Paris/Rabat… l’année des retrouvailles ?

© Stocklib / alekstaurus
© Stocklib / alekstaurus

L’année 2022 aura été par excellence une année française algérienne et tunisienne. A l’égard d’Alger la politique d’apaisement et le processus de réconciliation mémorielle ont réalisé des progrès notables. A l’égard de la Tunisie, malgré les dérives institutionnelles, Paris a tenu à apporter son soutien au nouveau régime que tente d’instaurer le président Kais Saied.

A l’égard du Maroc, une crise mutique était à l’œuvre sur fond de divergences stratégiques entre les deux pays. Au regard des indicateurs qui se sont accumulés récemment, l’année 2023 promet d’être l’année des retrouvailles entre Paris et Rabat.

Et pour cause. C’est le grand événement attendu dans la relation France-Maroc. Celui de voir Paris sortir de la zone grise et d’hésitation sur la reconnaissance pleine et entière de la souveraineté du Maroc sur son Sahara.

Logiquement ce tournant devrait accompagner la première visite d’état qu’Emmanuel Macron devrait accomplir au Maroc durant le premier trimestre de 2023. La non fixation d’une date précise de ce déplacement présidentiel témoigne sinon de la permanence des divergences du moins de la poursuite des négociations entre les deux pays pour que cette visite d’Emmanuel Macron soit la plus réussie et fasse bouger les lignes.

Lors de la récente visite préparatrice de ce déplacement, Catherine Colonna ministre des affaires étrangères avait tenté de poser le cadre politique de cette relation, la jugeant favorable au Maroc. Mais les marocains l’ont jugé moins favorable que celle des États-Unis d’Amérique qui reconnaissent ouvertement la marocanité du Sahara ou celle de l’Espagne ou de l’Allemagne qui voient dans l’option de l’autonomie la seule solution politique à cette crise, ce qui de facto devient une reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Paris est volontairement resté en décalage par rapport à ces accélérations internationales sur le dossier du Sahara.

En effet, face à ces évolutions, Paris se cantonne dans sa perception de l’option de l’autonomie comme une sérieuse et crédible base de travail mais pas la seule. Cette navigation dans le clair obscur permet à la diplomatie française de continuer à tenir le manche par le milieu et d’envoyer des messages dits de « distance et d’objectivité » à l’autre partie de ce conflit, le régime algérien.

Dans son bras de fer avec Paris, Alger avait mis dans la balance des relations avec la France une ligne rouge qui consiste à ne pas agir comme l’administration américaine et à conserver volontairement ce flou artificiel qui participe à cultiver cette impression que les rêves séparatistes du Polisario ne sont pas définitivement enterrés et donc à continuer à justifier la coûteuse politique d’agressivité algérienne à l’égard du Maroc.

En application de la vision du Roi Mohammed VI qui consiste à considérer comme allié ou ami le pays reconnaît la souveraineté du Maroc sur son Sahara, Paris est dans le viseur de cette sollicitude et cette pression. D’autant plus qu’en termes d’implication économique entre les deux pays, la France a occupé le haut du pavé, sans parler des relations humaines et culturelles qui reflètent une grande intimité franco-marocaine.

Le Maroc a raison de peser de tout son poids pour convaincre la France d’intégrer le club des pays qui reconnaissent pleinement sa souveraineté sur son Sahara. S’il y parvient durant la prochaine visite d’Emmanuel Macron, il aurait accompli une gigantesque performance à destination de l’espace européen.

Depuis le Brexit qui avait vu la Grande Bretagne larguer les amarres de l’Union européenne, depuis la guerre entre l’Ukraine et la Russie qui avait dévoilé les faiblesses, les dépendances, et les limites du modèle allemand, la France est apparue comme le pays moteur, la puissance locomotive de l’Union européenne. Elle serait d’ailleurs à ce stade capable de susciter une position européenne commune sur le Sahara comme elle pourrait en empêcher l’élaboration.

Officiellement, le Maroc ne pratique aucune forme de pression sur Paris pour que le locataire de l’Élysée puisse clarifier sa position sur le Sahara. Récemment, le ministre marocain des affaires étrangères Nasser Bourita avait laissé à la diplomatie française la liberté de se rénover et de s’adapter.

Et pour cela, il avait indiqué à destination de son homologue Catherine Colonna deux éléments de réflexion et de persuasion. Le premier est que les ressorts internes de la société marocaine sont profondément changé. Le Maroc d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec le Maroc des années 90. Le second élément de réflexion est la dynamique régionale et internationale autour de cette discorde sur le Sahara.

Tous les vents sont favorables au Maroc qui bénéficie d’un très heureux alignement des planètes. Sa solution politique est celle qu’on discute avec sérieux dans tous les forums internationaux.

La visite d’Emmanuel Macron au Maroc est très attendue car elle peut porter une forme de coup de grâce régionale à un conflit artificiellement entretenu et qui sert d’avantage des agendas de déstabilisations, de tensions et de chaos plutôt que stratégies de paix et d’essors économiques bénéfiques au pays de la région.

à propos de l'auteur
Mustapha Tossa est journaliste franco-marocain installé à Paris, né le 28 mai 1963 à Marrakech. Chroniqueur et Editorialiste dans plusieurs médias Francais et marocains, spécialiste du Monde arabe, il intervient régulièrement sur des plateaux de télévision Francais ( i-tele, LCI, France 24 et TV5 ) et internationales pour commenter l'actualité française et arabe.
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