Parashot Tazria-Métsora : Orgueil et pouvoir

© Stocklib / photovs
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Les deux parashot Tazria-Métsora[1] développent longuement la notion de lèpre – TsaRA’aT / צָרָעַת qui est au cœur de notre lecture shabbatique. Cette plaie contagieuse, selon les Sages d’Israël, n’est en aucune manière d’ordre physique mais spirituel.

ב אָדָם כִּי-יִהְיֶה בְעוֹר-בְּשָׂרוֹ שְׂאֵת אוֹ-סַפַּחַת אוֹ בַהֶרֶת וְהָיָה בְעוֹר-בְּשָׂרוֹ לְנֶגַע צָרָעַת וְהוּבָא אֶל-אַהֲרֹן הַכֹּהֵן אוֹ אֶל-אַחַד מִבָּנָיו הַכֹּהֲנִים. (ויקרא יג: ב).ש

2 « S’il se forme sur la peau d’un homme une tumeur, ou une dartre ou une tache, pouvant dégénérer sur cette peau en affection lépreuse, il sera présenté à Aaron le pontife ou à quelqu’un des pontifes, ses fils. (Lévitique 13 : 2).

 

Seul le Cohen est capable, après diagnostic de la plaie, de juger de l’ampleur et du caractère de la maladie afin de guider le lépreux vers la guérison.

La maladie de la lèpre apparaît à maintes reprises dans la source biblique et est généralement due à la médisance, à la mauvaise langue (LaShON HaRa’ לָשׁוֹן הָרָע). Les deux grands personnages, Myriam et Moïse, sont tous deux atteints de la lèpre. La première pour avoir médit sur son frère Moïse (Nombres 12 : 1-15) et le second, pour avoir exprimé un doute sur l’aptitude d’Israël à le reconnaître comme prophète envoyé par l’Eternel (Exode 4 : 1-6). Toutefois la lecture de la Haftara associée à la lecture de la parashah Tazria (II Rois 4 : 42- 5 : 19) nous permet de remonter à la source de la lèpre :

א וְנַעֲמָן שַׂר-צְבָא מֶלֶךְ-אֲרָם הָיָה אִישׁ גָּדוֹל לִפְנֵי אֲדֹנָיו וּנְשֻׂא פָנִים כִּי-בוֹ נָתַן-יְהוָה תְּשׁוּעָה לַאֲרָם וְהָאִישׁ הָיָה גִּבּוֹר חַיִל מְצֹרָע. (מלכים ב, ה: א).ש

1 Et Naaman, général d’armée du roi de Syrie, était un homme considérable et en grande faveur chez son maître, parce que le Seigneur avait donné par lui la victoire à la Syrie ; mais cet homme, ce vaillant guerrier, était lépreux. (II Rois 5 : 1).

 

Le terme hébraïque נְשֻׂא פָנִים NeSsOu PaNiM appliqué au général d’armée d’Aram, Na’aman traduit par « en grande faveur » peut également signifier « orgueilleux, relevant la face de manière altière ». Na’aman s’enorgueillit de sa puissance militaire qui lui vaut la reconnaissance de tous. Cet orgueil ne constitue-t-il point le dénominateur commun de tous les dictateurs imbus du pouvoir dont ils se sont emparé ?

Nombreux sont les observateurs avisés soutenant la thèse selon laquelle Israël, grisé par la victoire fulgurante de la guerre des Six Jours en 1967 a, sous la gouvernance du Premier ministre Golda Meir, sous-estimé les efforts de guerre arabes, en 1973, qui auraient pu s’achever tragiquement par la destruction totale de l’Etat hébreu. La menace de l’orgueil, expression de cette certitude d’être supérieur à autrui et invincible, est dénoncée à maintes reprises dans le TaNaKh. Ainsi le roi d’Israël, du royaume du nord, Achav, avertit Ben Hadad, roi de Syrie (Aram) qui, persuadé d’emporter la victoire, est voué à perdre la guerre avant même de l’avoir menée :

יא וַיַּעַן מֶלֶךְ-יִשְׂרָאֵל וַיֹּאמֶר דַּבְּרוּ אַל-יִתְהַלֵּל חֹגֵר כִּמְפַתֵּחַ. (מלכים א, כ: יא).ש

11 Et le roi d’Israël fit transmettre cette réponse : « Celui qui ceint l’épée ne doit pas se vanter comme celui qui la dépose (I Rois 20 : 11).

 

Finalement Na’aman, sur les conseils du prophète ELISha’ (Elisée), se détermine à s’immerger intégralement dans le fleuve du YaRDeN (Jourdain) d’où il ressort totalement guéri :

יד וַיֵּרֶד וַיִּטְבֹּל בַּיַּרְדֵּן שֶׁבַע פְּעָמִים כִּדְבַר אִישׁ הָאֱלֹהִים וַיָּשָׁב בְּשָׂרוֹ כִּבְשַׂר נַעַר קָטֹן וַיִּטְהָר. (מלכים ב, ה: יד).ש

14 Et il descendit, se plongea dans le Jourdain sept fois, selon la parole de l’homme de Dieu, et sa chair redevint comme la chair d’un jeune enfant : il était rétabli. (II Rois 5 : 14).

 

Comment expliquer cette subite guérison ? Le Jourdain aurait-il des propriétés miraculeuses de guérison ?

Lisons attentivement le texte. La racine Y. R. D. /י.ר.ד.  signifiant « descendre » figure à deux reprises dans cette haftarah. Na’aman s’astreint à « descendre » dans le fleuve du Jourdain appelé en hébreu YaRDeN en raison du courant descendant de ses eaux coulant du nord vers le sud et peut-être aussi car il est en grande partie situé au-dessous du niveau de la mer. Autrement dit Na’aman, et lui seul, comprend que le remède à sa maladie réside en sa propre personne. Il lui faut briser l’orgueil qui l’habite et substituer à celui-ci l’humilité.

ELiSha n’est point sans rappeler le Cohen qui prend la décision de l’impureté du lépreux.

ח וְכִבֶּס הַמִּטַּהֵר אֶת-בְּגָדָיו וְגִלַּח אֶת-כָּל-שְׂעָרוֹ וְרָחַץ בַּמַּיִם וְטָהֵר וְאַחַר יָבוֹא אֶל-הַמַּחֲנֶה וְיָשַׁב מִחוּץ לְאָהֳלוֹ שִׁבְעַת יָמִים. (ויקרא יד, ח).ש

8 Et celui qui se purifie lavera ses vêtements, se rasera tout le poil, se baignera et deviendra pur. Il pourra alors rentrer dans le camp, mais il restera sept jours hors de sa tente. (Lev. 14 : 8).

 

Si certes le processus de purification relève du Cohen, le remède conduisant à la purification après les sept jours d’introspection, n’appartient qu’au malade. En effet le verbe « מִּטַּהֵר/MiTtaHeR qui se purifie » est conjugué à la forme réflexive du hitpael. Na’aman, après cette épreuve de purification exigeant de lui une certaine humilité, retrouve une peau de « jeune adolescent » (II Rois 5 : 14).

Tant que des dictateurs comme Kim Jong-un en Corée du Nord, Ali Khamenei en Iran, continueront à s’enorgueillir de leur puissance atomique comme moyen d’anéantir le monde, il nous incombe de les considérer, à l’instar d’autres despotes suivant leur exemple, comme des lépreux sur le plan international. La Turquie et l’Azerbaïdjan, dirigées respectivement par Erdogan et Ilham Aliyev ne font pas exception à la règle.

Rabbi Lord Jonathan Sacks enseigne :

« La fierté signifie valoriser les autres parce que vous vous appréciez. L’arrogance signifie dévaloriser les autres afin que vous puissiez avoir une haute opinion de vous-même. L’arrogance nationale est impardonnable. La fierté nationale est essentielle. » (The Home We Build Together p. 79).

  ש«רַבִּי אֶלְעָזָר הַקַּפָּר אוֹמֵר: הַקִּנְאָה וְהַתַּאֲוָה וְהַכָּבוֹד, מוֹצִיאִין אֶת הָאָדָם מִן הָעוֹלָם». (פרקי אבות ד: כא).ש

« Rabbi Eléazar Hakappar dit : « La jalousie, la concupiscence et la recherche des honneurs excluent l’homme de la société ». » (Maximes des Pères 4 : 21).

[1] Parashat Tazria-Métsora: Lévitique 12 : 1-15 : 33.

Shabbat Shalom !

Si vous voulez en savoir plus sur l’enseignement de Haïm Ouizemann venez visiter son site.

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétarien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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