Pour les 400, une ultime jouissance : exprimer sans entraves la haine d’Israël

Le 20 février, Macron annonçait : «La France, qui l’a endossée en décembre avec ses partenaires européens, mettra en œuvre la définition de l’antisémitisme adoptée par l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah». Panique dans les rangs des antisionistes professionnels. L’idée de ne plus pouvoir livrer librement leur refus du « retour des juifs à Sion » leur fait mal. La haine va-t-elle les étouffer ?

Dans une profession de foi intitulée « L’antisionisme est une opinion, pas un crime » publiée hier dans Libération, 400 signataires plus ou moins connus s’empressent d’associer, dès les premières lignes, le président Macron avec « le sinistre Bibi » et le « dîner du Crif » — ce dîner est décidément une obsession.

S’il fallait que quelqu’un fasse ce raccourci dans la presse, c’est fait. Ils s’y sont mis à 400. Précisons toutefois que le nom de Rothschild n’y figure pas. Mais ils ne se sont pas arrêtés là.

Dans le silence qui a accueilli ce texte signé par un nombre impressionnant de la vieille garde qui appartient au passé, c’est presque faire œuvre de charité d’y réagir pour lui apporter quelques lecteurs.

Mais il s’agit surtout de mettre en garde les jeunes esprits qui croient qu’on peut découvrir la lune chaque fois qu’apparaît le nom de Jean-Luc Godard, de « la veuve de Stéphane Hessel »… Quant à Sonia Dayan-Herzbrun, elle s’en est prise à Kamel Daoud dans une tribune publiée dans Le Monde, alors qu’elle a signé un appel en faveur de Tariq Ramadan dans Mediapart, elle prouve bien que «nous n’avons pas les mêmes valeurs».

Les vieux communistes savent bien que le terme d’antisionisme a été la géniale trouvaille de Staline pour éliminer les boucs émissaires juifs qui lui faisaient ombrage en contournant l’accusation d’antisémitisme (Rudolf Slansky en Tchécoslovaquie, les « Blouses blanches » en Russie etc). La présente Tribune s’évertue à reprendre toutes ces vieilles antiennes : Israël colonialiste, Israël voleur de terres, les méchants Israéliens ou plutôt les « sionistes les plus acharnés », coupables « d’exactions intolérables »… Les habitants d’Israël seraient donc des « sionistes » ? Pourquoi pas des Israéliens puisqu’ils habitent dans ce pays ? Après tout, les Palestiniens sont bel et bien nommés dans ce texte (au moins deux fois) et la Palestine aussi (deux fois).

Car ces 400 brillants esprits le disent clairement : l’antisionisme… « s’oppose à l’installation des Juifs du monde en Palestine, aujourd’hui Israël ». Comment dire plus clairement qu’ils veulent la destruction d’un Etat, et un seul ? Pas la disparition du Liban ou de la Syrie… ni même de la Jordanie. Ils ne parlent pas du retour à un Empire ottoman d’avant le mandat britannique, et bien c’est dommage.

Bref, tous les poncifs habituels y sont. Y compris que « certains Israéliens » et « certains juifs », et « certains de [leurs] meilleurs amis »… pensent comme [eux]. En effet, il existe en Israël aussi un petit parti communiste, très petit, qui doit penser comme eux.

Que les juifs restent avec nous, plaident-ils, ne les jetez pas dans les bras de l’extrême-droite israélienne… pitié, pas dans les bras du « sinistre Bibi » et de ces barbares !

Quant à la lutte contre l’antisémitisme, c’est manifestement le cadet de leurs soucis, à ces 400. Dans leur esprit, bien sûr, l’antisémitisme cela veut dire les nazis et la collaboration. Alors, tant qu’il n’y a pas de déportation, il n’y a pas d’antisémitisme…

Ils n’ont rien lu depuis, semble-t-il, ni entendu parler de Sarah Halimi, de Mireille Knoll, de l’école Ozar Hatorah, et de tous les autres… Ils n’ont pas entendu parler non plus du Rassemblement place de la République, le 19 février — sauf, pour être honnête, Françoise Vergès la féministe « décoloniale » et anti-Blancs qui, dans Libération ce matin, précisait qu’elle était allée manifester… avec le PIR.

Alors quand ces 400 ont entendu parler du fameux dîner du Crif auquel assistait Emmanuel Macron, comme tous les présidents français depuis 12 ans, brusquement, ce fut l’horreur. Ils risquaient d’être privés de leur dessert, de cette dernière jouissance : exprimer sans entraves leur haine d’Israël.

à propos de l'auteur
Edith est journaliste et se consacre plus particulièrement, depuis quelques années, aux questions touchant à l'antisémitisme. Blogueuse au Huffington Post et collaboratrice à Causeur, Edith est également auteur, ayant écrit notamment (avec Bernard Nantet) "Les Falasha, la tribu retrouvée" ( Payot, et en Poche) et "Les Fils de la sagesse - les Ismaéliens et l'Aga Khan" (Lattès, épuisé), traductrice (près de 200 romans traduit de l'anglais) et a contribué, entre autres, au Dictionnaire des Femmes et au Dictionnaire des intellectuels juifs depuis 1945.
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