« Profitez de la vie »… Seulement un mois et demi

Des Israéliens portant des masques, assis dans un café à Tel Aviv, le 08 juillet 2020. Photo de Miriam Alster / FLASH90
Des Israéliens portant des masques, assis dans un café à Tel Aviv, le 08 juillet 2020. Photo de Miriam Alster / FLASH90

Le 28 mai dernier, le Premier ministre Benyamin Netanyahu a annoncé officiellement la fin du confinement ainsi que la réouverture des restaurants, bars, boites de nuits, etc.

A la fin de son discours, il a prononcé l’expression en hébreu « Taasou Haïm » qui signifie en quelque sorte « Amusez-vous bien, profitez de la vie ! »

Ce discours, rempli d’optimisme, était synonyme d’un retour à la vie normal et la fin d’un long enfermement à la maison qui commençait à devenir insupportable.

Nous étions tous remplis de joie à l’idée de retrouver notre routine, nos sorties, nos soirées, nos amis, famille, etc.

Or, la triste réalité du Corona nous a vite rattrapée, et nous voilà, après à peine 1 mois et demi, aspirés une nouvelle fois par le tourbillon de cette épidémie.

Notre attitude face à cette nouvelle maladie a évolué au fil de sa propagation. Nous avons commencé par l’incompréhension totale puis rapidement est venue la peur et la panique globale.

Ensuite chacun a essayé, à sa façon, d’adopter une approche philosophique face à ce bouleversement dans nos vies. Nous avons été épatés et émus face à la solidarité exemplaire à laquelle nous avons assistés. Nous avons applaudi les médecins, puis les infirmiers, les urgentistes, les policiers, les professeurs, et même les livreurs de pizzas !

Nous avons dû annuler des mariages, des fêtes, des festivals, des spectacles. Puis nous avons repoussé nos voyages, nos désirs, nos rêves et nos projets.
Finalement nous avons finis par ne plus être choqués, ni par les contrôles à distances, ni par les mariages ou les séances de psychologue par Zoom.

Bref, nous sommes passés par pratiquement toutes les phases et approches différentes durant la première vague.

Mais aujourd’hui : Plus rien ! Nous ne savons plus comment agir, comment penser et contre qui s’énerver. Le premier tsunami vient de passer, nous commencions à peine à réparer et à évaluer les dégâts causés, que nous sommes pris à nouveau dans la deuxième vague.

Et aujourd’hui malheureusement la question de santé a été dépassé dans nos esprits par la peur face au désastre économique.

Les entreprises, grandes ou petites, ont été fortement fragilisées par la période de confinement, et pour beaucoup les nouvelles restrictions sonneront le glas de leurs fermetures, entrainant ainsi de nombreuses personnes à rejoindre la liste des chômeurs qui a déjà atteint une taille sans précédent.

Ces dernières semaines nous avons assisté tristement à l’arrivée de la deuxième vague. Tout comme un film que l’on voit à l’envers, nous avons vu défiler les informations et les restrictions imposées à la vitesse de l’éclair, symétriquement à la manière dont elles avaient été retirées.

Aujourd’hui, nous sommes au mois de juillet, et dans le « monde normale », ce mois annonce la plus belle période de l’année. Les enfants finissent l’école et commencent les grandes vacances et les adultes peuvent enfin profiter de vacances bien méritées après une année chargée et stressante. Normalement, nous commençons à rêver déjà de nos vacances qui approchent en espérant oublier le temps de quelques jours notre routine et notre quotidien.

Or, les mots insouciance et liberté ont depuis quelques mois quittés notre vocabulaire et Dieu seul sait de quoi sera fait notre été.

Ces dernières semaines, ont été une réelle bouffée d’oxygène indispensable dans nos vies, et nous ont permis d’oublier la dure réalité du Covid-19. Cependant, cette période fut en réalité, ombragée par le nuage noir de la deuxième vague, dont nous tous, redoutions son arrivé et avons essayé tant bien que mal de refouler le fait de son existence afin de profiter de l’ivresse (limité) du déconfinement.

C’est dans les périodes de crises qu’est jugé réellement le leadership de nos dirigeants. Chaque décision qu’ils prennent est critiquée et chacune d’entre elles scelle le destin de millions de citoyens.

Face à cette grande inconnue qu’est le Coronavirus, la capacité d’adaptation et la prise de décisions rapides, que ce soit sur le plan sanitaire ou économique sont cruciales et influencent directement la façon dont nous réussirons à sortir de cette crise.

Malheureusement, le nouveau gouvernement, mené par Benjamin Netanyahu dont le but premier est de faire face au coronavirus, fait preuve d’une fragilité déconcertante et nous donne le sentiment qu’il n’y a personne, là-haut, qui tient réellement la barre et nous mène vers un cap précis.

Les recommandations du ministère de la Santé ne sont pas prises en compte par le gouvernement ou alors de manière trop tardive. Le problème étant que le gouvernement est guidé par les pressions politiques et par les dissensions en son sein et ne prend donc pas des décisions fermes.

Et c’est ainsi que sont dicté des directives contradictoires et illogiques qui nous donnent le sentiment que le bien-être et la santé public ont été bafoués par les querelles politiques dérisoires et chroniques de la gouvernance israélienne.

Nos dirigeants mettront-ils enfin les réels problèmes de l’ensemble des citoyens israéliens en tête de leurs priorités ou continueront-ils à ne se préoccuper uniquement de leurs électorats respectifs ?

Où est donc passés la fermeté, le courage et l’union qui ont marqué la première vague et la création de ce gouvernement d’urgence ?

Arriverons-nous enfin à mettre de côté les questions secondaires pour nous concentrer uniquement sur l’urgence actuelle ?

Je souhaite de tout mon cœur que nous retrouverons rapidement cette magnifique chose qu’est notre liberté et espère sincèrement que la prochaine fois que nous entendons la phrase « Taasou Haïm » de notre Premier ministre, ce soit pour la dernière fois… !

à propos de l'auteur
Samuel Sellem, franco-israelien âgé de 20 ans, a fait son Alya en 2015 et fini sa scolarité dans un lycée français en Israël. Passionné par la politique, l'économie et la société en général, il traitera de sujets variés, à travers le prisme d'un nouvel immigrant qui essaye de trouver sa place dans la société israélienne et de la comprendre. Il sert actuellement en tant que combattant dans l'unité du Génie Militaire de Tsahal.
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