Parashat VaEt’hannan, Shéma Israël !

Shéma Israël!
Shéma Israël!

La parashat VaEt’hannan[1] renferme, selon le Sefer Ha’Hinoukh, douze injonctions divines (Huit positives – « tu dois faire » – et quatre négatives – « tu ne feras point »). Le dénominateur commun à toutes ces injonctions réside dans la croyance de l’Unité du Divin dont l’expression ultime transparaît dans la section shabbatique faisant référence au Shéma Israël:

ד שְׁמַע יִשְׂרָאֵל יְהוָה אֱלֹהֵינוּ יְהוָה אֶחָד. (דברים ו:ד)

4 Ecoute, Israël: l’Éternel est notre Seigneur, l’Éternel est un! (Deutéronome 6:4)

Ce verset constituant le pilier central de la croyance hébraïque repose sur trois fondements.

Le premier fondement proclame l’Unité absolue de l’Eternel et de Son existence en tant que cause première de toutes choses. L’hébraïsme invente le monothéisme pur selon lequel le Seigneur est absolument Un, unique, indivisible et sans aucun associé, incarnation ni intermédiaire. A cela s’ajoute la notion d’incomparabilité ou de Transcendance absolue du Divin. Rien dans la Création ne ressemble au Divin, ce qui implique souvent un refus des représentations imagées (aniconisme). Toute représentation matérielle serait une altération ou une réduction réductrice de sa nature. La notion d’aniconisme strict découle de la Deuxième Parole du Décalogue:

ו …  לֹא-יִהְיֶה לְךָ אֱלֹהִים אֲחֵרִים עַל-פָּנָי. ז לֹא-תַעֲשֶׂה לְךָ פֶסֶל כָּל-תְּמוּנָה אֲשֶׁר בַּשָּׁמַיִם מִמַּעַל וַאֲשֶׁר בָּאָרֶץ מִתָּחַת וַאֲשֶׁר בַּמַּיִם מִתַּחַת לָאָרֶץ. (דברים ה:ו-ז)

6 … Tu n’auras point d’autre Seigneur que moi. 7 Tu ne te feras point d’idole, l’image de quoi que ce soit dans le ciel en haut, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux au-dessous de la terre. (Deutéronome 5:6-7)

 

La Torah proscrit explicitement toute forme de représentation figurative du Divin ainsi que la confection d’idoles destinées au culte.

Le deuxième fondement repose, quant à lui, sur l’exigence de servir l’Eternel non seulement par crainte ou par devoir, mais à travers un lien spirituel mû par un amour profond, quelles que soient les circonstances:

ה וְאָהַבְתָּ אֵת יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בְּכָל-לְבָבְךָ וּבְכָל-נַפְשְׁךָ וּבְכָל-מְאֹדֶךָ. (דברים ו:ה)

5 Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. (Deutéronome 6:5)

 

Le troisième fondement repose sur l’ordonnance de transmettre les fondements de la Torah et de la croyance divine à la génération suivante, par la parole, l’étude et les actes du quotidien.

ז וְשִׁנַּנְתָּם לְבָנֶיךָ וְדִבַּרְתָּ בָּם בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתֶךָ וּבְלֶכְתְּךָ בַדֶּרֶךְ וּבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ. (דברים ו:ז)

7 Et tu les inculqueras [par la répétition] à tes enfants et tu t’en entretiendras, soit dans ta maison, soit en chemin, en te couchant et en te levant. (Deutéronome 6:7)

 

Autrement dit, le Juif répétant deux fois par jour le Shéma Israël, matin et soir, témoigne dans chacune de ses pensées, de ses paroles et de ses actes de l’Unité divine régnant dans le monde. En tous lieux et en tous temps, l’on proclame l’Unité divine.

יב הִשָּׁמֶר לְךָ, פֶּן-תִּשְׁכַּח אֶת-יְהוָה אֲשֶׁר הוֹצִיאֲךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים. יג אֶת-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ תִּירָא וְאֹתוֹ תַעֲבֹד וּבִשְׁמוֹ תִּשָּׁבֵעַ. (דברים ו:יב-יג)

12 garde-toi d’oublier l’Éternel, qui t’a tiré du pays d’Egypte, d’une maison de servitude! 13 C’est l’Éternel, ton Seigneur, que tu dois craindre, c’est lui que tu dois servir, c’est par son nom que tu dois jurer. (Deutéronome 6:12-13)

 

Chaque instant de la vie quotidienne du Juif est rythmé par l’idée que l’Eternel est Tout, Absolu et que rien d’autre en dehors ne peut exister:

לה אַתָּה הָרְאֵתָ לָדַעַת כִּי יְהוָה הוּא הָאֱלֹהִים אֵין עוֹד מִלְּבַדּוֹ. (דברים ד:לה)

35 Toi, tu as été initié à cette connaissance: que l’Éternel seul est le Seigneur, qu’il n’en est point d’autre. (Deutéronome 4:35)

 

Or, si la Divinité est Tout et Absolu, comment peut-il exister autre chose que Lui (le monde) ?

L’Eternel dans Son Essence pure, est appelé אֵין סוֹף Ein Sof (‘Sans Fin / Infini’). Cela induit l’idée qu’aucune attribution, aucun nom, aucun concept ne peut Lui être appliqué. Dire « le Seigneur est bon » ou « le Seigneur est fort » serait déjà limiter Son unité en Lui appliquant une catégorie humaine. C’est la théologie négative (Via Negativa, on ne peut dire que ce que le Divin n’est pas) ou apophatisme, longuement développée par Maïmonide dans son œuvre majeure « Le guide des perplexes » (Livre I, chapitres 50 à 60). La Transcendance ultime du Ein Sof אֵין סוֹף est au-delà de toute catégorie imagée et de toute définition verbale.

Pour que le monde en vienne à exister sans violer la croyance du monothéisme pur, le Kabbaliste Isaac Louria (le Ari) développe le concept de צִמְצוּם Tzimtzoum (retrait /contraction/ concentration). Le Divin ‘se retire’ ou ‘voile’ Sa lumière infinie pour créer une ‘vacuité’ (חָלָל פָּנוּי ‘Halal Panoui) dans laquelle le monde fini peut advenir. Le monde n’est pas une entité séparée du Divin (ce qui créerait un dualisme), mais une manifestation voilée de l’Unique. Tout ce qui existe n’est qu’une réflexion de cette Unité sous des formes apparentes multiples.

Si le Divin transcende toute représentation imagée et toute forme verbale, comment est-il possible de s’y attacher ?

יב וַיְדַבֵּר יְהוָה אֲלֵיכֶם מִתּוֹךְ הָאֵשׁ קוֹל דְּבָרִים אַתֶּם שֹׁמְעִים וּתְמוּנָה אֵינְכֶם רֹאִים זוּלָתִי קוֹליג וַיַּגֵּד לָכֶם אֶת-בְּרִיתוֹ אֲשֶׁר צִוָּה אֶתְכֶם לַעֲשׂוֹת עֲשֶׂרֶת הַדְּבָרִים וַיִּכְתְּבֵם עַל-שְׁנֵי לֻחוֹת אֲבָנִים. (דברים ד:יב-יג)

12 Et l’Éternel vous parla du milieu de ces feux; vous entendiez le son des paroles, mais vous ne perceviez aucune image, rien qu’une voix. 13 Et il vous promulgua son Alliance, qu’il vous enjoignait d’observer, à savoir les dix paroles. Puis il les écrivit sur deux tables de pierre. (Deutéronome 4:12-13)

 

Comme l’exprime le Shéma Israël, Israël n’est point le peuple de la vision mais avant tout de l’écoute intérieure (entendement).  

Qu’entendons-nous dans le verset du Shéma Israël (Deutéronome 6:4) ?

Le Nom divin YHVH (יהוה) est dérivé de la racine du verbe être (Hayy – ה.י.י.), il exprime l’existence absolue, l’Atemporel (Il Était, Il Est, Il Sera). C’est la Transcendance pure.

Quant au Nom divin Eloheinou (אֱלֹהֵינוּ)/ Notre Seigneur –  אֱלֹהִים /Elohim – Il exprime la rigueur, la loi, la manifestation divine dans le monde matériel et naturel. Nous touchons ici à la dimension immanente du Divin qui ressort du premier chapitre de la Genèse.

En déclarant que la Divinité de la transcendance infinie (יהוה YHVH) est la même que celui de l’expérience immanente (אֱלֹהִים Elohim), et en concluant par אֶחָד E’had/ UN, le verset affirme la fusion des apparents contraires en une seule et unique réalité.

Dans ce verset final, il est à noter que les premières lettres des trois premiers mots: שְׂאוּ-מָרוֹם עֵינֵיכֶם constitue le verbe שְׁמָע du Shéma Israël; par ailleurs, les mots מִי-בָרָא אֵלֶּה forment l’expression בָּרָא אֱלֹהִים, la réponse étant donc contenue dans la question.

כו שְׂאוּ-מָרוֹם עֵינֵיכֶם וּרְאוּ מִי-בָרָא אֵלֶּה הַמּוֹצִיא בְמִסְפָּר צְבָאָם לְכֻלָּם בְּשֵׁם יִקְרָא מֵרֹב אוֹנִים וְאַמִּיץ כֹּחַ אִישׁ לֹא נֶעְדָּר. (דברים מ:כו)

26 Levez les regards vers les cieux et voyez! Qui les a appelés à l’existence? Qui fait défiler leur armée en bon ordre? Tous, il les appelle par leur nom, et telle est sa puissance et son autorité souveraine que pas un ne fait défaut. (Isaïe 40:26)

 

Shabbat Shalom!

Le site de Haim Ouizemann

 

 

 

[1] Parashat VaEt’Hannan: Deutéronome 3:23-7:11.

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétalien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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