Quel est le risque global de faillite sur le marché obligataire israélien en avril 2021?

© Stocklib / Sergey Nivens
© Stocklib / Sergey Nivens

Ces dernières années, les épargnants qui ont prêté de l’argent aux entreprises qui ont emprunté sur le marché financier israélien, ont dû faire face à des faillites retentissantes et n’ont pu souvent récupérer qu’une petite  partie de leur investissement.

Récemment, un des plus grands conglomérats israélien, la société IDB qui avait émis des obligations de plusieurs milliards shekalim a fait faillite avant d’être racheté. Fin 2020, la société ol-yair limited qui avait également emprunté sur le marché financier israélien 2.5 milliards de shekalim a annoncé l’arrêt temporaire de tous les payements dus aux investisseurs. La solidité du marché obligataire a aussi un impact considérable sur l’épargne à long terme et particulièrement sur les retraites.

Les entreprises de notation (maalot et midroug) ont baissé la notation de près de 30  sociétés depuis le début de la crise. Cependant, il est nécessaire de souligner que l’autorité des marchés financiers en Israël, la bourse et beaucoup d’analystes financiers mettent en cause leur méthodologie et qu’elles sont considérées comme peu fiables. En effet, leur analyse ne peut être vraiment objective, car leurs seules ressources proviennent des sociétés qu’elles notent et que ces dernières peuvent à tout moment ne plus les employer.

Par exemple, la société ol –yair limited  que nous avons mentionné plus haut, avait une note convenable avant son annonce de cessation de paiements. Ce n’est qu’après cette annonce, que la société de notation lui a décerné une note c qui correspond à un risque probable de faillite et qui a entrainé la radiation de cette société des indices obligataires a la bourse de Tel-Aviv.

La rentabilité des obligations: la panique de février mars 2020 qui a fait fuir surtout les petits épargnants du marché obligataire (plusieurs dizaines de milliards de shekalim) a entrainé un effondrement des cours. Puis au cours du second  et troisième trimestre,  les cours se sont rétablis surtout après l’annonce de la banque d’Israël de son intention d’intervenir sur le marché obligataire pour soutenir les cours des sociétés israéliennes. De plus, dans notre analyse financière  que nous avons publiée dans the times of Israël  dès aout 2020, nous avons conclu que le marché obligataire était sous-évalué.

Notre modèle a été confirmé par les faits puisqu’à la fin 2020,   la tendance haussière du marché obligataire s’est renforcée à tel point que les cours sont revenus à leur niveau de début 2020. Depuis le début de l’année 2021, cette tendance s’est prolongée et le marché obligataire a connu une augmentation des cours entre 2 et 3 %, dépassant même le niveau établi avant la crise du corona.

Modèle Gugenheim: Nous publions depuis plusieurs années dans la presse financière israélienne un indice permettant de mesurer le risque de non remboursement des sociétés qui ont emprunté sur le marché financier israélien. Ce modèle qui est inspiré des théories d’universitaires français en gestion financière des années 80 s’est trouvé particulièrement performant sur les sociétés israéliennes en décelant par avance les sociétés en cessation de payement de ceux qui restaient viables. Il est principalement basé sur l’analyse de la trésorerie des entreprises et non sur le bénéfice comptable ou le rapport entre les actifs et dettes à court terme (fonds de roulement).

Ce modèle réactualisé au moins une fois par trimestre présente d’une part un indice global de risque de faillite sur le marché obligataire israélien  (de 1 à 10, à partir de 5, nous déconseillons l’investissement sur le marché obligataire) et d’autre part le nombre d’entreprises par catégorie de  huit risques de faillites (aaa jusqu’à bbb).

Conclusion: L’analyse des résultats financiers  des sociétés (2016-2020), montre qu’il y a eu une diminution très importante du bénéfice en 2020. Par contre, le niveau du flux de trésorerie et la capacité des sociétés à payer les dettes à court terme mesurée par le fonds de roulement sont tout à fait satisfaisantes.

Flux de trésorerie bénéfices Fonds de roulement Index global risque

de faillites

2016 2.9% 3.5% 6.7% 5
2017 1.0% 3.7% 8.3% 5
2018 1.5% 3.0% 7.2% 5
2019 3.8% 2.8% 5.9% 1
2020 4.8% 0.5% 5.6% 1

 

Cette constatation surprenante, malgré les effets néfastes des différents confinements  est corrobée par le fait qu’il n y a pas d’augmentation significative d’entreprises dont les experts comptables chargés de vérifier leur bilan ont averti que l’entreprise risque d’être en cessation de payements.

Le niveau relativement bas du bénéfice comptable est dû en partie à l’activité certains secteurs comme le tourisme qui sont pratiquement à l’arrêt depuis le début de la crise du covid 19, ainsi qu’à la prudence des experts comptable dans l’évaluation des conséquences économiques de la pandémie.

Cependant, comme d’ailleurs le soulignent les sociétés de cotation internationales qui analysent la situation macroéconomique d’Israël, la capacité globale du remboursement des dettes contractées sur les marchés financiers n’a pas été affecté, surtout en comparaison avec les autres pays de l’OCDE.  A la fin de notre blog publié en novembre 2020, nous avons écrit:

« Nous espérons que les chiffres du quatrième trimestre confirmeront cette tendance, comme d’ailleurs l’activité économique en octobre et novembre semblent l’indiquer. Nous ne manquerons pas dans cette tribune d’en faire écho dès que nous le pourrons….  »

Nous pouvons effectivement conclure que notre espérance s’est vue confirmer par les faits.  De plus, la presse économique et financière fait écho ces derniers jours  des résultats publiés par l’institut statistique en Israël d’une reprise très forte de l’activité économique, dans pratiquement tous les secteurs au premier trimestre 2021,  suite particulièrement aux mesures massives de déconfinement. Le marché financier israélien accompagne ces bons  résultats par une hausse des différents indices et même du marché obligataire qui avait déjà anticipé ces chiffres comme nous l’avons démontré dans cet article.

Tout laisse à penser que les investisseurs sur le marché financier israélien vont avoir un bon rendement en 2021. Nous prévoyons que les bénéfices comptables des sociétés cotées à Tel Aviv vont s’améliorer considérablement en 2021 et que nous aurons bientôt la confirmation dans les bilans qui seront publiés sur la période du premier trimestre 2021. Nous en ferons certainement l’écho dans cette tribune en juin 2021.

à propos de l'auteur
Docteur Daniel Gugenheim a enseigné en France dans les grandes écoles de commerce comme HEC et l'ISG. Ayant effectué son alya en 1986, il enseigne à l'université Bar Ilan et fut économiste près de 30 ans à la Reshut Nyarot Erekh (Autorité des Marchés Financiers). Il a publié de nombreux articles en économie et finance en Europe et en Israël. Il est conseiller financier à Qualita où il donne une chronique hebdomadaire à la radio. Il est chroniqueur également à radio Judaica Bruxelles et est intervenant sur la chaine de télévision i24.
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