Petits arrangements entre amis

Une femme place son bulletin de vote dans l'urne lors des élections législatives de 2009 (Crédit : Flash90)
Une femme place son bulletin de vote dans l'urne lors des élections législatives de 2009 (Crédit : Flash90)

A six semaines des élections du 17 septembre, une importante étape a été franchie : les listes définitives sont déposées.

Il a fallu attendre le jeudi 1er août à 22 heures pour que soit mis fin au suspense insoutenable entretenu par Otzma Yéoudit (Puissance juive). Ces Kahanistes, admirateurs racistes et séparatistes du rabbin Meïr Kahana et de Barouch Goldstein, se présenteront sur une liste distincte de celle de la droite unie.

Il en sera de même pour le parti de Moshé Feiglin (Zéout) et quelques groupuscules se situant du même côté de l’échiquier politique. Cela devrait coûter plusieurs mandats à la nouvelle formation dirigée par Ayelet Shaked qui reste néanmoins créditée dans les sondages d’une bonne dizaine de sièges.

Selon Binyamin Netanyahou, « cela pourrait faire perdre le pouvoir à la droite ». Le Premier ministre a sans doute voulu dire «cela pourrait me faire perdre le pouvoir », car s’il doit y avoir une alternance, elle se fera au sein du « camp national ».

Avec un des prétendants à la succession au Likoud (on ne sait pas qui) ou une personnalité de la Droite unie (ici on connaît son nom), voire même un outsider du parti Bleu-blanc version « nationale-compatible » (il y en a). Et c’est tout dire.

A la droite du Likoud, les manœuvres et les pressions en tous genres ont été couronnées du succès avec la constitution de la formation dirigée par la nouvelle star de la politique israélienne. Elle a réussi l’exploit de réunir laïcs et pratiquants, ultra-libéraux et sionistes-religieux.

A gauche, les tractations furent moins laborieuses mais aussi moins fructueuses. Ehoud Barak, celui-là même qui a fait croire au public israélien que de l’autre côté de la Ligne verte « il n’y a personne à qui parler » (ein im mi ledaber), n’a réussi à s’associer qu’avec des pacifistes (Meretz) ayant toujours maintenu le dialogue avec l’Autorité palestinienne.

Sous le nom de Camp démocratique (Ha Mahané hadémocrati), ce curieux attelage qui comporte aussi des personnalités de talent issues de la société civile et de l’establishment militaire, tentera de sauver la gauche de la disparition.

Car l’association du Parti travailliste et de Guesher (Le pont), le kit de survie imaginé par Amir Peretz et Orly Lévy-Abécassis, pourrait échouer. Rien ne dit que leur discours « économico-social » (kalkali-hévrati) leur permettra de franchir le seuil d’éligibilité (3,25%, soit 4 mandats).

Les négociations interminables menées pour la constitution des listes traduisent ainsi ce que l’on savait depuis longtemps : le recul de l’idéologie au profit (si l’on ose dire) de petits arrangements permettant, du moins le croit-on, de ratisser large. On peut en rire. Ou en pleurer.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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