Pourquoi rester juif au 21e siècle ?

Les nouvelles générations de juifs du monde entier sentent que le judaïsme ne satisfait pas leurs besoins humains vitaux et ne pensent pas non plus qu’être juif offre une réelle valeur humaine ajoutée.

D’innombrables jeunes juifs n’associent plus le judaïsme à des valeurs spirituelles ou à des avancées morales ; ils ne voient pas dans le judaïsme comme ayant une contribution unique et incomparable à l’enrichissement de la civilisation.

Ce n’est pas qu’ils se détournent par colère ou dégoût, plus-tôt par désintérêt. Rien dans la vie juive ne les touche suffisamment pour que cela vaille la peine d’investir dans cette vie, digne d’être mieux connue.

Les stratégies de survie du passé ont obligé à trouver des liens paroissiaux, à partager des expériences avec ceux qui sont comme nous. Dans de nombreux cas, nous avons remplacé le judaïsme authentique – un judaïsme qui dit qu’il ne suffit pas d’exister, de vivre, mais que les êtres humains doivent vivre pour quelque chose – par une ethnie vide enveloppée de nostalgie.

Ceci, bien sûr, ne saurait remplacer le fait que le judaïsme est une manière de penser et pas seulement une manière de vivre.

En oubliant que les gens de la Bible n’étaient pas Israël à cause de leur ethnicité, mais parce qu’ils vivaient les idéaux qu’ils ont gravés dans la Torah, nous avons oublié que le judaïsme est une orientation vitale et distinctive de la vie et du monde. Ce faisant, nous avons failli – nous manquons – les personnes qui ont le plus besoin de conseils et de soutien : nos enfants.

La tribu, l’ethnie, la communauté, la culture ne doivent pas mourir, mais doivent prendre une nouvelle direction pour s’épanouir. Nous devons survivre non pas pour survivre, mais pour accomplir notre vocation, pour réaliser une grande communauté humaine.

Dans le passé, la religion fournissait des liens avec la naissance et la famille qui favorisaient la prise de conscience de l’interconnectivité et de la transcendance de chaque vie humaine. Être juif, c’est sûrement se sentir membre d’une communauté.

Le problème est qu’aujourd’hui, il n’y a pas de consensus entre nous sur qui nous sommes, ce qui nous unit et ce que nous croyons. (Il suffit de contempler comment le gouvernement de l’État juif, l’État d’Israël, fait face à l’effondrement chaque fois qu’il tente de décider qui est juif.)

Nous sommes aujourd’hui plus fragmentés que jamais. Ce n’est pas seulement que différents groupes soutiennent des compréhensions différentes, c’est qu’ils s’efforcent d’imposer leur compréhension comme étant la seule valable et véridique. Au-delà de notre apathie et de notre indifférence, une bataille est en cours pour déterminer à qui appartiennent les Juifs.

Beaucoup d’entre nous commettent aujourd’hui l’erreur de penser la religion simplement comme un ensemble de croyances et de pratiques. Le judaïsme, qui était la religion de tout le peuple juif, est devenu l’orthodoxie, qui est la plate-forme idéologique d’une seule des nombreuses tendances de la vie juive.

La civilisation humaine est entrée dans une nouvelle ère, et le judaïsme, comme toutes les traditions, doit se recalibrer. Nous ne pouvons plus nous préserver par simple continuation, il faut intervenir et se transformer.

La question à laquelle nous devons répondre est : voulons-nous nous identifier à une image de l’être humain et du monde formée en réponse aux conditions et aux connaissances disponibles il y a deux mille ans ou à une image de ce que l’être humain et le monde devraient être, sur la base des expériences que nous avons accumulées et de ce que nous savons ?

Les communautés religieuses confondent le fait de se transmettre au passé comme source d’inspiration avec le fait d’être une excuse pour ne pas s’occuper de l’avenir.

En subissant à ces dysfonctionnements et à d’autres, il n’est pas surprenant que les nouvelles générations soient engourdies au sujet de la religion juive. Aujourd’hui, un Juif sur cinq (22%) se décrit comme n’ayant aucune religion.

Nous devons arrêter de faire un fétiche des souffrances passées et nous concentrer sur la création d’un avenir juif basé sur ce que nous avons fait de nous-mêmes : notre amour des enfants et le soin que nous donnons à nos aînés. Notre passion pour l’éducation. Être en première ligne des droits de la personne. Notre humour. Être un peuple qui s’intéresse aux idées, qui apprend le questionnement et la découverte.

Comme indiqué, il y a beaucoup de choses dans la religion juive qui ne sont pas des lois et des observances, de la nostalgie et des célébrations rituelles. Le judaïsme a été construit avec une dimension morale, et dans ses veines coule une passion pour la fraternité et la droiture.

À une époque où les allégeances sont volontaires plutôt qu’héritées, plus le résultat du consentement que de la descendance, les identités de bricolage ne peuvent guère offrir ce que 3500 ans d’expérience nous ont appris.

Oui, nous créons un vide qui est rempli par les extrémistes et par les «Frankenjuifs». Difficilement ceux qui pourront aider les jeunes générations à s’engager plus efficacement à naviguer dans le monde dans lequel nous vivons réellement.

Si nous croyons que le peuple juif a un rôle essentiel dans l’histoire humaine, nous devrions nous sentir poussés à vivre et à travailler pour la postérité. Cette postérité se tournera alors vers nous pour trouver un sens à leur vie de la même manière que nous, nous avons regardé les générations qui nous ont précédés.

à propos de l'auteur
Moshe Pitchon est directeur de BY, un projet pour le judaïsme du 21e siècle. Il est également président des amis du central médical Ziv à Tzefat et a servi comme rabbin dans des communautés en Amérique du Sud et aux Etats-Unis.
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