Rappel massif de chocolats : des erreurs ou une chance ?

© Stocklib / robson309
© Stocklib / robson309

La nouvelle a eu l’effet d’un coup de tonnerre : la découverte de traces de salmonelle dans les produits Strauss a privé le consommateur israélien de ses chocolats, glaces et biscuits préférés.

A toute chose malheur est bon, dit le proverbe ; le rappel de produits Strauss pourrait être l’occasion de découvrir des produits concurrents et de modifier certaines habitudes d’achat.

Ce n’est pas un rappel anodin ; après les produits en chocolat fabriqués à partir du 20 février, Strauss a étendu le rappel à tous ses snacks, amuse-gueules et autres friandises, qui sont produits dans son usine de Nof Hagalil (anciennement Nazareth Illit).

Ce rappel massif est à la hauteur du risque sanitaire encouru par les consommateurs de produits Strauss ; il est aussi un coup dur pour une marque qui domine le marché israélien de l’alimentation depuis des décennies.

Monopole agroalimentaire

Le groupe Strauss est présent dans une très large gamme de produits de consommation courante en Israël ; il s’est aussi fait une spécialité dans les produits végétaliens et sans gluten, de plus en plus recherchés par les Israéliens.

Les marques préférées des Israéliens lui appartiennent, comme Elite (chocolat et café), Danone (yogourts), Achla (houmous), Doritos (snacks), Yotvata (lait), Tami (eau) et autres.

Au total, Strauss détient 12% du marché de l’alimentation et de la boisson ; un marché qu’il se partage avec d’autres grands groupes agroalimentaires, comme Osem et Tnuva.

Dans certains domaines, ses parts de marché ont fait de Strauss un monopole, comme les tablettes de chocolat (52% du marché), les snacks sucrés (42%) et le chewing-gum (27%).

Au fil des ans, Strauss a pris une ampleur internationale, créant des alliances avec d’autres groupes similaires dans le monde ; dorénavant, il emploie 15.000 salariés dans 20 pays différents, dont 6.000 en Israël, et réalise un chiffre d’affaires de 9 milliards de shekels (2,6 milliards d’euros).

Bon à prendre

Nul doute qu’un groupe de la taille de Strauss a commis des erreurs de fabrication, conduisant au plus grand rappel que le pays ait connu durant ses 74 ans d’existence.

Ce rappel massif va contraindre le consommateur à modifier des habitudes d’achat ; ce qui confirme que même dans un évènement pénible, il y a toujours quelque chose de bon à prendre.

Le consommateur israélien va découvrir que des produits concurrents sont tout aussi délicieux, bons pour la santé et parfois meilleur marché, que les produits Strauss.

En favorisant la concurrence, le rappel de Strauss sera donc une opportunité pour le consommateur de diversifier ses achats tout en freinant la valse des étiquettes.

Ce qui permettra aussi d’atténuer le poids des monopoles de l’agroalimentaire qui font la pluie et le beau temps sur les habitudes des consommateurs.

Simplification des contrôles

Une opportunité aussi pour le ministère de la Santé de revoir ses normes sanitaires et de renforcer ses contrôles de qualité sur les chaînes de production alimentaires.

Mais cette crise devrait surtout être l’occasion pour les pouvoirs publics de remettre un peu d’ordre dans la chaîne de contrôle de la sécurité sanitaire de l’alimentation.

Aujourd’hui, il existe une multitude d’administrations qui s’occupent chacune d’une étape des contrôles alimentaires : ministères de l’Industrie, de l’Agriculture, de la Santé, de la Protection de l’Environnement, etc.

Pour rendre le système plus efficace, le moment est venu de créer une autorité alimentaire centrale qui sera l’unique responsable du contrôle de la qualité et de la sécurité des aliments qui se retrouvent dans l’assiette de l’Israélien.

Alors oui, à toute chose malheur est bon…

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
Comments