Pour financer une guerre, il faut prendre l’argent où il se trouve

Le gouvernement israélien a approuvé une coupe transversale de 1% dans les dépenses de l’État ; une curieuse façon de combler le trou budgétaire qui se creuse.
La poursuite de la guerre au Sud et au Nord d’Israël oblige le gouvernement Netanyahu à prolonger les aides accordées aux populations déplacées (environ 80.000 personnes) jusqu’au 31 août prochain ; il a donc fallu trouver rapidement un milliard de shekels (250 millions d’euros).
Pour dégager des budgets supplémentaires, il existe globalement deux méthodes : couper dans les dépenses les moins utiles, ou augmenter les recettes fiscales.
Coupe transversale
Le gouvernement de Netanyahu a choisi la solution de facilité pour contenir le déficit budgétaire qui dérape : il coupe un milliard de shekels dans les dépenses courantes de tous les ministères, Défense exclue.
Cette décision intervient une semaine après que la Commission des Finances de la Knesset a transféré 750 millions de shekels d’excédents budgétaires de 2023 à 2024 au profit des ministères issus des accords de coalition : les ministères des Implantations et Projets nationaux, de Jérusalem et de la Tradition, du Patrimoine, de la Diaspora, etc…
En amputant le budget de certains ministères plus que d’autres, le gouvernement entrave le travail quotidien des services publics, qui ont cruellement besoin de ressources en ces temps de guerre, comme l’Éducation, la Santé, le Bien-être social, etc…
Suggérons quelques pistes qui auraient permis de prendre l’argent où il se trouve, sans aggraver la situation des plus pauvres, des rescapés de la Shoah, des réservistes ou des familles déplacées.
Impôts sur les hauts revenus
L’argent se trouve d’abord chez les riches, c’est-à-dire chez les individus et sociétés qui disposent de hauts revenus issus du travail ou du capital.
Il se trouve qu’Israël est un des pays occidentaux qui prélève le moins d’impôt sur les revenus du travail. Selon l’édition 2024 des Impôts sur les Salaires de l’OCDE, Israël avait le 34ème taux d’imposition sur le revenu du travail, soit un des plus bas parmi les 38 pays membres de l’OCDE.
L’impôt sur le revenu des personnes physiques n’est qu’un volet de la fiscalité ; il serait tout aussi aisé de relever les taux de l’impôt sur les profits des grandes sociétés, commerces, banques et assurances, profits qui continuent de s’envoler en cette période de guerre.
Réserves en devises
Les réserves de change d’un pays sont une autre source d’argent disponible en cas de coup dur, comme un conflit militaire. A la fin juin, la Banque centrale d’Israël avait accumulé dans ses réserves 210,3 milliards de dollars, soit l’équivalent de 41% du PIB annuel.
Les réserves en devises permettent de stabiliser les taux de change mais aussi de faire face à une guerre coûteuse. C’est la raison pour laquelle, dès le début de la guerre, la Banque d’Israël a lancé un plan de vente de 30 milliards de dollars pour fournir les liquidités nécessaires à la poursuite de l’activité économique.
Curieusement, le gouvernement israélien n’a pas profité de cette proposition ; jusqu’à la fin juin, la Banque centrale a vendu 8,5 milliards de dollars seulement. Or, en vendant 30 milliards de dollars, le gouvernement aurait disposé de 110 milliards de shekels, de quoi financer une bonne partie du coût de la guerre.
On le voit, il y aurait d’autres solutions pour financer la guerre que de procéder à des coupes sombres dans le budget de l’État.
Involontairement, le gouvernement Netanyahu applique le conseil de l’humoriste français Alphonse Allais : « Il faut prendre l’argent là où il se trouve, c’est-à-dire chez les pauvres. Bon d’accord, ils n’ont pas beaucoup d’argent, mais il y a beaucoup de pauvres ».
A défaut de faire payer les plus riches, Israël fait supporter le prix de la guerre sur les plus pauvres ; un choix regrettable.
