Pouvoir personnel

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de la réunion hebdomadaire du cabinet, au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem le 5 juillet 2020. Photo par Amit Shabi / POOL
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de la réunion hebdomadaire du cabinet, au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem le 5 juillet 2020. Photo par Amit Shabi / POOL

Binyamin Netanyahou n’aime pas la concurrence. Il a systématiquement écarté, et sans ménagement, tous ceux qui au sein de son camp osaient le contester. Avigdor Liberman et Moshé Yaalon en savent quelque chose.

Plus encore, il promeut ceux qui ne risquent pas de lui faire de l’ombre : Israël Katz plutôt que Nir Barkat au ministère des Finances ou Miki Zohar plutôt qu’Avi Dichter pour diriger la coalition. Ce système a pu fonctionner longtemps sans dommage apparent. En maniant alternativement la carotte et le bâton, en divisant pour régner, le Premier ministre a pu établir un pouvoir personnel au sein d’un système politique qui se prête à toutes les combinaisons.

Binyamin Netanyahou, qui ne s’est jamais sous-estimé, pouvait se présenter comme un chef de gouvernement omniscient capable de faire face à tous les défis : « Monsieur sécurité », « Monsieur économie », Monsieur diplomatie »… Le soutien automatique de son parti, du bloc de droite, et des partis ultraorthodoxes lui assurait une stabilité relative. Last but not least, avec une opposition faible et divisée, il ne risquait guère de se voir opposer un challenger crédible. Dernier en date sur la liste des prétendants, Benny Gantz a fini par se rallier à ses vues sur nombre de sujets, et, en tout état de cause, deux mois après avoir prêté serment, ne s’est guère imposé.

Pourtant, le pouvoir personnel de Binyamin Netanyahou atteint ses limites. C’est un Premier ministre aux abois qui, face à la deuxième vague de l’épidémie, tente à coups de décisions impromptues de regagner une popularité qui s’étiole au fil des sondages. Il décide unilatéralement d’accorder sans distinction à tous les Israéliens une prestation en monnaie sonnante et trébuchante, avant d’accepter, sous le feu des critiques, de différencier les prestations. Il fait décider en pleine nuit de nouvelles mesures de confinement, qui, en l’absence de concertation avec les principaux intéressés – les restaurateurs, les directeurs d’écoles … -, sont différées ou modifiées sans que l’on sache très bien quel est l’objectif poursuivi.

Cette fuite en avant masque des erreurs graves. En décidant de nommer enfin un responsable opérationnel qui pourrait être un ancien directeur général du ministère de la Santé, un général de réserve, ou les deux, le Premier ministre continue à gérer la crise sanitaire en solitaire en s’entourant d’experts techniques.

A moins que le chef du Mossad, Yossi Cohen, un proche du Premier ministre qui voit en lui un successeur, ne soit choisi. Ce qui serait une autre façon de prolonger un règne sans partage. Le pouvoir personnel est une drogue dure. Des Israéliens de plus en plus nombreux, y compris au sein de l’électorat de droite, considèrent qu’il est temps de mettre fin à l’overdose.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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