Pourquoi tout « plan de paix » est voué à l’échec

Le plan de paix annoncé depuis des mois par Donald Trump suscite d’ores et déjà des commentaires même si personne ne connaît réellement son contenu. Certains affirment qu’il préconisera la création d’un Etat palestinien sur 80% de la Cisjordanie ainsi que sur les quartiers arabes de Jérusalem.

D’autres prétendent au contraire que l’administration américaine s’alignera sur les positions de la droite israélienne et poussera vers l’annexion de la Cisjordanie avec l’octroi d’un simple statut de résidents permanents aux Palestiniens.

Peu importe en vérité. Ce « plan de paix », comme une douzaine d’autres avant lui, terminera dans les oubliettes de l’histoire et provoquera au mieux une agitation médiatique et diplomatique stérile, au pire une douloureuse amertume palestinienne voire une sanglante vague de violence comme ce fut le cas lors du désastreux processus d’Oslo.

La raison de cet échec annoncé – et de ceux du passé-, est évidente : toutes les tentatives de règlement pacifique du conflit depuis près d’une siècle (plan Peel, 1937) sont basées sur un partage territorial. Or ni les Israéliens, ni les Palestiniens ne souhaitent une partition. Cette option implique forcément de céder à l’ennemi une portion de la patrie et, par une curieuse ironie de l’histoire, chaque peuple convoite avant tout le territoire de l’autre.

Le cœur ne l’identité palestinienne ne se situe pas à Ramallah. Ni même à Naplouse ou à Hébron même si ces deux villes ont été traditionnellement les foyers du nationalisme palestinien. Il bat précisément au sein de l’Israël reconnu internationalement, à l’intérieur de la ligne verte. Avant 1948, la grande majorité de la population palestinienne vivait dans la plaine côtière et en Galilée.

Elle se concentrait dans les villes de Lod, Ramleh, Jaffa, Haïfa, Acre, Nazareth ou Safed. Originaire de cette dernière cité, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas exprime ainsi régulièrement son attachement à sa Safed natale et formule l’espoir d’y retourner un jour pour y finir ses jours, sous souveraineté palestinienne bien entendu.

Le grand déracinement des années 48-49, largement encouragé voir provoqué par les forces armées israéliennes, a ouvert une plaie jamais refermée. Le roman national palestinien consacre une place de premier plan à ces villes et ces villages abandonnés dans la précipitation devant l’avancée des « Juifs ». Ils conservent souvent la clef de maisons rasées depuis longtemps et pleurent des villages engloutis sous des kibboutz ou des des agglomérations juives. « Offrir » aux Palestiniens une partition qui les priverait de leur véritable pays – sans parler de la vieille-ville de Jérusalem-, c’est se condamner à essuyer une énième rebuffade.

Pour les Juifs, la problématique est identique, mais inversée. La colonne vertébrale de la nation juive s’articule autour d’un axe Naplouse (Sichem) – Jérusalem – Hébron. Si l’attachement à la capitale israélienne et notamment au mur Occidental est partagé par l’immense majorité des Israéliens, le reste de la Judée-Samarie biblique n’est plus en reste. Un demi-million de Juifs vivent aujourd’hui en Cisjordanie. Ces dernières années, un nombre croissant d’Israéliens se rendent sur les lieux fondateurs de l’identité juive.

Le shabbat Hayé Sarah à Hébron rassemble ainsi des dizaines de milliers de personnes chaque année. Le tombeau de Joseph à Naplouse accueille des foules juives considérables chaque début de mois. Sans parler des records de fréquentation pour la cité archéologique de la ville de David en plein Jérusalem-Est ou le site du Tabernacle à Shilo non loin de Ramallah. Quant à l’université d’Ariel, située au beau milieu de la Cisjordanie, elle s’impose peu à peu dans le paysage académique israélien.

En outre, l’explosion démographique que connaît la population juive israélienne cette dernière décennie a concentré la population sur une étroite bande côtière d’une centaine de kilomètres, à l’épicentre de laquelle se trouve Tel-Aviv. Mécaniquement, pour fuir la congestion automobile et l’explosion des prix de l’immobilier, les Israéliens s’installent massivement dans les implantations-dortoirs » qui se développent au-delà de la ligne verte, autour des villes autonomes palestiniennes de Qalquilya et Tulkarem. Cette colonisation ne répond à aucune idéologie religieuse et/ou nationaliste mais à une simple logique économique, les familles arrivantes recherchant un cadre de vie agréable et des logements bon marché.

Ce attachement croisé au « territoire de l’autre » hypothèque à l’avance toute tentative de partage. Au fond, les représentants des deux peuples ont toujours travaillé contre la partition, y compris durant le processus d’Oslo. Le gouvernement Rabin colonisait alors allègrement la Cisjordanie, notamment Jérusalem-Est, tandis que Yasser Arafat ne cessait de promettre à son peuple la libération de toute la Palestine, de la Méditerranée au Jourdain.

Mais cette fois encore, on fera semblant d’y croire. Chacun y trouve son compte. Les Israéliens joueront encore la montre. Tout en faisant semblant de croire en la négociation ils poursuivront la colonisation de la Cisjordanie et, grâce à un taux de natalité désormais supérieur à celui de leurs voisins, continueront de creuser l’écart démographique. Leur très efficace appareil sécuritaire fera le reste en maintenant un calme relatif.

Quant aux Palestiniens, épuisés par un siècle de défaites militaires, divisés en deux entités ennemies, privés du soutien du monde arabe sunnite désormais allié à Israël contre l’Iran, ils se prêteront probablement au jeu. La soupe n’est pas si mauvaise. L’Union européenne finance sans compter l’Autorité palestinienne en échange d’une participation toute théorique au « processus de paix ». La grande mascarade a encore de beaux de jours devant elle.

About the Author
Journaliste indépendant, correspondant en Israël pour plusieurs médias francophones. Il couvre depuis une quinzaine d'années Israël, les territoires palestiniens et occasionnellement les pays arabes limitrophes. Il vient de publier aux Editions de l'Observatoire : "Le grand secret d'Israël, pourquoi il n'y aura pas d'Etat palestinien".
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