Quels combats, pour quelle Afrique ?

« La lutte finale, s’il doit y avoir une lutte finale, elle sera essentiellement sur le plan économique. Ce ne sera pas avec des coups de fusil », disait le Président Félix Houphouët-Boigny.

« A terme, il faudra arriver à transformer les matières premières africaines en Afrique, former les cadres. il faudra à cet effet un transfère de savoir-faire par la formation des cadres africains, afin d’aider à transforer les matières premières sur place en Afrique », disait-il.

Le Président Félix Houphuët-Boigny a fait cette intervention en 1982 lors d’un sommet France-Afrique. Il insistait déjà à l’époque sur la nécessité pour l’Afrique de transformer son économie en passant d’une économie basée essentiellement sur l’exportation de matières premières en une économie qui exporte des produits finis ou semi-finis, transfromés en Afrique.

Mais cela passe par l’acquisition de connaissances, de savoir-faire, et de compétences nécessaires à cet effet. Pour être au niveau de pays émergents, la Chine et l’Inde ont énormément investi dans la connaissance et le développement de compétences.

Pour celui que l’on appelait le sage d’Afrique, cette démarche ne consistait pas à exclure les partenaires de l’Afrique dans la construction du continent, car comme il disait, « nos intérêts sont solidaires ». L’Afrique dispose de matières premières en quantité suffisante (le tiers des ressources naturelles de la planète) pour pouvoir partager avec le reste du monde.

Mais il faudra songer à la transformation de ces matières premières en Afrique, pour ce qui peut et doit l’être. Car, « si les pays africains ont quitté la dépendance coloniale, ils doivent accéder à l’indépendance économique », et cela passe par une véritable industrialisation de l’Afrique. Ce qui contribuerait bien entendu à créer de nouveaux emplois pouvant aider à absorber une partie de la croissance démographique dynamique de l’Afrique, et à lutter par la même occasion contre l’immigration massive vers l’Europe et l’Amérique. On sauverait ainsi des vies qui ne se noieront pas dans la Méditerranée.

En cette période où les innovationns permettent de réaliser de grands projets, l’Afrique doit chercher à s’installer durablement dans le train du progrès afin de lancer son développement durable. La solidarité devra être de mise pour y arriver, car « tout seul on peut aller vite, mais à plusieurs on va plus loin », proverbe africain. Ce qui ne pourra donc pas être réalisé au nieavu d’un seul pays, plusieurs pays au niveau régional pourront le réaliser. Les européens se sont mis à plusieurs pays pour construire la société Airbus qui est aujourd’hui un symbole de réussite de projets solidaires au niveau d’un continent.

Il y a peu plus de 5 ans, nous publions notre article intitulé : « lève-toi, marche Afrique ». Un peu plus de 5 ans plus tard où en sommes nous dans la progression de continent africain ? Plusieurs pays africains, parlaient déjà à cette époque d’émergence, qu’en est-il aujourd’hui ? L’Afrique peut-elle espérer ce « bond » en avant vers son émergence ? L’Afrique peut-elle émerger ? L’Afrique peut-elle réussir son développement durable ?

La réponse est oui, car Il s’agit pour le continent africain de chercher à redevenir ce qu’il avait été au premier millénaire de notre ère, à savoir un continent peuplé et prospère, comme ce fut également le cas pour la chine et l’inde, et cela passe par une véritable révolution tant politique, démographique, scientifique, qu’économique. « Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens », proverbe africain. Or nous le pensons, l’Afrique sait où elle doit aller : elle veut réaliser son développement durable et elle doit savoir comment y arriver. Elle a pour ce faire des exemples qu’elle peut suivre.

Après plusieurs siècles d’exile et un passé douloureux, le peuple Juif a pu retrouver la terre de ses ancêtres, il y a fondé une nation qui, en l’espace de 70 fait partie aujourd’hui des pays les plus puissants de la Terre, et offre d’énormes solutions aux nations pour leurs besoins en développement, dans le domaine de la recherche, dans l’agriculture, dans l’éducation, dans le social, dans la santé, j’en passe, et bien entendu dans la qualité de vie.

L’exemple de l’Etat d’Israël peut aider les pays africains qui pour la plupart coopèrent avec Israël dans plusieurs domaines pour l’acquisition de savoir-faire pour le développement de leur économie, et pour faire avancer leur pays.

Dans notre article, nous parlions de solidarité africaine, en référence à une citation du Président Félix Houphouët-Boigny, premier Président de la Côte d’Ivoire moderne, qui disait : « il est temps pour l’Afrique de mettre en oeuvre sa solidarité légendaire, car l’aide tant attendue de nos amis ne viendra pas ».

Nous avions indiqué que malgré ce constat et le contexte de crises qui a prévalu à travers le monde, l’Afrique restait incontournable et pouvait toujours compter avec ses amis d’autres continents qui de toutes les façons demeureront des partenaires de l’Afrique. Mais, l’aide comme nous l’avions indiqué, n’est qu’un appoint, et ne peut constituer l’essentiel des ressources humaines et financières de l’Afrique, si l’Afrique veut se développer durablement. L’Afrique devra développer ses propres ressources et ses compétences locales afin de lui permettre de combler ses besoins en ressources tant financières que humaines nécessaires à son développement.

Nous avions également indiqué que pour espérer amorcer durablement son développement, il y avait également des réglages à effectuer notamment au niveau de la stabilité du pouvoir politique, de la bonne gouvernance des Etats, de la gestion efficace des problèmes de sécurité liés au terrorisme qui tend à s’installer sur le continent, et bien entendu le règlement des conflits qui paralysent certains Etats.

Dès 2035, la population active africaine devrait excéder celle du reste du monde, selon le FMI. L’Afrique subsaharienne devra accroître ses efforts au cours des prochaines années pour créer les millions d’emplois « dont sa population jeune » aura besoin au vu du dynamisme démographique de la région, estime le FMI.

Selon le FMI, dans un rapport publié le 08 novembre 2018, 20 millions de créations nettes d’emplois seront nécessaires sur les deux prochaines décennies pour « absorber les nouveaux arrivants sur les marchés du travail » en Afrique subsaharienne. Or actuellement, seuls 10 millions d’emplois sont créés chaque année. La croissance économique des années à venir de l’ordre de 6% pour la période de 2018 à 2022 devrait porter la création nette d’emplois dans la région subsaharienne à « environ 16 millions de postes par an d’ici à 2022 » soit « un chiffre plus proche des 20 millions nécessaires ».

Certes, nous parlons d’une projection globale sur toute l’Afrique subsaharienne, mais il est important de savoir qu’il existe des disparités au niveau du continent. Certains pays dans certaines partie de l’Afrique sont beaucoup plus en avance et plus prospères que d’autres. Ce qui entraîne d’ailleurs les déplacements de population au niveau du continent vers ces pays qui sont les premières terres d’immigration avant les pays occidentaux. Mais, il ne s’agit pas ici de compétition ou de course contre la montre entre les pays. Chaque pays devra aller à son rythme, pourvu seulement qu’il soit dans la dynamique du progrès.

Ainsi donc, pour les années à venir, l’Afrique subsaharienne devra créer 20 millions d’emplois afin de pouvoir absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail. Et cela passera certainement par des investissements qui devront contribuer à la création d’emplois conséquents. Or, nous constatons une baisse au niveau des investissements directs étrangers sur le continent africain.

En 2017, une chute de l’ordre de 21% des investissements directs étrangers en Afrique a été enregistrée, selon le rapport annuel de 2018 de la CNUCED. Cette tendance n’est pas propre à l’Afrique. « La situation est globale au niveau de l’économie mondiale », selon les rapports 2018 et 2019 de la CNUCED. Cependant, s’il y a une baisse drastique en 2017, il est à noter une progression en 2018, par rapport à 2017, soit une augmentation de 11% des investissements directs étrangers (IDE).

Cette reprise modeste, ne suffira pas à combler la tendance négative constatée au niveau des investissements directs étrangers, « qui reste préoccupante à long terme pour les décideurs du monde entier, en particuliers dans les pays en développement, où l’investissement international est indispensable pour assurer un développement industriel durable », a précisé la CNUCED.

Par ailleurs, il est important de savoir que quand un investisseur choisit l’Afrique, ce sont des emplois créés, et le développement du continent africain qui se poursuit. C’est pourquoi, créer les conditions favorables pour attirer l’investissement étranger est dans l’intérêt des pays africains qui non seulement doivent assurer leur développement durable, mais également faire face à un besoin de plus en plus croissant de création d’emplois pour faire face à la croissance démographique sur continent.

Les conditions de sécurité, de bonne gouvernance et de la stabilité politique, environnement économique, juridique et administrative favorables, sont des conditions incontournables pour un développement durable de l’Afrique. Car pour son développement durable, l’Afrique n’y parviendra pas toute seule, même si elle dispose d’énormes potentielles. Elle devra faire appel à ses partenaires comme c’est le cas pour lutte contre le terrorisme au Mali avec la présence de l’armée française et d’autres forces étrangères.

Elle devra également faire preuve de maturité et de réel engagement au niveau du continent par une gestion rigoureuse et efficace dans les différents Etats et organisations africaines. C’est à cet effet que la création du G5 Sahel constitue une bonne initiative. Mais elle devra être soutenue, voire se multiplier à travers le continent afin de renforcer la sécurité sur le continent et de pourvoir venir à bout du terrorisme qui tend à s’installer sur le continent.

De plus, la tendance mondiale qui est à la baisse au niveau des investissements directs étrangers ne doit pas justifier un quelconque attentisme de la part des pays africains en espérant que la tendance soit renversée. Il faudra oeuvrer de sorte à combler les besoins en investissemets au plan local autant que faire se pourra. Ce qui passera certainement par une meilleure gestion des ressources au niveau du continent, à l’intérieure de chaque pays africain. La question de la bonne gouvernance ne doit pas se limiter à un voeu pieu ou à une simple mise en place de quelques structures ayant pour vocation de lutter pour la bonne gouvernance, pour faire bonnes figures.

Il faudra oeuvrer à la mise en place des mesures efficaces dont il faudra veiller scrupuleusement au respect et s’assurer d’un réel changement des mentalités dans la gestion des deniers publics. Il y va de l’intérêt des pays africains eux-mêmes. Il faudra en finir avec une classe politique au-dessus des lois et intouchable, qui se sert parfois dans les caisses de l’Etat, malgré des revenus conséquents qui leur sont versés. Tous devront se soumettre aux lois et règles établies.

La bonne gouvernance ne s’installera pas toute seule, elle ne se décrétera pas, elle sera l’oeuvre des citoyens à tous les niveaux dans chaque pays. C’est à ce prix, c’est en combattant la corruption et le nepotisme que l’Afrique pourra espérer émerger durablement. L’Afrique doit s’atteler à réussir sa transition vers des Etats modernes servant l’intérêt général des africains et pas seulement de telle ou telle ethnie, ou de tel ou tel groupe de prédateurs. Elle doit promouvoir les bonnes valeurs et les bonnes pratiques qui fondent la dignité d’un peuple.

Ainsi donc, les combats pour une Afrique durablement émergeante doivent se mener au niveau du Continent, sur le Continent africain par les africains eux-mêmes. L’Afrique devra guérir de son passé. Certes, il existe un passé, mais on ne peut pas demeurer en permanence et éternellement dans un passé qui de toutes les façons est déjà passé. Tout ce que l’Afrique a à faire, est de savoir tirer les leçons nécessaires de son passé, pour mieux organiser le présent et bâtir un avenir meilleur. Il ne s’agit pas de s’opposer les uns et les autres ou de s’installer dans des querelles interminables avec le colonisateur ou le maître d’hier.

Nous sommes aujourd’hui dans un monde ouvert, dans un contexte de mondialisation. La question est de savoir quelles sont les opportunités qui s’offre à l’Afrique pour son développement durable. L’Afrique n’est pas le seul continent à avoir connu la colonisation ou les affres d’un monde dominé hier par des puissances.

Il y a eu des pays en Asie, au Moyent-Orient et ailleurs dans le monde, seule l’Afrique est encore à la traine par certains de ses fils et filles à vouloir toujours avoir les yeux fixés en permanence dans le retroviseur, se rendant ainsi prisonniers d’un passé douloureux, alors que le présent offre des pays déjà indépendants membres d’orgnisations internationales, même si beaucoup reste à faire dans ces pays. C’est en se mettant sérieusement au travail que les africains pourront espérer sortir l’Afrique du sous développement.

Il y a plus de 30 ans, les dirigeants africains parlaient de justes prix des matière premières. Plus de 30 ans après, on continue de parler de juste prix de matières premières, alors que dans le même temps on a des budgets nationaux qui ont nettement progressé. Certes, il est du devoir de ces pays de lutter pour garantir à leurs agriculteurs de meilleurs prix pour leurs produits, mais il serait encore mieux que ces Etats songent à la transformation de ces produits sur le continent.

Cela aura le double avantage non seulement de garantir l’achat des matières à des prix maitrisables, mais également de créer de nouveaux emplois pour faire face à la croissance démographique, et de contribuer à développer de nouveaux marchés sur le continent et ailleurs dans le monde. En développant l’économie africaine, on crée du pourvoir d’achat pour la consommation des produits africains et des produits venant d’autres continents, on crée de la richesse.

Les atouts du continent africain, qui dispose d’énormes potentialités pour son développement durable, sont indéniables. En cette ère de la quatrième révolution industrielle et de la mondialisation, les africains doivent relever la tête et saisir les opportunités qui s’offrent à eux pour construire l’Afrique.

Certes, beaucoup reste à faire sur le continent, et c’est plutôt une bonne nouvelle pour un développement durable au moment où il est de plus en plus gestion de biodiversité, de transition écologique et de préoccupations majeures liées à notre planète, sans oublier les questions liées aux droits de l’homme, à l’égalité homme-femme, à l’émancipation de la femme et aux droits sociaux. L’Afrique dispose suffisamment d’espace pour insérer toutes ces notions dans son schéma directeur le menant vers un avenir meilleur. C’est à elle seule de saisir les opportunités qui s’offrent à elle, afin de relever les défis pour un avenir meilleur et plus prospère.

à propos de l'auteur
Diplômé de l'Ecole Supérieur de gestion de Paris et du CNAM de Paris Master en Audit et Contrôle de Gestion. Paul est aussi diplômé d'un Master en Sciences de Gestion, mention Prospective stratégique, Organisation et Management. Il a étudié l'économie de Développement à l'institut international de la Istadrut à Kfar Sava en Israël.
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