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Populisme budgétaire

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, lors d'une conférence de presse annonçant son intention de valider la construction de plus de 3 000 logements dans le projet d'implantation E1, entre Jérusalem et Maale Adumim, le 14 août 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, lors d'une conférence de presse annonçant son intention de valider la construction de plus de 3 000 logements dans le projet d'implantation E1, entre Jérusalem et Maale Adumim, le 14 août 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Une année électorale en Israël donne toujours lieu à des mesures populistes qui tentent de satisfaire une majorité d’électeurs. En 2026 aussi, le budget de l’Etat en discussion à la Knesset comporte des rallonges budgétaires pour le moins inattendues.

Si 2025 était une année de guerre qui justifiait de fortes dépenses militaires, le budget 2026 démarre en année de paix ; il est donc logique que les dépenses liées à la guerre soient en baisse de 30 milliards de shekels.

En revanche, les dépenses publiques totales de 2026 seront supérieures de 10 milliards de shekels à celles de 2025.

Autrement dit, si on neutralise le budget de la défense et de la reconstruction, le projet de budget 2026 présente 40 milliards de shekels de dépenses supplémentaires par rapport au budget 2025, soit une hausse relativement importante.

Prix de la dette

À qui donc profite cette manne de 40 milliards de shekels ? Le principal bénéficiaire sera le poste budgétaire du paiement des intérêts de la dette ; il augmentera de 8 milliards de shekels en 2026 pour atteindre le montant global de 65 milliards de shekels.

Désormais, le paiement des intérêts de la dette publique constitue une dépense courante majeure ; il devient le troisième poste de dépense de l’Etat, derrière la Défense et l’Education mais avant la Santé.

En 2026, ce poste de dépense représente environ 10 % du budget courant de l’Etat en Israël. Le prix de la dette est une dépense de fonctionnement obligatoire et incompressible, qui oblige à rogner dans les dépenses civiles et à relever la charge fiscale

Gagnants et perdants

En comparant le budget prévisionnel 2026 au budget 2025, il apparaît que certains ministères recevront une rallonge bien méritée :

  • Affaires sociales : + 14 % ;
  • Education : + 12 % ;
  • Santé : + 7 %.

En revanche, plusieurs postes budgétaires créent la polémique en voyant leurs crédits faire un bond inattendu :

  • les Affaires étrangères obtiennent une rallonge de 1,3 milliard de shekels avec un budget qui passera de 2 à 3,3 milliards de shekels (+ 65%) ;
  • le cabinet du Premier ministre voit son budget augmenter de 2,3 milliards de shekels, passant de 3,7 à 6 milliards de shekels (+ 62%) ;
  • la Sécurité nationale obtient une rallonge de 4,1 milliards de shekels avec un budget qui passera de 25,2 à 29,3 milliards de shekels (+ 16%) ;
  • la Protection de l’Environnement voit son budget bondir de 45% pour dépasser un demi-milliard de shekels.

Règlement de comptes

Effet du hasard ou pas, les ministères qui reçoivent la rallonge budgétaire la plus forte sont dirigés par des ministres qui sont proches du ministre des Finances et plutôt favorables à ses réformes, comme l’Environnement et les Affaires étrangères.

En revanche, les ministres qui ont « osé » s’opposer à certaines décisions du ministère des Finances, voient leur budget en chute libre pour 2026 :

  • le ministère de l’Agriculture voit ses crédits chuter de 7 % ;
  • le ministère de l’Economie et de l’Industrie voit son budget reculer de 3 %.

Et pour cause : les ministres Dichter (Agriculture) et Barkat (Economie) s’opposent vigoureusement à la réforme de la filière laitière proposée par le ministre des Finances Smotrich.

De là à y voir un règlement de compte politique, voire une vengeance personnelle, il y a un pas que rien ne permet de franchir…

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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