Petit Gadi est devenu grand

Il monte, il monte, il monte… Pourtant, rien ne le prédisposait à un grand destin.
Gadi Eizenkot naît en 1960 à Tibériade. Pas au bord du lac près des grands hôtels, mais dans un des quartiers populaires où s’entassent les immigrants qui, comme ses parents, sont venus du Maroc. Après leur divorce, il grandira à Eilat, mais là aussi, loin des équipements de luxe de la belle station balnéaire. Hors de la vue des touristes, des milliers de nouveaux immigrants pauvres essaient de s’intégrer dans un pays dont on leur dit qu’il est celui de tous les Juifs.
On sait que des centaines de milliers de Séfarades furent moqués, méprisés et maintenus dans la pauvreté par une société qui ne faisait rien pour les comprendre. Il échappe à ce destin grâce au plus bel outil d’intégration du pays : Tsahal. Le petit Gadi gravit tous les échelons de l’armée jusqu’au poste de chef d’État-Major où il donnera toute la mesure de son talent. Il définit la « doctrine Dahiya » – recommandant de bombarder le fief beyrouthin du Hezbollah lorsque l’hydre terroriste relève la tête. Il n’hésitera pas à braver l’opinion publique et le Premier ministre en sanctionnant un soldat, Elor Azaria, ayant tiré sur un terroriste déjà tombé à terre. Il le graciera plus tard, considérant que la règle étant rappelée, il était inutile de s’acharner sur un garçon manipulé par des extrémistes sans scrupule. Parvenu au sommet de la carrière, Gadi Eizenkot n’oublie pas d’où il vient. Son épouse Hadi et lui, propriétaires d’une belle villa à Herzliya, convient toujours à leur table des soldats sans famille (hayalim bodedim) pour les grandes fêtes.
Le malheur les frappera au début de la guerre à Gaza, où ils perdent un fils et deux neveux. Lors de l’enterrement, il prononcera un discours qui lui vaudra l’empathie de tous les Israéliens : « Je te salue, mon fils bien-aimé… ». Ministre sans portefeuille dans le gouvernement d’urgence nationale formé après le 7-Octobre, il en partira, son expertise n’étant jamais prise en considération.
Il devient une vedette de la politique israélienne en raison de sa personnalité : consensuel mais pas sans conviction. Il forme son parti, Yashar ! (honnête !), et commence à recruter pour les élections de l’automne 2027. En mars dernier, ce débutant en politique était crédité par les sondages d’une demi-douzaine de sièges. Fin juin, il en obtiendrait une vingtaine, et caracole en tête de l’opposition, laissant Naftali Bennett et Yaïr Lapid, loin derrière. Les personnes sondées considèrent qu’il est plus apte à exercer les fonctions de Premier ministre que l’insubmersible Bibi. Rien ne dit que Gadi Eizenkot serait capable de former une coalition majoritaire, mais Binyamin Netanyahou le considère désormais comme son principal adversaire. Une nouvelle preuve que le petit Gadi est devenu grand.
