Pas une tête ne dépasse au Likoud

Il est étonnant de constater qu’au Likoud la discipline règne et qu’aucun militant, même de haut niveau, ne conteste la direction du parti. Toutes les ambitions sont étouffées. Aucun cadre n’ose se présenter contre Netanyahou pour le poste de leader du parti, même si ses chances sont minces. Pourtant de grosses pointures patientent depuis plusieurs années, attendant le moment de se déclarer.

Yuli Edelstein, ancien président de la Knesset, a été le seul à oser faire acte de candidature mais il s’est vite ravisé pour éviter les foudres du leader, sous prétexte que : «Partout où je suis allé, j’ai toujours placé le Likoud en premier. Aujourd’hui, alors que nous sommes confrontés à une élection critique pour l’État d’Israël, je ne peux pas entraîner le Likoud dans une lutte interne, et j’ai donc décidé de retirer ma candidature à la présidence du parti pour les prochaines élections».

Il est une réalité que, quelques soient les obstacles, Netanyahou tient bien son parti et les militants acquiescent. Pourtant Edelstein avait fait le constat que le Likoud ne parviendrait pas à constituer un gouvernement tant que Netanyahou était à la tête de la formation car il ne peut être rejoint ni par Avigdor Lieberman et ni par Gidéon Saar, ses ennemis irréductibles. D’ailleurs malgré tous les efforts déployés, le Likoud n’a pas pu former un gouvernement d’alternance sans passer par de nouvelles élections.

Edelstein avait pourtant anticipé :«Si Netanyahou peut former un gouvernement, je ne me mettrais certainement pas en travers de son chemin parce que j’ai assez dit que l’État d’Israël n’avait pas besoin de nouvelles élections. En revanche, dans la négative, il faudra organiser une primaire pour élire la nouvelle direction du parti. L’ancien Premier ministre a été dans l’incapacité de réunir un gouvernement de droite lors des quatre dernières élections».

Le constat est réel ; même si la position de Netanyahou s’est effritée au fil des échecs dans les élections répétées, les militants ne l’ont pas abandonné même s’ils ont dû passer par une période d’opposition. Edelstein était arrivé premier aux élections primaires et il pensait que cela lui donnait une légitimité pour remplacer un leader qui avait fait son temps après plus de vingt aux affaires.

Nir Barkat, l’ancien maire de Jérusalem, appelé au parti par Netanyahou avec de nombreuses promesses est resté silencieux alors qu’aucun poste de ministre ne lui a jamais été proposé. La stratégie de l’ex-premier ministre est de ne jamais mettre en lumière un éventuel concurrent.

Il a cherché même à limiter les effets de toute éventuelle candidature en tentant de faire passer une loi qui visait le millionnaire en dollars et qui limitait l’autofinancement des campagnes électorales. Le dernier à s’être mesuré à Netanyahou fut Gideon Saar qui, aux primaires du Likoud en 2019 n’a recueilli que 27,5% des voix. Ce fut certes un échec mais plus du quart des militants avait exprimé sa volonté de changement. En vain.

Netanyahou n’aime pas la contestation exprimée au grand jour et surtout les initiatives non autorisées. Il s’en est pris à l’aboyeur en chef du parti, le fidèle parmi les fidèles, le député David Amsalem, l’homme des missions douteuses, le membre de la Commission de la Constitution du Droit et de la Justice. Il s’était permis, lors d’une interview à la télévision, d’affirmer que Mansour Abbas et son parti islamiste Raam seraient les bienvenus dans une coalition placée sous l’autorité du Likoud.

Sa déclaration était contraire au positionnement du Likoud, celui d’une opposition totale à tous les partis arabes. Amsalem a reçu une volée de bois vert en public car c’était reconnaitre que Netanyahou ne pouvait pas atteindre les 61 sièges sans les Arabes.

Netanyahou a été d’une violence publique extrême avec son ami de trente ans : «J’ai été sidéré d’entendre ce qu’a dit Dudi Amsalem, des propos qui ne lui appartiennent qu’à lui, comme c’est déjà arrivé dans le passé». Amsalem a ensuite modéré ses propos en déclarant maladroitement : «nous établirons un gouvernement de 61 Juifs», ce qui n’a pas été du goût des Druzes qui se sont sentis exclus. A trop vouloir faire, il se brûle parfois.

On a d’ailleurs constaté le silence volontaire de l’autre inconditionnelle de Bibi, la passionaria Miri Regev, qui avait critiqué l’absence de séfarades à la tête du Likoud et qui s’est éloignée des affaires en n’assistant jamais aux travaux de sa commission. Elle avait voulu lancer trop tôt la course au leadership du Likoud, croyant se positionner en force parmi les séfarades majoritaires du parti.

Mais Netanyahou n’aime pas avoir des ambitieux dans son entourage à l’instar de Naftali Bennett, Gideon Saar et Avigdor Lieberman, des fidèles parmi les fidèles, écartés de la direction parce qu’ils étaient devenus dangereux. L’entourage d’Amsalem affirme qu’il a été profondément vexé alors que son intention n’était pas de sortir du rang. Or, imprévisible, on ne peut mesurer sa réaction sachant qu’il est l’homme de toutes les magouilles mais surtout l’homme de tous les secrets.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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