Pouvoir politique et pouvoir gay

On le savait depuis longtemps : le judaïsme orthodoxe considère l’homosexualité comme une maladie. C’était également le cas de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui classa cette orientation sexuelle comme pathologie mentale, avant de revenir sur cette décision le 17 mai 1993.

Depuis, chaque 17 mai, on célèbre la journée internationale contre l’homophobie. En d’autres termes, l’OMS a su évoluer. Le rabbinat orthodoxe, non. Le nouveau ministre de l’Education, ancien grand rabbin de Tsahal et leader du courant sioniste-religieux, Raphy Peretz, a déclaré il y a quelques jours que les homosexuels devaient suivre une « thérapie de conversion » (tipoul amara).

En dépit des protestations soulevées par ses propos, et de la mise au point du Premier ministre soulignant que la position du gouvernement sur l’homosexualité restait inchangée, le « Rav Raphy » a récidivé. Il a précisé qu’en qualité d’éducateur, il avait lui-même administré cette thérapie.

Il a sans doute échappé au ministre-rabbin que les Israéliens LGBT sont de mieux en mieux compris – tous les sondages le montrent – par leurs compatriotes, y compris dans le public religieux (mais pas dans celui de l’ultra-orthodoxie).

Les Israéliens, dans leur grande majorité, condamnent toute expression d’homophobie, toute discrimination, et partagent de plus en plus la demande des intéressé(e)s d’accéder à la parentalité. Après le droit à l’adoption, celui de recourir à la gestation pour autrui (les mères porteuses) bénéficie d’un mouvement de soutien, et il y a quelques mois, les syndicats (la Histadrout) ont même organisé des grèves en faveur de l’élargissement de cette faculté aux couples d’hommes.

En bref, les Israéliens LGBT ont su faire partageur leurs combats en mettant en avant un thème très consensuel : « tout le monde a droit à une famille ». Le pouvoir politique n’est pas resté insensible à cette évolution, d’autant que plusieurs de ses responsables sont depuis longtemps « sortis de l’armoire » (coming out en hébreu parlé) : cinq députés, dont un membre important du gouvernement (Amir O’hanna, ministre de la Justice), et un chef de parti (Nitzan Horovitz, nouveau président de Meretz), en affichant leur orientation sexuelle ont rendu obsolètes bien des préjugés.

Par ailleurs, de très sérieuses études scientifiques ont confirmé que l’orientation sexuelle n’est pas un choix, mais une donnée de fait combinant patrimoine génétique et histoire personnelle. Le Rav Raphy, premier éducateur du pays depuis quelques semaines, n’a sans doute pas actualisé ses connaissances en la matière.

Il est vrai que dans un autre domaine, il avait su également montrer une immense ouverture d’esprit et une grande mansuétude en comparant la supposée assimilation des Juifs américains à une nouvelle Shoah.

On ne se refait pas.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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