Pourquoi la France ne considère pas le Hamas comme une organisation terroriste ?

Des militants masqués des Brigades Izzedine al-Qassam, une branche militaire du Hamas, défilent avec leurs armes le long de la route principale du camp de réfugiés de Nusseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le jeudi 28 octobre 2021. (Photo AP/Adel Hana)
Des militants masqués des Brigades Izzedine al-Qassam, une branche militaire du Hamas, défilent avec leurs armes le long de la route principale du camp de réfugiés de Nusseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le jeudi 28 octobre 2021. (Photo AP/Adel Hana)

Ces jours-ci, la Grande Bretagne vient de considérer le Hamas comme une organisation terroriste. Certains Etats comme la France n’accordent ce qualificatif qu’à sa branche armée. En 2007, le gouvernement François Fillon avait rompu ses relations avec le Hamas suite à la prise du pouvoir de la bande de Gaza par le mouvement islamiste.

Pourtant en avril 2008, avec la bénédiction du président Sarkozy, le diplomate français, Yves Aubin de la Messuzière, rencontre à Gaza, dans la plus grande discrétion, les principaux dirigeants du Hamas dont Ismaël Haniyeh. Aujourd’hui encore, cet ancien ambassadeur, expert du monde arabe, appelle à la reconnaissance du Hamas comme un mouvement légitime au sein du peuple palestinien. Comme lui, pensent de nombreux diplomates et intellectuels européens, et certains israéliens de gauche.

L’ancien président américain, Jimmy Carter, a fait lui aussi le chemin de Damas pour parler avec le chef du Hamas. Barack Obama l’avait suivi en se réconciliant avec les Frères musulmans d’Egypte.

Pour eux, le Hamas tel que le Hezbollah sont des mouvements politiques populaires œuvrant pour le bien-être de leur population et pour une noble cause nationale.

Pour eux, peu importe donc si la charte du Hamas n’a pas été modifiée réellement à ce jour, et que les actes de la terreur aveugle dirigés contre la population civile israélienne montrent sans équivoque que le Hamas est une entité terroriste par excellence. D’ailleurs, son caractère terroriste est bien établi et reconnu par les Etats-Unis, le Canada, l’Union européenne, la Jordanie, l’Egypte, Israël et le Japon.

Les actions terroristes du Hamas contre l’Etat juif, son utilisation délibérée et cynique de la population civile de Gaza comme bouclier humain, ses arsenaux militaires stockés dans des mosquées, des hôpitaux et des écoles, ne sont-elles pas de graves violations du Droit international humanitaire ?

Soulignons une fois encore que le Hamas fait partie de la confrérie des Frères musulmans et s’identifie clairement comme une entité terroriste. Selon l’idéologie du Hamas, Israël n’a pas sa place dans la région et l’objectif déclaré du mouvement palestinien demeure la destruction de l’Etat juif ! En outre, ce mouvement lance des appels au meurtre des Juifs et glorifie la guerre sainte, le Djihad.

La stratégie de terroriser la population civile israélienne est admise publiquement par les dirigeants et les porte-parole du Hamas qui assument pleinement leur responsabilité.

L’utilisation de la terreur est interdite selon le Droit international et elle figure dans plusieurs résolutions adoptées par le Conseil de Sécurité des Nations unies, surtout après les attentats du 11 Septembre 2001 contre les États-Unis.

Il est faux de comparer le Hamas à des mouvements armés et séparatistes comme l’IRA en Irlande du Nord, l’ETA dans le pays basque ou le FNLC en Corse. Ces trois mouvements ont négocié avec leur gouvernement et avaient déposé leurs armes afin de favoriser une évolution politique constitutionnelle.

Le Hamas ne souhaite aucun compromis et donc aucune distinction n’est à faire entre sa branche armée et son département politique. Il est dirigé par des terroristes vêtus de cravate et costume.

Le Hamas peut inclure parmi ses membres beaucoup de militants qui semblent modérés, de nombreuses personnes instruites, des médecins et des professeurs et alors ? A quoi cela rime ? Ont-ils affirmé qu’ils reconnaissent l’existence de l’Etat Juif ? Ont-ils renoncé au terrorisme ? Aux tirs de roquettes et missiles sur les villages israéliens ? Ont-ils aboli leur charte ? Sont-ils d’accord pour se réconcilier avec l’Autorité palestinienne ? Comment donc exiger un seul Etat aux Palestiniens quand de facto, il existe déjà un dans la bande de Gaza ?

Plus encore, conformément à sa charte, le Hamas a été créé non seulement pour « libérer la Palestine de l’occupation sioniste » ou éliminer les juifs, mais pour répandre le message saint d’Allah et défendre les « opprimés » dans le monde.

Le Hamas se considère aussi comme une partie intégrale d’un grand réseau djihadiste qui lutte contre l’Occident tel que Daesh ou al Qaïda. Nul le doute qu’en légitimant un groupe djihadiste de ce type, les chancelleries occidentales encouragent la lutte inlassable du monde libre contre le terrorisme international, mais aussi contre l’antisémitisme, deux fléaux qui frappent toutes nos sociétés.

Le Hamas n’est manifestement pas une organisation dont l’idéologie peut être intégrée dans un processus politique sans porter atteinte aux valeurs démocratiques et aux normes de la société civile.

Le Hamas n’est pas intéressé par la signature d’une paix véritable et sincère avec Israël et tous les appels et déclarations d’accalmies ou de trêves ne sont qu’une tactique réfléchie dans la stratégie du Hamas de mettre un terme à l’existence de l’Etat juif.

Dans ce contexte, il est temps que la France reconnaisse, sans aucun doute, que l’ensemble du Hamas est une organisation terroriste.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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