Pluie de dollars sur Israël

© Stocklib / M R Fakhrurrozi
© Stocklib / M R Fakhrurrozi

En pleine année de Covid, Israël a battu un nouveau record, celui de l’afflux de dollars américains : une véritable pluie de billets verts est tombée sur le pays tout au long de 2020 et les caisses de l’Etat débordent de devises.

Malgré la crise sanitaire, l’économie israélienne est restée attractive pour les investisseurs étrangers ; l’afflux de dollars explique aussi pourquoi le shekel a atteint son plus haut niveau de la dernière décennie.

Décidément, 2020 aura été une année pleine de (bonnes) surprises pour l’économie israélienne. On sait déjà que la récession a été moins grave que prévue ; le PIB a reculé de 2,5% « seulement », bien moins que les prévisions ne le laissaient croire.

La bonne résistance de l’activité n’est pas tout ; la crise sanitaire et l’instabilité politique n’ont pas découragé les étrangers de placer, investir et dépenser leur argent en Israël.

Les étrangers « boursicotent » à Tel Aviv

Qu’on en juge : en 2020, les investissements étrangers en Israël ont atteint le montant record de 44 milliards de dollars. En pleine année de pandémie, les étrangers ont donc injecté en Israël deux fois plus qu’en année « normale » : ils avaient investi 23 milliards de dollars en 2019 et 19 milliards en 2018.

Qu’est-ce qui a attiré les étrangers en Israël ? Principalement l’industrie et les services de high tech.

En 2020, les étrangers ont effectué des investissements directs dans les entreprises israéliennes pour un montant exceptionnel de 25 milliards de dollars – bien plus qu’en 2019 (19 milliards de dollars).

Seconde destination des capitaux étrangers : la Bourse de Tel Aviv.

Les étrangers ont profité du confinement mondial pour « boursicoter » en Israël ; en 2020, ils ont acheté des titres israéliens (actions et obligations) pour un montant record de 18 milliards de dollars ; contre 2-3 milliards en année « normale ».

Les exportations dépassent les importations

Autre source d’afflux de devises – surtout des dollars – en Israël : le commerce extérieur. Lorsque les exportations dépassent les importations, la différence représente des devises qui entrent et restent dans le pays.

En 2020, Israël a exporté vers l’étranger des biens et services pour un montant de 114 milliards de dollars – un montant semblable aux années passées.

En revanche, les Israéliens ont beaucoup moins acheté de produits importés que les années précédentes – confinement oblige : en 2020, Israël a acheté des biens et services de l’étranger pour un montant de 97 milliards de dollars, contre 108 milliards en 2019.

Autrement dit, Israël a réalisé en 2020 un excédent commercial de 17 milliards de dollars ; en année « normale », l’excédent commercial tourne autour de 5 à 7 milliards de dollars.

Les réserves en devises explosent

En faisant la différence entre les entrées et les sorties de devises, il apparaît que 2020 a bien été une année exceptionnelle pour Israël : les caisses de l’Etat ont engrangé près de 38 milliards de dollars – comparés aux 6 milliards en 2019 et 5 milliards en 2018.

Résultat : à la fin de 2020, les réserves en devises d’Israël avaient battu tous leurs records précédents avec 173,3 milliards de dollars.

En pleine année de pandémie, Israël a battu plusieurs records financiers : les transferts de capitaux étrangers ont bondi, le shekel a grimpé en flèche, les excédents commerciaux ont doublé et les réserves en devises ont explosé.

Il faut se rendre à l’évidence : il n’y aura jamais eu autant de dollars en Israël qu’en 2020. Vous avez dit Covid ?

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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