétain va plus loin de façon indirecte en englobant une significative partie des victimes du front de l’Est et de la Shoah. Rappelons que le nombre de victimes à l’Est s’est élevé à 36 millions et que 6 millions de Juifs ont été exterminés (voir mon article du 12 juin 2013 )

Le soutien de la France à l’Allemagne nazie et ses conséquences sur les pertes humaines sur le Front de l’Est et sur celles dues à la Shoah :

Après l’invasion de la Pologne la France avait déclaré la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939 dans le cadre de ses obligations contractuelles sans pour autant intervenir. Le 14 Juin 1940, les Allemands occupèrent Paris. Le 22 juin 1940 Pétain donna son accord pour signer au nom de la France en tant que Président du Conseil (à la suite de la démission de Paul Raynaud) un armistice dont les conditions ont constituèrent déjà un premier support substantiel à l’Allemagne.

Les généreuses conditions de cet armistice et la coopération zélée des autorités françaises avec l’Allemagne qui a suivi, ont facilité l’offensive à l’Est un an plus tard et par suite le début de la Shoah. La pacification d’un des plus grands Etats européens qu’est la France par ses propres autorités aura permis une plus grande disponibilité des troupes allemandes à l’Est renforcée par la fourniture à l’Allemagne d’armes, de denrées, de financements, de 60 000 combattants volontaires et de 650 000 travailleurs en 1943-44 qui avec les prisonniers de guerre ont constitué une main d’œuvre française en Allemagne s’élevant à 1 500 000 personnes.

Les livres d’Histoire en France se concentrent sur les méfaits du pétainisme en France sans en mesurer ses conséquences sur le front de l’Est et sur la Shoah.

Juste après l’Armistice le congrès réuni à Vichy, avait donné le 10 juillet 1940 (569 voix sur 669) les pleins pouvoirs à Pétain qui lui ont permis de fonder une dictature alliée à l’Allemagne nazie par ses actes et ses convictions idéologiques. 

Le texte de l’armistice avait inclus des conditions destinées à soutenir l’Allemagne financièrement, militairement et politiquement.

La France pourvut à l’entretien de l’armée allemande pour un montant de 439 millions de francs en moyenne « par jour »: 400 millions par jour de juin 1940 à mai 1941 – 300 millions par jour de mai 1941 à novembre 1942 et 500 Millions par jour de mai 1942 à août 1944 soit au total 639 milliards de francs et en moyenne « 150 milliards de francs par an ».

L’État français a mené dès 1940, une politique de coopération zélée avec l’Allemagne nazie sur la base d’une concordance idéologique tout en instaurant une politique de contrition nationale pour le rachat du relâchement de la France selon Pétain avant la guerre.

La France de Pétain désirait être un bon élève de l’Axe afin d’avoir une place de choix dans la future Europe dirigée par l’Allemagne et lui a apporté pour cela une aide très substantielle en particulier dans les domaines suivants qui nous mènent loin des élucubrations nationalistes de Zemmour :

Économique et financier : par des livraisons de marchandises et denrées diverses, par le paiement de 439 millions de francs par jour en moyenne et par la main d’œuvre laissée à l’Allemagne (prisonniers français) et livrée à l’Allemagne dans le cadre du STO (Service du Travail Obligatoire). 

En 1943, la France a versé près de 40% de son PIB à l’Allemagne. En 1943-1944, « 650 000 jeunes Français furent réquisitionnés pour aller travailler en Allemagne (STO) » ce qui représente aussi un transfert potentiel de PIB (Produit Intérieur Brut). Le transfert de PIB fut encore accru par la présence de prisonniers français corvéables en Allemagne. La main d’œuvre française en Allemagne avait ainsi atteint comme nous l’avons mentionné 1 500 000 personnes en 1943-44.

Militaire: En plus de la participation financière et économique de la France consacrée à l’effort de guerre allemand, la France avait  procédé à des livraisons d’armes, avait bloqué sa flotte, avait très largement participé à la construction du mur de l’atlantique grâce à des entreprises et de la main d’œuvre françaises financée avec l’argent français. La France avait de plus fourni environ 60 000 combattants volontaires sur le front de l’Est de 1943 à 1944.

Tous les avions produits dans les usines françaises sous l’occupation furent  utilisés par l’armée allemande. La France  garantit le maintien de l’ordre sur son territoire et ainsi  l’Allemagne put disposer de facto de plus de troupes sur le front de l’Est. Nous sommes donc loin des élucubrations de Zemmour sur le maintien de l’Honneur de l’armée au-dessus de l’action de la Justice dans l’intérêt de la Nation française.

Antisémite: par les lois restreignant l’activité des juifs en les privant de leurs droits, de leur honneur et de leurs biens et en organisant localement des déportations vers les camps d’extermination parfois au-delà des demandes allemandes. Une milice de 35 000 français, la police et la gendarmerie  participèrent notamment à l’application de la politique antisémite de la France.

La coopération zélée de la France avec l’Allemagne a donc substantiellement et objectivement accru la puissance nazie sur le front de l’Est et dans la mise en œuvre de la Shoah. Nous sommes donc loin des élucubrations de Zemmour sur la protection des juifs par Pétain.

V-Conclusion

Zemmour est donc « objectivement » hostile au peuple juif, à son identité et à son lien immuable avec la terre d’Israël. Ses déclarations sur l’affaire Dreyfus, sur l’Iran, sur la famille Sandler sont très significatives à ce propos. Le soutien du Pétainisme implique dans les faits celui du Nazisme comme nous l’avons vu. La responsabilité de Pétain ne saurait être limitée à celle de ses actions en France compte tenu de son support substantiel à l’action de l’Allemagne Nazie qui n’a pu que faciliter l’offensive à l’Est (36 millions de morts) et l’extermination de 6 millions de Juifs.

La responsabilité de Pétain inclut donc en partie les crimes nazis en Europe en raison de son large soutien à l’Allemagne. Les dignitaires de son régime se réfugièrent d’ailleurs en Allemagne après leur défaite où Pétain dut les rejoindre.

Le 15 août 1945, après son arrestation Pétain fut déclaré coupable d’intelligence avec l’ennemi et de haute trahison. Il fut condamné à mort, à l’indignité nationale, à la confiscation de ses biens, à la destitution de toutes ses fonctions officielles et à sa dégradation militaire lui interdisant de porter l’uniforme.

à propos de l'auteur
Didier a une formation universitaire franco-américaine et une longue expérience des affaires internationales, il est passionné d'Histoire et en particulier de l'Histoire du judaïsme et l'antisémitisme. Il a une connaissance approfondie d'Israël et du Moyen Orient.
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