Rassemblements de la colère

Des manifestants au rassemblement pour demander justice pour Sarah Halimi, sur la place du Trocadéro, devant la tour Eiffel, à Paris, le 25 avril 2021. (Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)
Des manifestants au rassemblement pour demander justice pour Sarah Halimi, sur la place du Trocadéro, devant la tour Eiffel, à Paris, le 25 avril 2021. (Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Des manifestations aux 4 coins du monde, des « rassemblements de la colère » pour s’élever contre la décision de ne pas juger le criminel assassin de Sarah Halimi.

Beaucoup de monde.

Mais je n’ai qu’une seule question: et demain ?

La France va t elle vraiment regarder en face le problème d’antisémitisme qui la gangrène ? Va t elle comprendre qu’au delà des belles formules et slogans bien pensés, c’est aussi son avenir qui se joue ? La France n’est pas descendue dans la rue quand des enfants (DES ENFANTS) ont été exécutés dans leur école parce qu’ils étaient juifs. L’attaque de l’Hypercasher continue d’être nommée prise d’otages alors qu’il s’agissait juste de tuer du juif.

Certains pensent que les juifs en font une affaire communautariste ou encore “que le conflit israélo-palestinien est importé”.

Pourtant cela fait longtemps, des années, que les juifs ont d’abord timidement demandé à être entendus, à être protégés comme des citoyens à part entière, dévoués et loyaux à leur pays. Mais ils se sont fait lâchés. Politiquement. Par le parti et ses organisations satellites au sein desquels ils s’étaient investis. Par calcul électoral et clientélisme.

Mais la majorité des juifs est restée. Relocalisés dans des quartiers moins hostiles pour ceux qui le peuvent. Aidés dans cette démarche par les institutions juives pour ceux qui ne le peuvent financièrement et qui le demandent.

Cela n’a pas empêché le rapport sur l’antisémitisme, édité chaque année, de s’épaissir et de susciter inquiétudes.

Dans de nombreux quartiers les juifs non pratiquants ont désormais fait le choix de l’école juive par souci de sécurité pour leurs enfants risquant d’être identifiés comme juifs.

Ça a été dit, redit, documenté, alors je ne dresserai pas à mon tour le portrait de cette communauté juive française dans laquelle j’ai grandi et que j’ai quitté par choix.

Mais ceux qui s’interrogent sur le mouvement d’indignation et de colère qui s’est emparé des juifs français et la stupéfaction face à une manifestation dénonçant une décision judiciaire désormais inattaquable, doivent comprendre la genèse.

Parce qu’un beau jour, ils se sont dit que cela suffisait. Que malgré leur respect et leur loyauté ils ne comprenaient pas le déroulement de cette procédure qui a duré 4 ans et qui n’a pas permis aux victimes d’être entendues, à la scène de crime d’être reconstituée pour mieux appréhender la vérité.

J’ai été avocate et pour y parvenir j’ai du étudier de nombreux arrêts de cassation et s’il est vrai que la marge de manœuvre de la plus haute juridiction est étroite car elle ne peut statuer que sur un point de droit et en aucun cas sur les faits, j’ai eu l’occasion de lire des décisions plus téméraires.

Mais cet arrêt n’est que l’ultime pierre a l’édifice d’une procédure menée de façon ubuesque. Un peu comme si l’on ne voulait pas de ce procès.

Qu’il dérangeait.

Et c’est ce sentiment qui a fait monter colère et désespoir.

Mais finalement, depuis Toulouse, que pouvait on attendre ?

Je respecte ceux qui veulent se battre pour rester juif en France. Mais je demeure dubitative.

Je souhaite que ces milliers de personnes réunies ait apporté un peu de réconfort à la famille de la malheureuse Sarah Halimi zl, qui comme l’a justement rappelé son fils, n’était pas une vieille femme et avait encore de beaux jours devant elle.

Je souhaite aussi que les juifs français aient pu retrouver un peu de confiance grâce à ces manifestations qui semblent avoir attiré quelques non- juifs, outrés et solidaires.

Mais je me demande ce que sera le lendemain de veille. Et les jours d’après.
Avec une certaine inquiétude.

à propos de l'auteur
Née à Paris, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles, Myriam a quitté l’Europe en 2005 pour s’installer à Montréal, où elle est devenue une travailleuse communautaire au FNJ-KKL puis directrice des relations communautaires et universitaires pour CIJA, porte parole officiel de la communauté juive, avant de faire son alyah
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