Premier ministre haï, serait-il troqué par un clone ? 

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prenant la parole lors d'une conférence de presse à la Knesset, le parlement israélien à Jérusalem, le 21 avril 2021. Photo de Yonatan Sindel / Flash90
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prenant la parole lors d'une conférence de presse à la Knesset, le parlement israélien à Jérusalem, le 21 avril 2021. Photo de Yonatan Sindel / Flash90

Le dernier scrutin, le quatrième en deux ans, confirme et renforce le chaos dans lequel Israël est plongé. L’impasse politique est devenue une réalité insupportable. Les citoyens sont plus divisés que jamais. Les camps se barricadent. Incapable de former un nouveau gouvernement, Netanyahu ne s’en accroche pas moins désespérément au pouvoir.

Désormais, les campagnes électorales n’opposent plus que deux camps : celui, d’une part, du bloc de la droite et des partis ultraorthodoxes qui soutiennent Netanyahu et, d’autre part, celui des formations qui aspirent à l’écarter définitivement du pouvoir. Aucune d’idéologie, aucun programme, aucune vision pour un avenir meilleur.

Israël s’est égaré dans un labyrinthe. Aucun des deux camps ne semble pouvoir former une coalition de gouvernement. Les opposants à Netanyahu sont bien majoritaires, mais divisés entre centristes de Yesh Atid, deux partis de droite (Tikva hadasha et Yémina) et deux partis de gauche (Travaillistes et Meretz). Sans compter une complexité de taille : aucun des deux camps ne peut avoir une majorité sans l’appui des partis arabes.

Ainsi, une coalition dirigée par Netanyahu semble plus que jamais improbable. Le parti d’extrême droite (Habaït Hayehudi) n’acceptera jamais de siéger dans le même gouvernement que le parti arabe islamiste (Raam) et vice versa.

Dans cette situation de paralysie émerge un homme qui se veut providentiel, Naftali Bennett. Cet homme, qui prônait, depuis ses débuts en politique, le projet de Grand Israël et l’annexion des territoires occupés. Choisit aujourd’hui, l’ambiguïté. Il prône une posture politique floue, voire trompeuse, et se positionne en fléau d’une balance qu’il fait pencher tantôt à gauche, tantôt à droite, au gré de ses intérêts.

Bennett exploite la crise du Covid, s’en présentant comme le détenteur de la sortie de crise. Mais, avant qu’il ne devienne Premier ministre, le chemin est encore long.

Lapid, à la tête du camp opposé à Netanyahu, fait mine d’ignorer les contorsions de Bennett. Faisant fi de son propre égo, il lui propose de rejoindre la coalition qui veut renverser Netanyahu quitte à lui offrir le poste de Premier ministre. Un projet bien surprenant quand on sait que Bennett ne dispose que de sept sièges à la Knesset ! Inédit pour un candidat à la primature.

Ancien collaborateur de Netanyahu, Bennett cherche à l’imiter et à bénéficier de sa reconnaissance. Rusé et retors, il se confond en vaines déclarations contradictoires. Il a recours aux ficelles d’un chef au pouvoir absolu, les mêmes que celles de son mentor en politique. L’éthique et la démocratie sont les moindres de ses soucis.

Il n’exclut pas toute coopération avec Netanyahu, pourtant jugé pour des soupçons de corruption et de fraude. Bennett prend ainsi le risque de passer pour un complice des fautes du Premier ministre en activité. Comment, dans de telles conditions pourrait-il décemment prétendre au poste suprême du pouvoir ?

En définitive, deux scénarios semblent probables :

– Le plus plausible est que le Likoud se défasse de Netanyahu et élise un nouveau leader parmi ses dirigeants. Dans ce cas de figure, une coalition de 65 députés (30 du Likoud, 6 de Tikva Hadash de Sahar, 16 des ultraorthodoxes, 6 de Habaït Hayehudi de Shmotritsh et 7 de Yemina de Bennett), tous de droite, pourraient former un gouvernement apparemment conforme aux vœux de l’électorat israélien.

– Le second scénario dépend de Yair Lapid qui pourrait provoquer un cinquième scrutin. Des nouvelles élections semblent aujourd’hui plus prometteuses pour l’opposition si l’on en juge par les derniers résultats. Une défaite de Netanyahu s’avère plus probable que jamais. Il a déjà perdu six sièges lors du dernier scrutin, 30 au lieu de 36. Sa part en voix suit une tendance à la baisse, y compris parmi ses électeurs des villes périphériques pauvres. De plus, son procès, qui a commencé à révéler des délits indéniables accélérerait la chute de l’actuel Premier ministre. Un tel cas de figure réduirait à néant les ambitions d’un Bennett, devenu alors inutile.

De la sorte, Israël s’éviterait d’avoir à troquer un Premier ministre détesté contre sa bien pâle copie. La survenue d’une telle aberrance serait la marque d’une démocratie en déliquescence.

à propos de l'auteur
Mickaël Parienté, éditeur franco-israélien, a conçu et dirigé à Paris de nombreux projets culturels, en particulier : une galerie d’art israélien moderne, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain et une librairie-café méditerranéenne. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne, traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à nos jours, il a publié deux bibliographies : "2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs", préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, éd. Stavit, "Paris 1998 ; Littératures d’Israël", éd. Stavit, Paris 2003. Auteur bilingue, il a publié : "L'Autre Parnasse", roman paru en hébreu et en français en 2011, en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; "A l'Ombre des Murailles - souvenirs d'enfance du mellah de Meknès, Maroc", paru en hébreu et en français en 2015, ed. StavNet. Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Le Haaretz, Jérusalem Post, Ynet, Itonout... et en France, Libération, Le Monde...
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