Quand la haine monte sur scène

Le duo Bob Vylan se produit sur la scène West Holts, pendant le festival de Glastonbury à Worthy Farm, dans le Somerset, en Angleterre, le 28 juin 2025. (Crédit : Yui Mok/PA via AP)
Le duo Bob Vylan se produit sur la scène West Holts, pendant le festival de Glastonbury à Worthy Farm, dans le Somerset, en Angleterre, le 28 juin 2025. (Crédit : Yui Mok/PA via AP)

L’autre jour, mon fils adolescent est venu me voir. Dans l’univers numérique qu’il fréquente, et entre les tendances et les absurdités du jour, il est tombé sur une vidéo de Bob Vylan filmée au festival Glastonbury. Sur scène, des appels à la mort de soldats israéliens sont lancés. La foule applaudit. Mon fils, troublé, me demande : « Comment c’est permis ? Qui a décidé que c’était correct d’appeler à la mort de quelqu’un dans un festival de musique ? ». 

Sa question m’a coupé le souffle. Parce qu’elle est simple. Parce qu’elle est juste. Depuis quand la haine est-elle devenue un divertissement ? Depuis quand un appel au meurtre – aussi explicite, aussi grave – est-il accueilli avec des cris de joie ?

Ce moment est encore plus insoutenable quand on se rappelle un autre festival de musique : le festival Nova, en Israël, le 7 octobre dernier. Là-bas aussi, des jeunes dansaient. Là-bas aussi, la foule s’était réunie pour célébrer la musique et la vie.

Résultat : ils ont été massacrés, violés, brûlés vifs, mutilés. Par des terroristes du Hamas. Des centaines de morts, dont plusieurs Canadiens. Des viols filmés, revendiqués. Et pourtant, aujourd’hui encore, certains osent minimiser, relativiser, ou pire : nier.

Comment expliquer à nos enfants que ces crimes n’ont pas généré la même indignation ? Que les appels à la haine contre des Juifs ou des Israéliens semblent désormais faire partie du décor, semblent désormais tolérés sous prétexte de militantisme ou de liberté d’expression ?

Depuis quand « MeToo » ne s’applique-t-il plus aux victimes juives ? Depuis quand les viols de femmes israéliennes ne méritent-ils plus les unes des journaux, les marches de solidarité, la compassion ?

Il y a quelque chose de profondément tordu dans ce glissement. Quand l’appel à tuer devient une forme d’expression artistique. Quand les cris de haine remplacent les chansons. Quand les tribunes médiatiques ne filtrent plus les discours violents, mais censurent les voix juives qui osent dire : « ceci est de l’antisémitisme ».

La critique est légitime. L’opinion, le débat, la nuance aussi. Mais jamais – ô grand jamais – l’appel à la haine ou au meurtre ne devrait être normalisé. Il n’y a pas de liberté d’expression qui tienne quand elle est utilisée pour déshumaniser et inciter à la violence.

Bob Vylan, sur la scène West Holts, pendant le festival de Glastonbury à Worthy Farm, dans le Somerset, en Angleterre, le 28 juin 2025. (Crédit : Ben Birchall/PA via AP)

Quand mon fils m’a demandé ce qu’on faisait, je lui ai répondu ceci : Bob Vylan n’a aucun spectacle de prévu au Canada ; mais ses compères de scène à Glastonbury, Kneecap, un groupe de rap irlandais en adoration devant l’organisation terroriste Hezbollah, a été banni des États-Unis et tous leurs concerts y ont été annulés.

Et ici, au Canada, des milliers de Canadiens ont rejoint un mouvement que nous avons initié au Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) pour demander que ces groupes ne soient pas autorisés à venir et à se produire au pays.

Il est encore temps de faire la bonne chose. Et surtout, il est temps d’envoyer à nos enfants un message clair : la haine, même à travers un micro, même sur une scène, reste de la haine.

à propos de l'auteur
Eta Yudin est la vice-présidente principale (Québec) du Centre consultatif pour les relations juives et israeliennes (CIJA)
Comments