Perdus de sens

Le temps passe trop vite ! C’était le 29 juin 2014. Bravade ou bravoure ? C’est comme si, surgissant d’un désert irako-ninivien avec des visées sur la Syrie, le Liban et la Jordanie (oui, l’inquiétude y monte), des forcenés incultes, des barbares, des « païens » quoi ! entraient dans un quotidien sanguinaire et brutal.

Les écrans du monde entier présentaient soudain un programme inédit, bien plus rôdé – en apparence – que les sitcoms hollywoodiens : blouse orange, anti-Zorro masqués en noir, une lame affilée comme dans la bonne vieille tradition proche-orientale. La mort aseptisée diffusait des feuilletons macabres – sans doute – mais teintés d’irréel.

Et les têtes tombaient, tombaient… et la presse criait… et les vidéos alertaient – et les supplications à la clémence tranchaient avec l’art « habituel » de la guerre.

Alors on cogite. Serait-ce donc bien possible que cette furie assassine s’étende avec tant de puissance ? Les intellectuels continuaient à travailler de la touffe, les philosophes abordaient la post-modernité en forme de « fin de civilisation » comme ils s’étaient abîmés dans la « mort de Dieu ».

Les politiques donnaient dans des labyrinthes sans issue où ils pataugeaient dans une gadoue kafkaïenne de carrousel. Dans la plaine de Ninive, on verra des mirages… Un peu partout les ossements hantent les régions acquises par Daesh et aujourd’hui embourbées dans des conflits banalisés, trop difficiles à décrypter. Il est plus facile d’aller faire le buzz ailleurs.

L’Etat Islamique a-t-il disparu ? Peut-être… Les choses ne sont pas aussi précises en Orient.

Confusion des langages et néo-volapük insensé. Le monde est brusquement rattrapé par ses identités tribales tandis que la « Maison commune » glisse sur des tremblements de terre, des inondations, déluge ou des canicules aux intensités apocalyptiques. Le Groënland perd sa calotte polaire et récolte trop tôt ses petites fraises locales.

« Maison commune » ? Pourquoi ? L’écologie comme l’économie dissertent sur les stratégies à gérer la «Eikos\εικος», c’est-à-dire la «maisonnée» en grec et pourtant l « Eikoumeni gi\Eικουμενικη γη» désigne jusqu’à présent le monde habité tel qu’il était connu dans l’Antiquité puis le déploiement des diasporas ou dispersions juives suivies des patriarcats chrétiens autour de la Mare Nostrum ou « Méditerranée ». Le mot correspond à l’hébreu «tévèl\תבל» qui désigne pourtant un espace et des réalités géographiques, humaines beaucoup plus large et qui sont productives (yaval\יבל = fructifier).

Seulement la Mare Nostrum est devenue une poubelle à plastiques ou encore un sépulcre pour les hors-la-loi de la liberté de circulation des êtres et des idées.

On a parlé, pratiquement jusqu’à cette année, de relations «oecuméniques» pour désigner les contacts entre des religions ou des groupes confessionnels qui chercheraient à développer des relations amicales et respectueuses en dépit de leurs diversités sinon antagonismes. L’orthodoxie chrétienne n’apprécie pas le mot pour une raison simple : c’est que cet « Eikoumene » est traditionnellement réservé au pourtour méditerranéen issu de l’Empire d’Orient et d’Occident. A peine si nous avons conscience de ce que, voici 1700ème anniversaire l’Edit de tolérance (Milan en 313), avait consenti à la reconnaissance de la foi chrétienne.

Allons, donc ! « La tolérance, la tolérance ! Il y a des maisons pour celà », s’époumonait Georges Clémenceau. Les maisons se sont multipliés, diversifiées. La tolérance s’est affranchie.

Nous passons constamment d’une perception réduite à l’espace « connu » de notre rue pour tenter de l’étendre à l’ensemble d’une planète qui nous paraît aujourd’hui familière ou même apprivoisée, googlelisée. Il est essentiel d’avoir un lieu où l’on habite, et un marquage au sol.

Chacun définit sa compréhension de l’espace et du temps, des êtres vivants et de leurs règles d’une manière qui tend à vouloir figer ce qui, inexorablement, se décline en circulation du vivant. Apparemment, il y a des murs stables, mais le but est d’être connecté aux autres, tout comme l’anglais courant « to home » indique « guider les pigeons voyageurs vers leur but » !

Lorsque Paul de Tarse parle de « tout Israël sera consolé/ sauvé » (Romains 11, 26), il étend le champ sémantique à un salut universel, implicite à l’hébreu-araméen selon des lexiques contrastés par rapport au grec et au latin. Il étend l’expression à une dimension eschatologique qu’il affirme hors de toute exclusive ou dispersion humaine.

Ce dimanche 21 juillet 2019 fut le 18 Tammuz 5779 où la Communauté d’Israël est entrée dans la période des Trois Semaines qui, au-delà du jour de Tisha Be’Av ou 9 du mois de Av couvre le temps de la « consolation ». Il culmine au Shabbat Na’hamou\נחמו au 17 août prochain ou 16 Av 5779.

Ces dates n’incitent pas à la contemplation. Comme ce Shabbat Balaq\בלק s’est terminé par le début du jeûne du 17 Tammuz, donc décalé en raison de la préséance sabbatique, certains esprits peuvent naturellement être enclins à réfléchir sur la vivacité de ces animaux domestiques : telle l’ânesse du vilain Bilaam, payé pour maudire Israël et rappelé à l’ordre, ou plus exactement dont l’âme s’est éveillé à une vraie dimension de conscience humaine grâce à un dialogue apparemment invisible entre un ange et un animal utilitaire.

Ainsi, l’éveil à la conscience a sans doute sauvé les fils d’Israël : il a surtout induit qu’Israël reconnaît dans le non-juif comme un miroir qui l’appelle à son propre éveil et au sursaut de sa propre identité, de son existence au sein de la race humaine.

Comment comprendre ces jours qui, chaque année, durent trois semaines : destruction, abomination, idolâtrie et pourtant une consolation qui se poursuit d’âge en âge, comme pour préserver la « maison » en dépit d’elle-même ? Hier, ce fut le souvenir de Moïse descendant du mont Sinaï avec les Tables de la Loi pour découvrir le peuple en train d’adorer le Veau d’Or. Aujourd’hui, la communauté juive a rappelé la destruction de ce Veau d’Or.

Or, au même jour, le sacrifice perpétuel du Qorban Tamid\קרבן תמיד dans le Premier Temple fut interrompu trois semaines avant que la Maison ne soit détruite par les Babyloniens. Enfin, en l’an  69 de notre ère, les troupes romaines firent les premières brèches dans les murailles de Jérusalem, prélude à l’anéantissement du Deuxième Temple.

Y a-t-il dès lors un sens quelconque à se souvenir de ces évènements par-delà des temps qui paraissent si longs, lointains et s’étendent sur plus de deux mille, près de trois mille ans ? La question fut posée par le Rav Shlomo Goren à la veille du 9 Av en 1967. Il avait atteint le Mur Occidental deux mois auparavant avec les soldats israéliens, ouvrant, peut-être ou sûrement, une brèche dans la reprise d’une prière sinon d’un culte apparemment suspendu depuis des siècles.

C’est précisément cet instant particulier qui renvoie au « Bekhol dor\בכל דור = à chaque génération », toute personne doit sentir qu’elle sort au présent d’Egypte comme l’affirme au présent la Haggadah de Pessah. Il en est de même au jour de la révélation sinaïtique et à la fête eschatologique des Tentes. Comme le Rav Goren l’expliqua : « Le fantôme du Hourban\חורבן-destruction des Temples [donc le temps de la solution finale ou Holocauste-Catastrophe] rôdait dans le pays ». Il demandait de continuer à prier avec ferveur pour que tout autre malheur ne puisse se produire.

Il reste donc une interrogation sur le temps de la joie, de la construction puis le temps de la destruction et de l’abomination, le temps de l’anéantissement et celui du renouveau. Interrogation qui chancèle entre le « Eikha\איכה = comment, pourquoi, d’où ? » insistant ou même blasé – parfois – pareil au cri-même de cette « zë’akav\זעקה = supplique plaintive, cri implorant » et la « techouvah\תשבוה = qui rejette le péché (cf. la Vidoui\וידוי ou confession alphabétique tri-quotidienne). Ce cri et cette repentance suscitent un retournement quasi identitaire et cognitif parallèle à celui du prophète Bilaam. Il suggère une réponse dialoguée entre le Très-Haut et le peuple (cf. Maïmonide, Hilkhot Ta’aniyot 5,1).

Qui est immonde ? Qui peut, en conscience, traiter un seul être humain – dire à propos d’une seule âme en laquelle le Maître de l’Univers a placé un souffle de vie qu’elle pourrait être pire que des immondices ? Si Dieu a pu donner de l’entendement à Bilaam, de quel droit oserions-nous jouer les prophètes de malheur en nous prétendant meilleurs que l’ânesse qui sauva le vilain comme le peuple appelé à sanctifier le Grand Nom ?

Voici cinquante-quatre ans, l’Eglise catholique romaine promulguait le document conciliaire Nostra Ætate sur les relations entre l’Eglise de Rome et les religions non-chrétiennes. Ce travail était dû à la ténacité du Cardinal Béa, Jésuite allemand et ancien confesseur du Pape Pie XII, à la convergence entre les travaux de Jules Isaac et la Conférence de Seelisberg (1947) sur la nécessaire révision de la position des Eglises, en particulier catholique, envers le judaïsme.

L’insistance du Pape Jean XXIII a soutenu l’ébauche de ce document conciliaire dont il faut surtout retenir qu’il réfléchissait au re-positionnement indispensable de l’Eglise catholique dans le monde de l’après-Catastrophe et l’existence d’autres religions avec lesquelles elle se devait de définir ses rapports.

Le texte donna lieu à diverses rédactions, plus ou moins longues, précises puis révisées pour garder certaines distances. En soi, les moutures successives donnèrent lieu à des tergiversations, des hésitations, des formulations subtiles puis des choix de mots qui soulignaient combien la tâche était inédite et prudente. De fait, elle n’engageait que la seule partie de l’Eglise qui est à Rome, issue du patriarcat d’Occident (qui n’est plus reconnu comme tel aujourd’hui par le Vatican), majoritairement latine, européenne. Les Eglises orientales unies à Rome s’opposèrent au texte final. L’Eglise orthodoxe d’Antioche en la personne du Patriarche Théodose VI, écrivit le 16 octobre 1965, que « le peuple juif devait continuer à être maudits ».

A l’heure où les Chrétiens d’Orient migrent comme des tsunamis sociétaux et culturel à la surface d’un globe en tourments climatiques et indentitaires, cette “malédiction” profondément enracinée dans une perception théologique, poursuit une oeuvre d’exclusion sinon de haine irrationnelle, invisible, non-perçue au sein de communautés européennes qui rêvent des décisions qu’elles s’imaginent décisives. Non, le rêve du respect envers autrui se heurte, de plein fouet à la puissance de la Fremdheit/de l’estrangement trop abrupte : il est tellement facile de faire l’autruche quand le dialogue est monologué comme en miroir de ses propres désirs.

Le texte initial évoquait ce que l’Eglise «devait agir comme « une âme reconnaissante » à la race d’Abraham. Cette reconnaissance fut supprimée et le Concile «rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament avec la lignée d’Abraham»… et (!)… que « Jérusalem n’a pas reconnu le temps où elle fut visitée ; les Juifs, en grande partie, n’acceptèrent pas l’Evangile et même nombreux furent ceux qui s’opposèrent à sa diffusion ».

Le passage sur le « déicide » montrait, sur un texte court, une véritable régression qui en dit plus que toute décision, même ultérieure : « les autorités juives avec leurs partisans ont poussé à la mort du Christ ». Il faut lire les paragraphes qui suivent cette mention pour faire un constat simple : il ne sert à rien de godiller béatement sur les desseins de la Divine Providence.

En 1969, le Père Kurt Hruby, théologien catholique spécialiste des traditions rabbiniques, écrivait : « L’attitude anti-juive, prêchée et enseignée pendant si longtemps comme la doctrine officielle de l’Eglise, a fortement marqué les mentalités des pays dits « de prédication chrétienne », et, aidé ainsi à préparer le terrain à la « solution finale » de la question juive, tentée avec assez de succès, par Hitler et ses sbires… il existe un rapport de cause à effet, entre cet enseignement du mépris » et la persécution des Juifs déclenchée par les nazis, précisément par un certain « conditionnement » des mentalités. » (Lumière et Vie, N° 92, mars-avril 1969).

En 1970, le théologien protestant Fadieh Lovsky affirmait : « L’invasion des thèmes politico-policiers, économiques et racistes dans un antisémitisme chrétien qui était déjà indéfendable… interdisent de rejeter sur le seul national-socialisme les responsabilités d’une catastrophe que la démission d’une théologie trop sensible au siècle a facilité…

Comme il est cruel, mais comme il est nécessaire, d’entendre les Juifs conseiller aux chrétiens, les uns avec douleur, les autres avec une indignation compréhensible ou avec des sarcasmes mérités, de s’inspirer enfin de l’Evangile qu’ils ont si rarement vécu et dont ils ont si mal témoigné en présence du peuple d’Israël. » (L’Antisémitisme Chrétien, 1970, pp. 34-46).

En 1991, le Jerusalem Post israélien de langue française publiait le témoignage de Jean Vassal, « chrétien vivant à Jérusalem » : « Le changement engendré par (Nostra Ætate sur les Juifs) est passé quasi inaperçu car il n’a pas été orchestré comme il aurait fallu au niveau de l’ensemble du clergé et, encore moins, des fidèles. On a insuffisamment réhabilité Israël, on a enveloppé les textes d’un flou oecuménique, certes plus favorable aux Juifs que la situation précédente. Mais c’est la position d’une minorité de chrétiens parmi les plus audacieux. La grande multitude des chrétiens demeure figée dans ses préjugés séculaires envers le judaïsme. Il faut regarder ce ratage en face ».

L’Eglise catholique latine (mais non celles de rites orientaux unies à Rome) a dénoncé l’enseignement du mépris. Elle conserve une prière d’intercession au Vendredi Saint pour que « Dieu éternel et Tout-Puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier peuple de l’Alliance, comme ton Eglise t’en supplie… ». Ignorance ? Absence de perspectives spirituelles ?

Arrogance ? On reste confondu par l’usage d’une prière publique envers la communauté matrice de la foi et de l’union de tous les êtres vivants. Il ne peut y avoir de foi vive lorsque la théologie, donc la liturgie pour l’Orient chrétien et le judaïsme, repose sur des principes de compétition et de substitution ou encore de conseil spirituel. L’Eglise au sens pluriel, dans toutes ses fractures et malgré ses primautés parfois exclusives, ne conçoit pas qu’Israël ait toujours conservé et surtout développé son primat et qu’à aucun moment il ne l’a perdu au regard de sa propre foi et fidélité à Dieu.

Les prières des chrétientés, bienveillantes ou hostiles, manquent sans doute, dans ce cas précis, de prendre en compte le souverain dessein du Créateur. Elles affichent une condescendance rarement conscientisée. Habitués à la haine,  les Juifs croient percevoir une forme de reconnaissance dans ces textes. Ceci s’explique par les souffrances endurées face à des préjugés établis. Cela explique aussi que lors d’attaques envers certains chrétiens en Israël – quels que soient les auteurs supposés de ces méfaits évidemment condamnables – les chrétiens ne peuvent comprendre le sens de prières juives éventuellement utilisées contre eux, en dépit du judaïsme qui résiste depuis des millénaires contre l’idolâtrie et le paganisme réels.

Les Eglises orthodoxes n’ont rien changé. Elles conservent une position « archaïque » de confrontation avec l’hébraïté. Leur récente libération ne permet pas d’envisager de révisions prochaines. Nous restons dans le domaine de la recherche, souvent timide mais réelle. Le récent “Concile pan-orthodoxe”, réuni en Crète en 2016, a montré que les dissensions compréhensibles entre des communautés orthodoxes qui sortent à peine d’ombre n’avait aucune volonté, aucun désir théologique ou humain, voire historique d’approcher le lien essentiel, consubstantiel, qui maintient la cohérence de la foi des apôtres à celle de l’actuelle vitalité judaïque.

L’ethno-centrisme oriental, les formules théologiques et liturgiques montrent une proximité saisissante entre le judaïsme et l’Orient chrétien, entre l’hésychasme et les traditions hassidiques, soulignant à quel point il est difficile « de ne pas juger son frère » (Prière de St. Ephrem). Le concile pan-orthodoxe ne pourra éluder de reconsidérer, de manière lente et avec conscience, les positions orthodoxes et orientales des Eglises anciennes à l’égard du judaïsme que Vladimir Soloviev désignait comme étant « la question chrétienne » à l’égard du judaïsme.

Cela ne sera possible que si la foi se nourrit non de prétentions vaines à une connaissance mutuelle qui se baigne d’illusions frileuses. Le temps paraît à nouveau, comme une vague lourde, où l’apostasie réapparaît. Elle revient sous les affres des violences incontrôlées ou faussement justifiées par des logiques pénales délétères. L’apostasie n’a pas été tuée comme bête immonde en 1945. Les traités de paix lui ont donné un répit que d’aucuns voudraient pérennes. L’apostasie haineuse se lève comme pour rappeler que le vrai combat est celui de regarder bien au-delà de l’ignominie humaine.

Jésus déclara : « L’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu » (Jean 16, 2).

Voici vingt-cinq ans mourait le Rebbe, Rav Menachem Mendel Schneerson de Loubavitch. Sans doute l’un des hommes les plus étonnants de sa génération, rénovateur du judaïsme venu de l’Est européen et de la Russie. Le judaïsme lui doit la concrétisation de nouvelles relations entre les mondes achkénaze, la yiddishkayt, les communautés sépharades et orientales. Il fit adopter le passage au rite oriental (Rabbi Louria de Safed) des fidèles du ChaBaD alors qu’il ne vînt jamais en Israël. Il suggéra l’étude, la prière. Il sut dialoguer avec les non-Juifs et souligner l’importance des Loi noachiques, permettant un rapport plus équilibré, à l’intérieur des communautés juives, avec le messianisme chrétien. Ceci reste trop confidentiel pour les Eglises.

Le 25-ème anniversaire de la mort du Rebbe dont certains auraient attendu l’affirmation de son caractère messianique est passé relativement inaperçu dans les différents cercles de la foi. Sa personnalité est comparable, par sa singularité, à celle du pasteur Martin Luther King. Il faudrait souligner d’autres aspects assez inédits.

Menachem Mendel Schneerson fut un homme qui mettait l’accent sur le devoir de faire progresser l’humanité sur la voie de la morale, en particulier à partir de la pratique ou de la référence aux Mitzvot-Commandements. Cela oblige à réfléchir au commandement de l’amour de Dieu et du prochain (Lévitique 19, 19 ; comp. Matthieu 22, 39).

Il faut insister sur son enseignement, basé sur la Tradition la plus fondamentale de la révélation, d’être “conscient de la réalité des choses”, de réfléchir et d’agir avec un esprit de transcendance : chercher à se dépasser selon un projet inspiré par l’essence divine. En celà, il invitait à scruter le vraie sens de la vie suscitée par le Créateur qui Lui-même est investi dans le déploiement du monde d’ici-bas (dirah betachtenunim/דירה בתחתנונים).

Deux autres qualités particulières donnent une tonalité positive et particulière au Rebbe : il fut un homme humble, d’une humilité appréciée, reconnue. Il n’a pas cherché à faire carrière ni à s’imposer. Il faut alors insister sur son sens de l’abandon. Il s’est volontiers abandonné à ce qu’il percevait de la Volonté divine, de manière paisible, avec grande équanimité.

Pourquoi mentionner la personnalité du Rebbe Menachem Mendel ?

La date de son yohrtsayt/anniversaire du décès permet de mesurer le chemin que l’on croit avoir parcouru depuis un quart de siècle. Les relations entre les communautés ont pris des bifurcations imprégnées par la redynamisation ou, au contraire, l’effondrement de traditions, prévues par certains, ignorés par beaucoup. Les crises de la moralité, les violences basiques défient la conscience de ceux qui sengluent dans la recherche d’une paix, d’une sociabilité invertébrée et volontiers “unisexe”, d’un love and peace battu en brèche. La mémoire doit être dynamique sinon elle se sclérose dans un entre-soi que l’on veut prestigieux…

En Europe, on cherche saint François dans les ruines temporaires plombées d’Eglises en quête de sens. Rien de nouveau, justement. Et quoi ?!

Il y a le pari de l’abandon. Il consiste à agir avec sagesse, discernement et intuitu personæ. Il est toujours temps d’être bon.

à propos de l'auteur
Abba (père) Alexander est en charge des fidèles chrétiens orthodoxes de langues hébraïque, slaves au patriarcat de Jérusalem, talmudiste et étudie l'évolution de la société israélienne. Il consacre sa vie au dialogue entre Judaisme et Christianisme.
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