Que faire de Gaza ?

On pousse un soupir de soulagement, le samedi, jour anniversaire de la «marche du retour» n’a pas engendré l’hécatombe redoutée. Il y a eu effectivement quatre morts à déplorer et cela fait toujours quatre morts de trop, mais la responsabilité en incombe à ceux qui ont incité les victimes à braver l’interdiction et à trouver la mort.

Mais il faut aussi reconnaître que le Hamas a, d’une certaine manière, tenu parole en faisant preuve d’un peu de retenue, suite à l’inlassable labeur de la délégation égyptienne qui n’a pas lâché l’affaire, faisant autant de navettes que nécessaires entre la bande côtière tenue par le Hamas et Tel Aviv.

Mais cette accalmie relative et si précaire, hélas, ne change rien au problème de fond : comment trouver un modus vivendi sur le long terme ou même le court terme avec une organisation terroriste, prisonnière de sa propre rhétorique guerrière mais confrontée depuis peu, à ce qu’il faut bien nommer une asphyxie économique.

On ne parle plus de l’imminence d’une véritable catastrophe humanitaire, elle est désormais bien là, au point que, fait unique dans les annales, les gazaouïs moyens ont manifesté dans la rue contre la vie chère et l’accaparement des biens et des richesses par les membres du Hamas et la police des terroristes les a violemment réprimés, comme on a pu le voir dans des vidéos qui ont fait le tour de la région.

Rappelons succinctement les faits : au terme d’une longue période d’observation, le Premier ministre Ariel Sharon a décidé d’évacuer unilatéralement la bande côtière, créant un vide et un appel d’air. Le Hamas qui ourdissait en silence un complot, a pris le pouvoir, par les élections et aussi par les armes, mettant fin au népotisme et à la corruption du Fatah.

Etait-ce prévisible ? Oui, assurément et le gouvernement israélien l’avait prévu car il avait une arrière-pensée, celle d’une dissension entre deux légitimités, le Fatah de Ramallah et le Hamas de Gaza, les frères ennemis qui se haïssent et se combattent… La politique israélienne a fait le pari suivant : j’aime tellement (sic) la Palestine que je suis content qu’il y en ait deux…

La première leçon à tirer de cette situation, c’est que la réunification des clans palestiniens ne pourra pas se faire avant un certain temps permettant à Israël de devenir la puissance économique et militaire qu’il est devenu, et peser de tout son poids pour réduire l’influence des extrémistes.

Mais dans ce calcul, les Israéliens n’avaient pas pensé à la catastrophe humanitaire qui s’ensuivrait avec le blocus, destiné à empêcher les terroristes de s’en prendre à Israël, ce qu’ils n’ont pas cessé de faire depuis des années. Les habitants de Sdérot, d’Ashkelon et de la région d’Echkol savent de quoi je parle, eux qui vivent sous la menace perpétuelle des roquettes et des obus de mortier.

De longues et fastidieuses négociations inter-palestiniennes n’ont pas permis d’aboutir à la réunification, la pomme de discorde portant toujours sur le contrôle effectif des miliciens armés du Hamas. Les dirigeants du mouvement terroriste savent que leurs frères de Ramallah leur demanderont des comptes concernant les anciens du Fatah qu’ils ont soit tués soit torturés, ils veulent donc une assurance-vie qu’ils n’ont pas pu obtenir.

Mais que vient faire Israël dans ce maelstrom palestinien ? Mais voilà, aucun pays ne peut choisir son histoire ni sa géographie. Et pour Israël, c’est vital et déterminant. Je viens d’entendre une émission avec Benjamin Petrover sur I24News depuis Ashdod, Ashdod, ancienne ville philistine située à à peine 20 km de Gaza et dont les habitants avaient payé un assez lourd tribut à la guerre.

Israël ne souhaite pas, pour l’instant, l’émergence d’un état palestinien car les conditions ne sont pas encore réunies. Or, si une réconciliation inter-palestinienne voyait le jour, cela renforcerait la demande d’un Etat, ce qui ne va dans le sens d’Israël. Et on le comprend car il faudrait absolument s’entendre sur la démilitarisation de cet Etat hypothétique.

En conclusion : certes, on ne voit toujours pas d’Etat palestinien à l’horizon mais la catastrophe humanitaire est bien là, pour une population qui commence à avoir faim, qui manque d’électricité et d’eau potable, bref dont l’existence quotidienne est loin d’être paradisiaque. Et comme le Hamas ne se dépossédera jamais de son pouvoir, il a rallumé le front anti-israélien en instaurant cette «marche du retour» hebdomadaire.

Et je ne parle même pas de ces deux missiles qui ont frôlé Tel Aviv, ce qui représente justement cette ligne rouge infranchissable et au-delà de laquelle Tsahal ferait tout simplement disparaître la branche dure du Hamas…

Les Egyptiens l’ont compris, eux qui ont un sens inné de la diplomatie et qui eurent jadis à connaître la vigueur des ripostes d’Israël lorsque celui-ci était attaqué. Ils ont mis les bouchées doubles pour éviter une grande déflagration et obtenu des Israéliens qu’ils allègent les mesures d’isolement de Gaza : élargissement de la zone de pêche, réouverture de quelques passages, etc…

Mais même avec tout cela, le problème de Gaza demeure. Et de plus en plus de commentateurs, même les plus avertis, redoutent que l’on ait simplement repoussé mais guère supprimé la future confrontation armée. Et je me demande si Israël, au terme de toutes ces années, ne va pas, de concert avec l’Autorité Palestinienne, mettre de l’ordre dans l’enclave côtière et en remettre les clés à l’homme fort de Ramallah.

Ce dernier a enfin, à la suite de tant d’épreuves, la maturité nécessaire pour imposer à son peuple une véritable paix avec Israël, une paix qui favorise l’interaction économique des deux états, le tourisme, les contacts gouvernementaux, etc…

Est-ce un rêve ? Oui, mais Israël lui-même est un rêve qui est devenu réalité, même si personne ne voulait y croire. Encore faut il que Mahmoud Abbas réussisse à devenir le David Ben Gourion arabe…

 

à propos de l'auteur
Né en 1951 à Agadir, père d'une jeune fille, le professeur Hayoun est spécialiste de la philosophie médiévale juive et judéo-arabe et du renouveau de la philosophique judéo-allemande depuis Moses Mendelssohn à Gershom Scholem, Martin Buber et Franz Rosenzweig. Ses tout derniers livres portent sur ses trois auteurs.
Comments