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Quand Le Clézio procède à des analogies douteuses

Jean-Marie Gustave Le Clézio, lauréat du prix Nobel de littérature, lors de l'émission La Grande Librairie sur France 5 (Crédit : capture d'écran YouTube)
Jean-Marie Gustave Le Clézio, lauréat du prix Nobel de littérature, lors de l'émission La Grande Librairie sur France 5 (Crédit : capture d'écran YouTube)

Mercredi soir dernier sur TV5, La Grande Librairie. Dans un plaidoyer rédigé en faveur de l’enfance, Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature, a prononcé cette petite phrase qui montre à quel point il a absorbé la doxa des media français et occidentaux sur la guerre à Gaza : « Est-ce que la mort de Hind Rajab, 6 ans, assassinée à Gaza par les mitrailleuses de l’armée israélienne venge la mort des jeunes assassinés par les terroristes de l’autre côté de la frontière[1] ? ».

En quoi cette interrogation d’apparence équilibrée ne l’est-elle pas face à un examen détaillé ?

1.       Le Clézio cite nommément le nom d’une enfant palestinienne mais ne nomme pas d’enfants israéliens, tels Ariel Bibas, 4 ans ou son frère Kfir de 9 mois, l’otage politique le plus jeune jamais enlevé. Les deux drames sont connus, ils ont été amplement documentés par la presse et par Wikipedia[2] [3]. Alors, pourquoi cette différence de traitement ? On ne peut s’identifier pleinement à une victime anonyme. C’est justement pourquoi on nomme expressément les victimes dans des mémoriaux. Le Hamas n’a jamais publié le nom des 250 otages morts ou vivants capturés le 7 octobre 2023. La Croix-Rouge Internationale n’a pu leur rendre une seule visite en deux ans. Les familles des otages ont longtemps souffert de cette incertitude quant au sort de leurs proches.

2.       De même, Le Clézio désigne clairement l’armée israélienne comme responsable de la mort de Hind Rajab mais ne nomme pas les responsables de la mort des « jeunes assassinés de l’autre côté de la frontière », à savoir, le Hamas palestinien. Pourquoi exempter les islamistes des lumières des projecteurs, pourquoi les déresponsabiliser alors que ce sont eux qui ont provoqué cette guerre meurtrière ?

3.       Les enfants Bibas ont été kidnappés par le Hamas dans un kibboutz calme et endormi puis ils furent assassinés à froid, un mois plus tard, à mains nues et leurs corps suppliciés, selon l’expertise médico-légale. Hind Rajab a été tuée au cours d’un épisode de guerre tristement sanglant visant aveuglément les occupants d’une automobile ; toute guerre génère la mort de victimes civiles.

4.       J.M.G. Le Clézio invoque la vengeance comme raison de l’action de Tsahal. Œil pour œil, dent pour dent ? Raison jamais revendiquée par le Premier ministre israélien. Non, ce n’est pas la vengeance qui a provoqué la riposte israélienne, mais la volonté de supprimer la menace d’un nouveau 7-Octobre sur les kibboutzim frontaliers.

5.       L’écrivain ne fournit pas de cause explicite pour les terroristes. Or, le but de la terreur n’est pas simplement la terreur. Auraient-ils une bonne raison pour justifier leurs actes ? Passer sous silence l’objectif du Hamas, pourtant clairement inscrit dans sa charte[4], à savoir la destruction de l’état d’Israël, risque de lui accorder une certaine respectabilité qu’il ne mérite pas.

6.       Selon moi, si l’enlèvement de la famille Bibas servait à échanger ces otages civils contre des militants palestiniens condamnés pour actes de terreur et emprisonnés en Israël, l’assassinat des enfants Bibas à mains nues illustre la cruauté et la haine des islamistes. Ils n’ont pu s’empêcher de les maltraiter dans les tunnels. Parler de « l’assassinat » de Hind Rajab sous-entend une intention israélienne de tuer une enfant de 6 ans, ce qui n’est confirmé par aucun fait : selon l’article de Al Jazeera cité par Wikipedia, « le sort de Rajab et des ambulanciers est alors inconnu ». Les balles des soldats ont visé un véhicule suspect qui transportait plusieurs passagers, adultes et enfants.

Je suis persuadé que J.M.G. Le Clézio n’est pas antisémite. Mais le déséquilibre verbal relevé ci-dessus n’est pas dû au simple hasard. On se rappellera qu’il a dénoncé en mai 2025 le « génocide » de la population à Gaza[5].

Enfin, je regrette que l’écrivain engagé n’ait profité de cette tribune pour soutenir les dizaines de milliers de manifestants civils iraniens blessés ou assassinés par les gardiens de la révolution en seulement quelques semaines.

[1] La Grande Librairie, 28 janvier 2026. Voici ses mots exacts : https://www.youtube.com/watch?v=X8dCT7Ul6dA&t=5300s
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Meurtre_de_Hind_Rajab
[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Enl%C3%A8vement_de_la_famille_Bibas
[4] https://www.middleeasteye.net/news/hamas-2017-document-full
[5] https://www.humanite.fr/monde/bande-de-gaza/nous-ne-pouvons-plus-nous-contenter-dappeler-cela-une-horreur-300-ecrivains-appellent-a-agir-face-au-genocide-a-gaza

à propos de l'auteur
Jean-Pierre Stroweis, né à Paris en 1953 est un ingénieur, informaticien, et généalogiste, dont la famille a échappé au pire durant la Shoah. Depuis 2016, il prolonge Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France de Serge Klarsfeld sous la forme d'un site internet (https://stevemorse.org/france). Il réside à Jérusalem depuis 1981.
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