Pourquoi nombre de Marocains soutiennent Netanyahou ?

Les partisans du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu manifestant leur soutien devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, à la suite de l'annonce faite par le procureur général Avichai Mandelblit, qui avait annoncé sa décision que le Premier ministre Netanyahu soit jugé pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires de corruption différentes. Le 30 novembre 2019. Photo : Yonatan Sindel / Flash90
Les partisans du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu manifestant leur soutien devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, à la suite de l'annonce faite par le procureur général Avichai Mandelblit, qui avait annoncé sa décision que le Premier ministre Netanyahu soit jugé pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires de corruption différentes. Le 30 novembre 2019. Photo : Yonatan Sindel / Flash90

En tant que citoyen israélien vivant à Paris, je suis la situation politique et sociale du pays avec intensité et grande inquiétude. Originaire du Maroc, j’ai grandi en Israël et, ayant participé à quatre guerres, je me demande pourquoi, nombre de mes coreligionnaires d’origine marocaine continuent à aduler Benjamin Netanyahu comme s’il était le « messager de Dieu ».

Ce soutien semble être irrationnel, presque aveugle. Certains disent même stupide. Mais, à mon humble avis, ceci découle de la frustration, de la ségrégation et de la colère contre les institutions israéliennes. Elles qui les ont abandonnés dans des villes dites « de développement » dépourvues d’infrastructures industrielles et de sources de travail. Elles qui ne leur ont laissé aucune place ni dans la vie culturelle ni dans l’économie. Elles qui les ont sacrifiés pour la défense d’un gouvernement dominé d’abord par les élites travaillistes et ensuite par une administration acquise au monde des affaires. Elles qui ont créé ce « deuxième Israël » relégué dans des villes-ghetto.

Nombre de Marocains, vivant à la périphérie des métropoles, sont à la recherche obstinée de leur « identité perdue ». Cette quête se perpétue d’une génération à l’autre. L’humiliation, présente ou passée, subie par un père de famille se transmet à ses descendants. Elle reste, à jamais, impardonnable. Gravée dans la mémoire des familles, elle agit comme un inconscient qui pousserait même à des comportements contraires à leur intérêt personnel.

Ainsi, ces Marocains, à « l’identité blessée », soutiennent-ils Netanyahou et son gouvernement bien qu’ils souffrent de la politique économique de cette période. Les sociologues savent que les traumatismes nés de l’immigration peuvent se transmettre pendant des générations.

Je ne parle pas de la ségrégation des sépharades par les ashkénazes depuis les tout débuts de l’État d’Israël. Dans les années 2000, la discrimination a changé de nature. Bien que les ashkénazes dominent toujours la vie politique du pays, nombreux sont les Orientaux, marocains pour la plupart, qui accèdent aux responsabilités avec des convictions sociales vécues au profond d’eux-mêmes. Cependant, ils sont rapidement piégés par la boulimie du pouvoir ambiant.

Ils oublient vite leur agenda politique au profit de leur intérêt personnel. Par leur attitude servile à la traîne de Natanyahou, ils s’assimilent vite à l’establishment, oubliant leurs valeurs d’origine. Ainsi, Moshe Kahlon, qui a fondé un parti avec un programme social ambitieux, a terminé piteusement sa courte carrière de chef de parti avant de se faire offrir un strapontin par le Likoud. En fait, il n’avait jamais quitté ce parti. Kahlon a simplement vendu son âme à Netanyahu qui l’a utilisé pour récupérer des voix indécises.

Il est intéressant de noter que ceux qui se prosternent devant leur maître, salissant et fracturant la société, sont précisément d’origine marocaine : Miri Siboni-Regev, Amir Ohana, David Bitan, David Amsalem, Miki Zohar… Netanyahou les considère comme de vils serviteurs. Quant à eux, ils utilisent sa notoriété pour avancer au sein du Likoud. Ils ont une vision à court terme, contraire à la démocratie. Ils sombreront, en fin de compte, dans l’oubli.

Les électeurs du Likoud sont divisés en deux groupes : l’un issu d’une vision du monde libérale, et l’autre n’ayant comme programme que la haine belliqueuse envers les Arabes. Bien que les électeurs du Likoud d’origine marocaine se réclament de la droite, leur principale motivation est de prendre leur revanche après les affres infligées par le parti Mapaï, qui était au pouvoir lors de leur arrivée en Israël. Par ailleurs, ils sont hypnotisés par Netanyahu comme s’il était un «prestidigitateur» d’un nouveau genre. Son acharnement contre la police et la justice convient parfaitement à leur colère.

Pour avoir identifié leur relégation sociale, Ménahem Begin a emporté les élections de 1977. Il fait basculer la vie politique israélienne de façon aussi inattendue que spectaculaire. Il l’a réussi tout en respectant la démocratie et en cultivant son amour pour Israël. Par contre, Netanyahu a tiré profit du pouvoir avec cynisme et sans scrupules.

David Ben Gourion, fondateur de l’État, a déclaré : « L’État d’Israël ne sera jugé ni sur sa richesse, ni sur sa force militaire, ni pour sa technologie, mais, sur son éthique et ses valeurs humaines ». Il a également dit : «Nulle personne, seule, ne peut déterminer le sort d’un pays et d’un peuple, il n’est personne d’irremplaçable.»

Benjamin Netanyahu doit démissionner immédiatement, s’il a encore un brin d’humilité et de souci pour l’État d’Israël. Bien qu’il soit présumé innocent, il agit clairement comme le leader d’une rébellion contre le pouvoir de l’État. L’innocence se prouve au tribunal !

Aryeh Dery, le ministre de l’Intérieur, accusé de corruption, a, lui aussi, agi de la même façon, prenant une posture de « martyr » et faisant manifester ses partisans jusqu’aux portes de la prison dans laquelle il était incarcéré. Il en fut de même pour Shlomo Benizri, anciennement ministre du Travail et des Affaires sociales. Sa peine a été aggravée par la Haute Cour de Justice et fut incarcéré pour quatre ans.

Si nous devions tirer une leçon de ces agissements, nous dirions que la rébellion sociale ne peut être détournée au profit d’intérêts personnels. Elle ne peut être légitime que lorsqu’elle répond à des revendications sociales et sociétales authentiques. Espérons que nous n’aurons pas à lutter indéfiniment pour sauvegarder une démocratie si précieuse pour notre pays.

à propos de l'auteur
Mickaël Parienté, éditeur franco-israélien, a conçu et dirigé à Paris de nombreux projets culturels, en particulier : une galerie d’art israélien moderne, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain et une librairie-café méditerranéenne. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne, traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à nos jours, il a publié deux bibliographies : "2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs", préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, éd. Stavit, "Paris 1998 ; Littératures d’Israël", éd. Stavit, Paris 2003. Auteur bilingue, il a publié : "L'Autre Parnasse", roman paru en hébreu et en français en 2011, en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; "A l'Ombre des Murailles - souvenirs d'enfance du mellah de Meknès, Maroc", paru en hébreu et en français en 2015, ed. StavNet. Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Le Haaretz, Jérusalem Post, Ynet, Itonout... et en France, Libération, Le Monde...
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