Pourquoi il ne faut pas voter pour Netanyahou

Le chef du parti Likud, le député Benjamin Netanyahu, lors d'un événement électoral du parti Likud à Qiryat Shemona, le 24 octobre 2022. Photo de Michael Giladi/Flash90
Le chef du parti Likud, le député Benjamin Netanyahu, lors d'un événement électoral du parti Likud à Qiryat Shemona, le 24 octobre 2022. Photo de Michael Giladi/Flash90

Il existe plusieurs raisons pour lesquels le vote pour Netanyahou doit être évité. Les raisons sont multiples et factuelles et ne concernent pas sa personne mais son programme.

On ne peut pas dire que tout a été négatif pour lui, mais il a atteint le sommet pour aujourd’hui risquer de mordre la poussière. On n’abordera pas les questions judiciaires car elles sont entre les mains de la Justice qui doit statuer en toute indépendance, pour ne pas dire en toute liberté.

Douze années de règne

Dans toutes les démocraties occidentales, un dirigeant ne peut être élu pour plus de deux mandats à savoir huit ou dix ans au-delà desquels le pouvoir devient dictatorial à l’exemple de certaines démocraties de l’Est, de la Chine ou de la Russie. Le renouvellement est indispensable pour faire éclore de nouvelles pousses qui assurent l’avenir d’un parti, voire d’un pays.

Le pouvoir pervertit à long terme et une longue durée dans les affaires bloque toutes les initiatives. Netanyahou est au gouvernement depuis 2003 et premier ministre depuis douze années. Il est temps qu’il passe la main au profit de membres éminents de son parti et qu’il occupe une place de Sage dont l’expérience est indispensable. Le voir un jour parmi la liste des dictateurs serait dramatique pour l’image d’Israël.

Femmes écartées de la gouvernance

Il n’est pas normal que les femmes, 50% de la population, figurent peu sur la liste du Likoud. Certes l’exemple des orthodoxes n’est pas encore atteint où les femmes sont exclues des listes mais le nombre de candidates du Likoud est négligeable par rapport à l’influence des femmes dans la cité. Elles ne sont que 3 dans les vingt premières places ou 5 dans les trente premières.

Les listes des candidats étant inspirées par Netanyahou, il est anormal qu’il n’ait pas imposé, au moins aux places qui lui étaient réservées de droit, quelques militantes méritantes. Il est triste que l’on n’ait pas entendu, au sein du parti, quelques critiques à ce sujet mais aucun militant ne peut et ne doit s’opposer au Lider Maximo. La démocratie en prend un bon coup.

Ben Gourion et Begin doivent se retourner dans leurs tombes tant ils n’auraient jamais accepté de gouverner avec les extrêmes. Dans les précédents scrutins, Netanyahou lui-même avait tout fait pour empêcher Itamar ben Gvir d’entrer à la Knesset.

Mais aujourd’hui, se sentant en difficulté, il a accepté de lui faire la courte échelle sans se douter qu’il faisait entrer le loup dans la bergerie et qu’il se ferait dévorer tout cru. D’ailleurs, lors d’un dernier rassemblement organisé par des orthodoxes, il avait exigé que Ben Gvir descende de la scène avant d’y monter lui-même pour éviter toute photo à ses côtés.

On ne comprend pas ce genre d’alliance faite du bout des lèvres et à l’abri du regard. L’autre ami, Bezalel Smotrich, n’en pense pas moins. Dans un enregistrement divulgué, Smotrich a déclaré que Netanyahou voulait former une coalition avec le parti israélo-arabe Ra’am bien qu’il ait dit le contraire. Selon lui «il est le menteur de tous les menteurs. J’aurais pu obtenir deux portefeuilles ministériels supplémentaires de sa part si j’avais accepté de siéger dans son gouvernement avec des ministres islamistes».

L’amitié règne entre alliés de circonstance qui s’insultent et qui, une fois élus, se déchireront pour une miette de pouvoir. Dans son enregistrement Smotrich n’a fait aucun cadeau à Bibi avec une violence étonnante : «Netanyahou ne restera pas ici pour toujours. La physique et la biologie effectueront leur travail. À un moment donné, il sera condamné par un tribunal ou quelque chose du genre, ayez un peu de patience. Il ne fait aucun doute que Netanyahou est un problème, d’accord ? Mais vous devez choisir entre des problèmes».

Bijoux de famille

L’économie est prospère grâce aux startups. Mais la politique économique de Netanyahou a été caractérisée par la vente de tous les fleurons de l’industrie israélienne bradée à des étrangers, la Chine en particulier. Il n’y avait aucune raison de vendre aux Chinois l’usine chimique Agan à Ashdod qui développe des engrais pour l’agriculture et des produits chimiques en général.

Au lendemain de la vente, tous les brevets ont été transférés en Chine pour être copiés et vendus. La plus grande industrie laitière, Tnuva, a aussi été cédée à la Chine alors qu’il s’agit de produits de première nécessité comme le lait, les yaourts et les fromages.

Les ports qui assurent le commerce international, Ashdod et Haïfa, ont été cédés à un consortium chinois ce qui a poussé les Américains à interdire à leur marine nationale d’y jeter l’ancre pour raisons sécuritaires. Enfin la dernière usine de dessalement d’eau de mer sera offerte à des étrangers.

Bien sûr, Israël reçoit beaucoup de devises mais à quoi sert de s’asseoir sur un tas d’or quand on ne contrôle pas plusieurs aspects de l’économie israélienne. La politique libérale à outrance ne doit pas permettre tout, et au lieu d’apprendre à pêcher, on force l’achat du poisson.

Politique économique trop libérale

Les gouvernements de Netanyahou n’ont rien fait pour la hausse des prix car ils devaient affronter les monopoles, des alliés qui s’engraissent sur le dos de la population. La coalition actuelle n’a pas de majorité pour faire voter des lois indispensables car l’opposition refuse toute avancée.

Les produits alimentaires sont chers pour les classes défavorisées alors que la TVA réduite à 7% permettrait de faire baisser automatiquement les prix de l’alimentation de 10% d’un coup. En revanche faire passer la TVA de 17 à 20% pour les autres produits pourrait compenser la perte de revenus sur l’alimentation. Les acheteurs de 4×4 ou de produits de luxe ne sont pas à quelques shekels de plus.

Durant son règne, Bibi a créé une classe de nantis qui lui sont dévoués et appauvri ceux qui n’arrivent toujours pas à boucler leurs fins de mois.

Politique laxiste du logement

Netanyahou n’a rien fait pour permettre aux jeunes et aux défavorisés de se loger à un prix abordable. Il semble que cette politique ait été volontaire pour forcer les Israéliens à s’installer dans les territoires. L’ancien ministre Kahlon a été dégommé de son poste de ministre des Finances parce qu’il avait voulu aller trop loin dans ses réformes. Il avait réussi à casser le monopole des télécoms grâce à Golan.

Il avait envisagé d’offrir des terres domaniales appartenant à l’État, en dehors de certaines grandes villes, pour y construire des logements sociaux faisant baisser les prix de plus de 30%, soit le prix du terrain gratuit. Il voulait aussi faciliter les petits logements pour jeunes couples ou immigrants, mais c’était s’opposer aux grands monopoles immobiliers qui engrangent des bénéfices colossaux. Il a été renvoyé par Netanyahou à ses chères études.

Par ailleurs rien n’est fait juridiquement pour limiter l’intervention des fonds de pensions américains qui achètent à tout va des projets immobiliers sur plan en faisant exploser volontairement les prix sachant qu’ils tireront de confortables bénéfices une fois le projet réalisé.

Aujourd’hui les immigrants désertent Israël car ils n’ont pas les moyens financiers pour se loger et de nombreux jeunes israéliens s’expatrient à Berlin ou aux États-Unis où ils trouvent des avantages matériels conséquents avec le risque évident de fuite des cerveaux. Même les réfugiés d’Ukraine, qui voulaient échapper à la mort, préfèrent pour moitié retourner dans leur pays où la vie est plus clémente.

Risque d’un gouvernement de branquignols

Si la coalition Likoud passe avec une majorité étroite d’une ou deux voix, elle sera l’objet de chantages permanents de certains de ses éléments extrémistes qui voudront profiter de l’occasion. L’aboyeur David Amsalem a déjà annoncé qu’il ne soutiendrait pas de gouvernement s’il n’obtenait pas le ministère de la Justice. Son objectif est de la démanteler.

Bezalel Smotrich a exigé le portefeuille de la Défense et Ben Gvir celui de la Sécurité Intérieure : «et ce ne serait pas pour le ministère de l’Énergie et de l’Eau». À noter que Ben Gvir n’a jamais fait son service militaire, même en tant que jobnik (soldat non combattant). Avec des ministres de cette trempe, Israël n’aura aucun problème pour rompre avec ses amis habituels, les États-Unis en particulier.

Opposition systématique

Dans l’opposition, Netanyahou n’a pas été mature en votant systématiquement contre le gouvernement même lorsqu’il s’agissait de lois indispensables au pays. Même quand cela était utile à la droite, le Likoud, sur injonction de Netanyahou, avait refusé les lois les plus élémentaires. La loi sur la situation d’urgence applicable aux habitants des implantations, pourtant électeurs du Likoud, n’a pas été soutenue, par principe d’opposition.

Parce qu’Israël n’a pas annexé la Cisjordanie, ses résidents vivent sous la loi militaire de Tsahal. Il était donc important de leur appliquer le droit pénal israélien et certaines lois civiles clés, comme l’impôt sur le revenu et l’assurance maladie. Cette loi garantit aux résidents des implantations d’être traités comme des citoyens vivant en Israël avec les mêmes droits mais c’était sans compter sur l’opposition systématique de Bibi.

Fausses rumeurs sur Gantz

Netanyahou qui n’arrive pas à crever son plafond de verre en est à faire courir de faux bruits pour attirer à lui des partisans de Gantz, traité par lui de «gauchiste». Pour créer la zizanie, il a affirmé que Gantz était prêt à le rejoindre dans son nouveau gouvernement. C’est absolument faux. Gantz a affirmé qu’il était prêt à rejoindre un gouvernement Likoud, sans Smotrich ni Ben Gvir, si Netanyahou n’était pas ministre. Lieberman et Lapid pensent pareillement.

C’est pourquoi le Likoud a envisagé une solution de rechange pour Netanyahou. Il le maintiendrait à son poste de député et de leader du Likoud et lui offrirait le poste de chef de la Commission des affaires étrangères mais pas de ministère. Cette solution est toujours en discussion car elle permettrait de constituer un large gouvernement sans les extrêmes. Encore faudrait-il que madame Netanyahou donne son imprimatur.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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