Qu’est-ce qui se passe sur le shekel ?

Dans notre blog du 22 juillet 2020 intitulé « Le shekel va-t-il rester si fort ? », nous avons exposé une théorie selon laquelle, les mouvements sur le shekel sont dus techniquement à la tendance sur les bourses américaines. Ainsi, nous avons conclu qu’une hausse sur le Nasdaq en particulier renforce le shekel. Nous allons tenter ici d’expliquer les brusques variations de ces derniers jours à partir de cette thèse et de tenter d’y voir plus clair pour l’avenir.

La semaine dernière le dollar s’échangeait encore  à 3.35 shekalim et en quelques jours, le 11 septembre, il s’échange à 3.45 shekalim (soit une dévaluation de 3% en moins d’une semaine), cela après un long  renforcement continu du shekel face au dollar. De même l’euro s’échange actuellement  à 4.10 shekalim, alors qu’il fut longtemps à une parité de 4 shekalim.

Rétrospective des variations sur le Nasdaq :

Jusqu’à la semaine dernière, le Nasdaq battait presque chaque jour des cours historiques en faisant oublier la panique de février-mars. Comme nous l’avons souligné à plusieurs reprises, c’est en fait la fin du capitalisme. La hausse n’est due qu’à l’intervention de la banque américaine (la fed) qui pratique une politique de taux d’intérêts très faible et même achète massivement des obligations voir des actions sur le marché financier. Les déclarations du gouverneur de la fed annonçant la poursuite de cette politique même en cas d’augmentation de l’inflation renforce cette tendance.

Cependant, la semaine dernière, plusieurs jours consécutivement, le Nasdaq a connu de fortes baisses. Ces baisses ne sont pas uniquement dues à des prises de bénéfice, mais à une réelle inquiétude des marchés financiers sur le système bancaire américain.

La banque j.p.Morgan en difficulté de liquidité :

Cette banque est la plus active sur le marché des devises et son bilan d’intervention sur les marchés indique qu’elle a pris de telles positions qu’elle doit soit augmenter ses fonds propres de façon massive, soit réduire considérablement son activité.

Cette dernière éventualité entrainerait une forte tension sur les taux de financement des marchés financiers (taux ripou). Cette analyse vient d’être publiée par un financier de la banque Crédit Suisse qui travailla longtemps à la Fed.

Le nouveau confinement en Israël : 

En fait, par coïncidence, Israël est le premier pays de l’OCDE qui risque de devoir procéder à un nouveau confinement général. Les conséquences économiques restent en discussion parmi les économistes, mais l’effet psychologique se fait déjà sentir depuis une longue période sur la bourse de Tel-Aviv. Il y a donc un risque non négligeable qu’on se retrouve sur la même situation qu’en mars où le shekel fut fortement dévalué face à tous les monnaies, le dollar avait atteint même la parité de 3,80 et l’euro 4,20.

La banque d’Israël a exprimé sa satisfaction de voir le shekel revenir à une parité qui pourrait soutenir l’activité économique et particulièrement les exportations.

Avant de conclure cette tribune, il nous semble à ce propos important de rapporter  ici, que La banque Leumi a été récemment condamnée à restituer des millions de shekalim à ses clients pour avoir changé pendant dix ans des devises sans autorisation et perçu des agios de change et d’écart entre le cours officiel et le cours de change. Il s’agissait pourtant de clients qui n’avaient pas de comptes en devises et que la banque a soutenu qu’elle avait essayé de les contacter et que cette solution lui paraissait le meilleur pour ses clients.

Conclusion :

Nous estimons avoir prouvé que c’est avant tout les variations de cours sur les bourses américaines qui détermineront la force du shekel. Nous estimons que les conditions existent pour une dévaluation forte du shekel au-delà de ce qui s’est passé en mars dernier. Le cas du dollar australien qui s’est échangé autour de 2 shekel au plus fort de cette année et qui avait une parité de plus de 2.5 shekalim le 11 septembre montre l’ampleur du mouvement.

à propos de l'auteur
Docteur Daniel Gugenheim a enseigné en France dans les grandes écoles de commerce comme HEC et l'ISG. Ayant effectué son alya en 1986, il enseigne à l'université Bar Ilan et fut économiste près de 30 ans à la Reshut Nyarot Erekh (Autorité des Marchés Financiers). Il a publié de nombreux articles en économie et finance en Europe et en Israël. Il est conseiller financier à Qualita où il donne une chronique hebdomadaire à la radio. Il est chroniqueur également à radio Judaica Bruxelles et est intervenant sur la chaine de télévision i24.
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