Quand les citoyens juifs étaient les bienvenus en Albanie – 1935

1935 : Le gouvernement albanais invitait les citoyens juifs à s’installer au royaume d’Albanie
The Jewish Chronicle publiait, le vendredi 12 juillet 1935, dans la page numéro 20, les déclarations de l’ambassadeur de l’Albanie à Londres, Fuad Asllani, relatives à l’invitation des citoyens juifs à s’installer au royaume d’Albanie. Ci-dessous, les arguments de l’ambassadeur vis-à-vis de cette invitation.
L’Albanie accueillerait les Juifs – Des possibilités pour les immigrants capitalistes – Points de vue de la Légation
Le ministre albanais [Fuad Asllani] à Londres a publié la semaine dernière une déclaration au nom de son gouvernement qui revient à inviter les Juifs à s’installer dans ce pays et à investir des fonds dans des entreprises agricoles et industrielles, en promettant des facilités pour acquérir la citoyenneté albanaise. Le ministre albanais a complété cette déclaration au cours d’une interview que j’ai eue avec lui [écrit un représentant du The Jewish Chronicle].
« Mon gouvernement », a déclaré Son Excellence, « considère favorablement la possibilité que des Juifs viennent s’installer en Albanie ». Il a expliqué que l’Albanie n’accueillerait pas les Juifs qui souhaitent simplement venir dans le pays, « faire du profit et ensuite s’enfuir ». Ils doivent venir avec l’intention de s’y établir.
Il a souligné les possibilités qui existent dans le pays pour l’investissement de capitaux juifs et a déclaré que le gouvernement albanais aiderait les Juifs à acquérir la citoyenneté albanaise le plus rapidement possible, dans le cadre des dispositions de la loi, bien entendu. « Mais, a-t-il dit, pour pouvoir posséder des terres, ils doivent, conformément à la loi, devenir citoyens albanais ».
Bien que la culture en Albanie ne soit pas moderne, un hectare de terre produit en réalité 20 à 25 quintaux de maïs et environ 18 quintaux de blé. Si l’on cultivait selon des méthodes modernes, on pourrait évidemment augmenter ces quantités. L’Albanie, m’a-t-il assuré, est bien adaptée à la production de riz, de tabac, d’huile d’olive et de betteraves. En ce qui concerne le bétail, il y a dans le pays, a-t-il dit, environ 3 millions de moutons et de chèvres et environ 150 000 têtes de bétail. Avec la matière première disponible, les Juifs pourraient créer des usines. Il a également souligné que l’exportation d’œufs pourrait faire de bonnes affaires. Le pays est riche en minéraux. On y exploite du pétrole. Il y a aussi beaucoup de possibilités en ce qui concerne le tourisme.
Le ministre a déclaré qu’aucune restriction n’était imposée aux étrangers entrant en Albanie et y résidant, la seule exception étant les travailleurs occasionnels ; les étrangers n’étaient pas imposés et il n’y avait absolument aucune distinction de race ou de croyance. La population était composée approximativement comme suit : 68 % de Musulmans ; 20 % d’Orthodoxes (grecs) ; et le reste de catholiques romains.
Il y a très peu de Juifs en Albanie, mais le maire adjoint de Vlora (10 000 habitants) est un Juif élu par la population elle-même. « Cela montre, dit-il, le degré de tolérance du peuple albanais ».
« Si les Juifs veulent venir dans notre pays et investir leur capital, ils sont les bienvenus », a-t-il conclu. Il a décrit le climat de l’Albanie comme très bon, et plus ou moins semblable à celui de Rome.
Source du texte : The Jewish Chronicle, vendredi 12 juillet 1935, p.20
Article publié également en albanais : https://www.darsiani.com/la-gazette/the-jewish-chronicle-1935-nese-investitoret-hebrenj-duan-te-vijne-shqiperi-ata-jane-te-mirepritur-intervista-me-fuad-asllanin-ambasadorin-shqiptar-ne-londer/
