Que se passe-t-il au Likoud ?

Bulletins de vote du parti Likoud et les tracts de la campagne du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour les élections générales israéliennes, à Tel Aviv, en Israël, le mercredi 10 avril 2019. Photo AP / Ariel Schalit
Bulletins de vote du parti Likoud et les tracts de la campagne du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour les élections générales israéliennes, à Tel Aviv, en Israël, le mercredi 10 avril 2019. Photo AP / Ariel Schalit

De bien étranges choses semblent se passer dans les coulisses du parti du Premier ministre.

Tout d’abord, des absences. Le comité central du Likoud qui compte 3 200 membres était convoqué le jeudi 10 octobre afin de réaffirmer que Binyamin Netanyahou était bien son seul candidat à la direction du gouvernement.

On attendait 1 000 participants, il en vint moins de 300. Le vote eut lieu, mais on n’en donna pas les résultats chiffrés, en se contentant de proclamer qu’une large majorité s’était dégagée en faveur de Binyamin Netanyahou.

Prévenu qu’il risquait de parler devant une salle vide, ce dernier ne fit pas le déplacement, comme nombre de dirigeants du parti. Certains d’entre eux sont pourtant très actifs.

Ainsi, Nir Berkat, ancien maire de Jérusalem, vient de déclarer qu’il serait candidat à la direction du parti et donc aussi à celle du gouvernement, une fois l’ère Netanyahou achevée. Il rejoint ainsi officiellement la liste de ceux qui ont fait, officiellement ou pas, acte de candidature : Guidon Saar, le ministre des Affaires étrangères Israël Katz, et celui de la Sécurité publique, Guilad Erdan.

Même le patron du Mossad, Yossi Cohen reconnaît avoir rencontré la presse ultraorthodoxe, mais dément avoir fait part de ses ambitions politiques. En d’autres termes, pour certains, même s’ils ne le disent pas ainsi, la succession de Binyamin Netanyahou est ouverte.

Signe des temps, le très fidèle David Bitan, ancien chef de la coalition, a déclaré « superflues » les manifestations de soutien à Binyamin Netanyahou qui se déroulent à Petah Tikva, ville où est domicilié le Conseiller juridique du gouvernement qui pourrait l’inculper.

Autre sujet d’interrogation : la restitution du mandat de formation du gouvernement. Binyamin Netanyahou peut le conserver jusqu’au 23 octobre, terme des 28 jours qui lui sont octroyés. Mais chacun sait que les négociations pour la formation d’un gouvernement sont totalement bloquées. Il pourrait rendre déjà son mandat, mais, à l’heure où ces lignes sont écrites, il ne semble pas vouloir s’y résoudre.

Il laisse entendre qu’il le fera lorsqu’Avigdor Liberman aura déclaré exclure le soutien à un gouvernement autre que d’union nationale. En fait, Binyamin Netanyahou craint d’être trahi par les siens qui, voulant à tout prix éviter une troisième élection, désigneraient à sa place un autre dirigeant. Cela pourrait intervenir une fois le mandat confié à Benny Gantz, ou, si celui-ci échoue aussi dans les 28 jours, lorsqu’il appartiendra à Knesset de mettre à profit les 21 jours à sa disposition pour désigner un autre candidat.

Dans ces deux hypothèses, la situation pourrait être débloquée, et des négociations s’engageraient pour la formation d’un gouvernement d’union nationale avec un accord de rotation pour le poste de Premier ministre. Avec le Likoud, mais sans Binyamin Netanyahou.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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