Quel est le risque de faillite sur le marché obligataire israélien ?

Ces dernières années, les épargnants qui ont prêté de l’argent aux entreprises qui ont emprunté sur le marché financier israélien, ont dû faire face à des faillites retentissantes et n’ont pu souvent récupérer qu’une petite partie de leur investissement. La solidité du marché obligataire a aussi un impact considérable sur l’épargne à long terme et particulièrement sur les retraites.

La crise économique mondiale sans précédent due à la pandémie du covid 19 a provoqué une augmentation très importante et très brusque du nombre de faillites particulièrement en Israël. (Par exemple une augmentation de 75% en juin 2020 par rapport à juin 2019).

La banque d’Israël a publié la semaine dernière une étude qui concluait que 30 pourcent des sociétés cotées à la bourse de Tel Aviv risquaient de faire faillite. Cependant, il est utile de souligner que cette étude ne se cantonnait pas aux sociétés qui avaient émis des obligations.

Or, lorsqu’un investisseur achète une action et surtout dans la haute technologie, il est conscient que la société n’est pas obligatoirement solvable, ce qui n’est évidemment pas le cas de l’épargnant qui achète une obligation et qui n’est intéressé que par la capacité de l’entreprise à payer les intérêts et la dette.

De plus, cette étude rappelait le fait qu’avant la crise du covid 19, certaines entreprises se trouvaient déjà en état d’insolvabilité. La banque d’Israël s’est d’ailleurs engagée à intervenir sur le marché obligataire pour éviter un effondrement des cours pour une somme de 15 milliards de shekalim, en précisant cependant que cela ne concernait que les sociétés israéliennes et seulement celles qui avait une bonne notation.

Les entreprises de notation (maalot et midroug) ont baissé la notation de 23 sociétés depuis le début de la crise. Cependant, il est nécessaire de souligner que l’autorité des marchés financiers en Israël, la bourse et beaucoup d’analystes financiers mettent en cause leur méthodologie et qu’elles sont considérées comme peu fiables. En effet, leur analyse ne peut être vraiment objective, car leurs seules ressources proviennent des sociétés qu’elles notent et que ces dernières peuvent à tout moment ne plus les employer.

La rentabilité des obligations: la panique de février mars qui a fait fuir surtout les petits épargnants du marché obligataire (plusieurs dizaines de milliards de shekalim) a entrainé un effondrement des cours. De ce fait, encore actuellement bien des obligations rapportent plus de 10% par an, ce qui est considéré comme un taux « d’obligations poubelles ».

Modèle Gugenheim: Nous publions depuis plusieurs années dans la presse financière israélienne un indice permettant de mesurer le risque de non remboursement des sociétés qui ont emprunté sur le marché financier israélien. Ce modèle qui est inspiré des théories d’universitaires français en gestion financière des années 80 s’est trouvé particulièrement performant sur les sociétés israéliennes en décelant par avance les sociétés en cessation de payement de ceux qui restaient viables. Il est principalement basé sur l’analyse de la trésorerie des entreprises et non sur le bénéfice comptable ou le rapport entre les actifs et dettes à court terme (fonds de roulement).

Ce modèle réactualisé au moins une fois par trimestre présente d’une part un indice global de risque de faillite sur le marché obligataire israélien  (de 1 à 10, à partir de 5, nous déconseillons l’investissement sur le marché obligataire) et d’autre part le nombre d’entreprises par catégorie de huit risques de faillites (aaa jusqu’à bbb).

Conclusion: L’analyse des résultats financiers des sociétés (décembre 2015- mars 2020), montre qu’il y a eu une diminution très importante du bénéfice au premier trimestre 2020. Cette plongée du résultat comptable est tellement importante que globalement, il y a perte. Notre indice est donc passé de 1 à 2. Cependant, pour l’instant les autres indicateurs ne sont pas si affectés. De même, on ne constate pas un glissement significatif du nombre d’entreprises dans une cotation plus risquée.

Cette constatation surprenante est corrobée par le fait qu’il n y a pas d’augmentation significative d’entreprises dont les experts comptables chargés de vérifié leur bilan ont averti que l’entreprise risque d’être en cessation de payements. Ainsi, nous soutenons que bon nombre d’obligations, y compris certaines qui ont un taux de rentabilité d' »obligations poubelles » comme nous l’avons souligné plus haut et particulièrement celles où s’effectuent beaucoup de transactions sont injustement décotées par le marché .

Nous nous proposons à l’avenir de rendre compte dans cette tribune des résultats actualisés de notre modèle.

 

 

 

à propos de l'auteur
Docteur Daniel Gugenheim a enseigné en France dans les grandes écoles de commerce comme HEC et l'ISG. Ayant effectué son alya en 1986, il enseigne à l'université Bar Ilan et fut économiste près de 30 ans à la Reshut Nyarot Erekh (Autorité des Marchés Financiers). Il a publié de nombreux articles en économie et finance en Europe et en Israël. Il est conseiller financier à Qualita où il donne une chronique hebdomadaire à la radio. Il est chroniqueur également à radio Judaica Bruxelles et est intervenant sur la chaine de télévision i24.
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