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Ras-le-bol de devoir justifier des décisions politiques liées à notre identité la plus intime

Un drapeau israélien est visible dans la zone E1 de Cisjordanie le 2 janvier 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Un drapeau israélien est visible dans la zone E1 de Cisjordanie le 2 janvier 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Cabinet de sécurité israélien a décidé en ce début d’année 2026, plus précisément les 9 et 10 février, de prendre des décisions qui marquent une rupture historique dans la gestion de la Cisjordanie.

Objectif : Étendre le contrôle d’Israël sur la Cisjordanie, notamment dans les zones théoriquement sous contrôle de l’Autorité palestinienne (zones A et B).

I-Modification du statut des Zones A et B en Cisjordanie 

Les nouvelles réglementations israéliennes visent :

1. à supprimer des restrictions foncières datant d’avant 1967 (époque de l’administration jordanienne) qui empêchent les Juifs d’acheter des terres en Cisjordanie, dans les zones A et B sous contrôle de l’Autorité palestinienne ;

2. à permettre à Israël de gérer des sites religieux en zones palestiniennes.

Cette mesure facilite désormais l’acquisition de propriétés privées par des colons ou des organisations juives.

3. Objectif d’annexion « de facto » visant à instaurer une souveraineté israélienne de fait sur le territoire.

II- Réactions internationales 

Comme il fallait s’y attendre, elles fusent de toutes parts : de l’ONU, de l’Union européenne et de plusieurs pays arabes.

L’ONU a demandé à Israël de reconsidérer sa décision.

L’UE a condamné ces décisions jugées contraires au droit international et qui remettent en cause les Accords d’Oslo et le Protocole d’Hébron.

Huit États arabes, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis, la Turquie, l’Indonésie et le Pakistan ont publié une déclaration commune dénonçant ces mesures comme une « violation du droit international »

Les ministres arabes y voient une tentative d’« annexion illégale » et une « escalade dangereuse » cherchant à modifier la réalité sur le terrain en Cisjordanie occupée.

L’impact sur la paix

Tous considèrent ces mesures comme des actions visant à « enterrer l’idée d’un État palestinien », compliquant davantage la solution à deux États.

Tous appellent la communauté internationale à assumer ses responsabilités face aux actions israéliennes, qui s’accompagnent d’une augmentation de la violence des colons et de déplacements forcés de la population palestinienne.

Mais cet impact sur la paix, Israël en est parfaitement conscient : le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, et le ministre de la Défense, Israel Katz, ont ouvertement déclaré que ces mesures visaient à « tuer l’idée d’un État palestinien »

III- La Cisjordanie a-t-elle été volée aux Palestiniens ?

Avant 1967 : Le territoire était sous le contrôle de la Jordanie. Le royaume hachémite l’avait annexé officiellement en 1950, bien que cette annexion n’ait été reconnue que par une poignée de pays.

Après 1967 : Après la Guerre des Six Jours en 1967, la Cisjordanie n’est pas « revenue » à une entité souveraine préexistante, mais a changé de mains dans un contexte de conflit. À la suite de sa victoire militaire, Israël a pris le contrôle total de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Depuis cette date, le territoire est considéré par la communauté internationale comme un territoire occupé par l’armée israélienne.

Le 18 novembre 2019, le Secrétaire d’État, Mike Pompeo, a fait une déclaration-choc à propos des « colonies ».

Quelques jours plus tard, le 27 novembre 2019, au Parlement européen, le statut des « colonies » a été débattu. Un eurodéputé britannique, Lance Forman, a voulu faire entendre sa voix.

1. Mike Pompeo : Déclaration historique 

Il a annoncé que « l’établissement de colonies de civils israéliens en Cisjordanie n’est pas en soi contraire au droit international », renversant ainsi une position juridique américaine datant de 1978.  Il reprenait en fait une déclaration de l’ancien président des États-Unis, Ronald Reagan qui, lors d’une rencontre en 1981 avec les journalistes, avait jugé que les colonies « n’étaient pas illégales ».

Bien sûr, ses détracteurs ont immédiatement balayé cette analyse comme un simple « cadeau électoral » à Donald Trump ou une manœuvre pour satisfaire sa base. Pourtant, c’était une reconnaissance factuelle que les débats juridiques n’avaient jamais apporté la paix et qu’il fallait revenir aux réalités du terrain et de l’histoire.

2. La voix de la « vérité historique » au Parlement européen

Lance Forman, un eurodéputé britannique, a vigoureusement défendu au Parlement européen l’idée que les implantations juives en Cisjordanie ne sont pas « illégales » au sens du droit international originel.

Son argument  Il rappelait que le Mandat pour la Palestine (confirmé par la SDN en 1922) encourageait spécifiquement « l’établissement intensif des Juifs sur les terres du pays ». Il avait alors déclaré : « Madame la Présidente, affirmer que les colonies israéliennes sont illégales est un mensonge. Disputées, certes, mais non illégales. Les frontières futures d’Israël ont été définies par l’accord de San Remo de 1920 et confirmées par la Société des Nations en 1922. Aucun autre accord international juridiquement contraignant ne l’a jamais remplacé, et la Cisjordanie fait partie intégrante d’Israël en vertu de cet accord. Elle n’a jamais constitué un État souverain distinct ». * Pour lui, l’Union européenne devrait avoir honte de nier ces textes fondateurs au profit d’une lecture politique plus récente.

IV- Pourquoi alors un tollé général à la suite des décisions d’Israël ?

La communauté internationale a-t-elle raison de s’alarmer ? Telle est la question que je me pose.

1. Le paradoxe de l’exclusion territoriale

Dans la loi datant d’avant 67 et instaurée par la Jordanie, je vois une asymétrie qui témoigne d’un sentiment d’injustice profond. L’idée qu’une loi puisse interdire l’achat de terres sur la base de l’identité (comme la loi jordanienne d’avant 1967) n’est-elle pas scandaleuse, en particulier aux yeux des progressistes ? Aux yeux des Juifs, cette loi est vécue comme une prolongation de l’exil, même sur la terre ancestrale.

D’ailleurs, j’ai envie de brandir l’argument de la réciprocité et de souligner que l’inverse (interdire aux Juifs de vendre leur terre aux Arabes) serait universellement condamné. N’est-ce pas là, une nouvelle fois, la preuve du « deux poids, deux mesures » de la communauté internationale ?

2. La réappropriation des Lieux Saints : du traumatisme à l’affirmation

Pendant des décennies, il fut impossible aux Juifs de se rendre sur ces sites (le Tombeau des Patriarches à Hébron, le Tombeau de Rachel à Bethléem, considéré comme l’un des trois sites les plus sacrés du judaïsme ; le Mont du Temple, lieu le plus saint du judaïsme) sans autorisation et sans une surveillance parfois hostile. À cela s’ajoutait l’interdiction de prier « même du bout des lèvres ».

Tous ceux et celles qui se disent progressistes devraient condamner haut et fort une telle situation et donner raison au gouvernement israélien. Au lieu de cela, tous jugent qu’Israël n’a pas le droit de modifier le statu quo qui prévaut depuis la Guerre des Six jours, guerre à l’issue de laquelle Moshé Dayan a accordé aux Arabes vaincus le contrôle des lieux saints. Aujourd’hui, ô scandale, le gouvernement israélien a décidé de mettre un terme à cette situation et de se réapproprier le contrôle des sites sacrés !

Encore une fois, je vais brandir l’argument de la réciprocité : que diraient la société si demain l’Autorité palestinienne interdisait aux chrétiens l’accès à Bethléem ? La réponse coule de source !

Alors, pourquoi Israël est-il ostracisé par la communauté internationale lorsqu’il cherche à sécuriser son héritage spirituel ?

Appel aux grands de ce monde

Vous qui avez entre les mains le destin de vos peuples respectifs, vous qui vous empressez régulièrement de condamner les moindres faits et gestes d’Israël, permettez-moi de vous conseiller de faire appel à votre intelligence et à votre raison avant de porter un jugement sur l’État juif.

La réponse à l’intransigeance

Contrairement à ce que vous, les grands de ce monde, laissez entendre, les décisions récentes du gouvernement israélien sur le Tombeau des Patriarches, celui de Rachel et sur le Mont du Temple ne sont pas des provocations, mais des réponses à une exclusion qui n’a que trop duré. C’est le résultat d’une porte restée trop longtemps fermée.

Le poids de l’interdit

Quels mots pour vous décrire ce que représente pour une conscience juive le fait d’être physiquement proche de ses racines les plus sacrées (Hébron, Bethléem, le Mont du Temple) tout en étant frappé par une « invisibilité cultuelle » ? Pouvez-vous seulement comprendre que, pour beaucoup de Juifs, le fait de ne pas pouvoir prier, même « du bout des lèvres », est une forme de violence psychologique qui n’est pas sans rappeler l’exil, et ce, au cœur même de la Terre retrouvée ? Dois-je vous dire ce que vous êtes censés comprendre, à savoir que derrière les cartes et les décrets, il y a une âme qui cherche simplement à ne plus être une étrangère chez elle ? On ne mesure pas la solitude de celui à qui l’on refuse le murmure d’une prière sur la pierre de ses ancêtres ?

Dois-je vous dire ce que vous êtes censés comprendre, à savoir que derrière les cartes et les décrets, il y a une âme qui cherche simplement à ne plus être une étrangère chez elle ?

Un droit à la mémoire

Ce que vous considérez comme une « décision unilatérale », nous Juifs avons une tout autre perception. Nous y voyons la fin d’une apnée. Ce n’est pas seulement un territoire que nous récupérons, c’est un droit à la mémoire que l’on cesse enfin de négocier. Si l’autre refuse la main tendue pour un partage des lieux saints, il ne doit pas s’étonner que la main finisse par reprendre ce qui lui fut interdit.

Est-ce trop vous demander que de voir dans cette réappropriation, au lieu d’une décision politique, une décision humaine, une manière de soigner une blessure historique, une réponse à une exclusion prolongée ? À une amputation identitaire ? Pouvez-vous seulement convenir avec nous que, lorsque le dialogue sur le partage du sacré échoue, la souveraineté devient le seul rempart contre l’effacement ?

L’isolement solidaire

Inutile de nous menacer chaque fois en brandissant le risque d’isolement auquel nous sommes confrontés. Sachez que nous, Juifs d’Israël ou de la Diaspora, sommes habitués à la solitude. Elle fut le lot de tous les Juifs pendant les deux mille ans d’exil. Et aujourd’hui, nous en avons ras-le-bol de devoir justifier des décisions politiques liées à notre identité la plus intime, à savoir notre lien à la terre de Judée. Là où le monde extérieur plaque le mot « colonisation » sur les décisions d’Israël, je réponds par « décolonisation de l’esprit ».

Qu’il soit en Israël ou en Diaspora, le Juif ressent toujours, et aujourd’hui plus que jamais, un « deux poids, deux mesures » international qui l’ostracise. Alors, si ce geste de réappropriation isole, selon vos dires, encore davantage l’État juif sur la scène mondiale, sachez qu’il crée un pont invisible avec la Diaspora.

Et tenez-vous-le pour dit : « Nous ne demanderons plus jamais la permission d’exister là où nous sommes nés. ».

à propos de l'auteur
Dora a été professeur de français pendant 30 ans au Collège français de Montréal. Elle a été chroniqueuse pour Radio-Shalom Montreal, puis pour Europe-Israël.
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