Querelles

© Stocklib / radiantskies
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Le général de Gaulle dans l’un de ses ouvrages d’avant-guerre, écrivait : « Être grand, c’est soutenir une grande querelle ». Les controverses en cours pendant cette pré-campagne électorale, les petites phrases, accusations et polémiques n’ont à peu près rien à voir avec cette vision.

A gauche comme à droite, les déclarations à la presse ont plutôt pour fonction d’appeler l’attention des médias dans l’espoir fou d’atteindre le sommet de la gloire : une place éligible.

Au Parti travailliste (Avoda), la présidente Merav Michaeli, à peine réélue, décide de supprimer le poste de Secrétaire général du parti. Cette réforme des statuts a pour seul défaut d’atteindre celui qui était son concurrent il y a une petite semaine. Dans la tradition travailliste, le Secrétaire général était placé en septième position sur la liste, ce qui dans les périodes fastes lui donnait une chance de siéger à la Knesset. Un souci de plus pour les candidats à la candidature du vieux parti de la gauche israélienne.

Lors de la primaire du 9 août prochain, ils seront confrontés à un problème existentiel : dans les derniers sondages, le parti est crédité du score minimal pour envoyer des députés à la Knesset (4 sièges). Le « parti-frère » Meretz n’est pas mieux loti. La rivalité entre le général-candidat, Yaïr Golan, et l’ex-présidente revenante, Zehava Galon, s’exacerbe un peu plus chaque jour, et les sondages ne risquent pas d’apporter une dose d’optimisme.

Avec 4 sièges maximum, il y aurait assez de places pour les sortants qui veulent rester, mais pas assez pour quelques postulants talentueux qui aimeraient bien mettre en œuvre le programme du parti : liberté, égalité, paix.

Au centre-droit, la situation n’est pas plus gaie. L’alliance entre les partis de Benny Gantz et Gideon Saar a eu un seul effet dans les sondages : ils obtiennent moins de sièges ensemble (12) que séparément dans la Knesset dissoute (14). Pire encore, une députée fidèle, Michal Shir, vient de passer au parti du Premier ministre, Yaïr Lapid.

A croire que ce dernier n’a guère confiance dans ses meilleurs alliés si se posait la question de siéger ou non dans un gouvernement de large union et d’étroite conception sous la direction du chef de l’opposition, Binyamin Netanyahou.

De ce côté de l’échiquier politique aussi, les querelles ne manquent pas. Le nouveau parti Esprit sioniste (Rouah Tsioni) d’Ayelet Shaked a réussi à passer le seuil d’éligibilité (3,25 %) dans un sondage, mais de justesse (3,3 %), et rien ne dit que dans la durée il en aille de même. A droite de la droite, les querelles aussi vont bon train, mais sans trop inquiéter.

Au sein du Likoud, la polémique tourne autour de la question de savoir si des repris de justice peuvent accéder au statut de législateur nonobstant leur spécialité initiale. Mais à part cela, tout va bien : Itamar Ben Gvir, le Jean-Marie Le Pen israélien, n’a jamais semblé aussi sûr de lui.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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