Parashat VaEt’hannan, Ecoute Israël !

© Stocklib / Nir Naamat
© Stocklib / Nir Naamat

Une lecture attentive de la Parashat VaEt’hannan[1] révèle que le mot « קוֹל Kol/ voix » revient comme un leitmotiv :

יב וַיְדַבֵּר יְהוָה אֲלֵיכֶם מִתּוֹךְ הָאֵשׁ קוֹל דְּבָרִים אַתֶּם שֹׁמְעִים, וּתְמוּנָה אֵינְכֶם רֹאִים זוּלָתִי קוֹל. (דברים ד: לג)… לג הֲשָׁמַע עָם קוֹל אֱלֹהִים מְדַבֵּר מִתּוֹךְ-הָאֵשׁ כַּאֲשֶׁר-שָׁמַעְתָּ אַתָּה וַיֶּחִי. (דברים ד: לג).ש

12 Et l’Éternel vous parla du milieu de ces feux ; vous entendiez la voix des paroles, mais vous ne perceviez aucune image, rien qu’une voix. (Deutéronome 4 : 12) … 33 Quel peuple a entendu, comme tu l’as entendue, la voix du Seigneur parlant du sein de la flamme, et a pu vivre ? (Deutéronome 4 : 33).

 

Ces deux versets nous enseignent deux notions fondamentales. D’une part que l’Eternel se révèle essentiellement par Sa Voix, d’autre part que Celle-ci est source de Vie.

Pourquoi le texte insiste-t-il tant sur ce substantif « קוֹל Kol, Voix » ?

Les livres de Béreshit (Genèse) et de Shémot [Exode] apportent un éclairage particulier à notre question :

ח וַיִּשְׁמְעוּ אֶת-קוֹל יְהוָה אֱלֹהִים מִתְהַלֵּךְ בַּגָּן לְרוּחַ הַיּוֹם וַיִּתְחַבֵּא הָאָדָם וְאִשְׁתּוֹ מִפְּנֵי יְהוָה אֱלֹהִים בְּתוֹךְ עֵץ הַגָּן. (בראשית ג :ח) ש

8 Et ils [Adam et Hava] entendirent la voix de l’Éternel-le Seigneur, parcourant le jardin du côté d’où vient le jour. L’homme et sa compagne se cachèrent de la face de l’Éternel-Seigneur, parmi les arbres du jardin. (Genèse 3 : 8).

 

Les deux premières créatures de l’Humanité Adam et Hava se cachent de la Présence divine en fuyant la Parole de l’Eternel. L’écart entre l’Humanité et le Divin débute par cette fuite, expression d’un refus de vouloir écouter le message divin, qui venait de se concrétiser par l’écoute de la voix du serpent, de la Sitra Ahera, « l’autre voix » [littéralement l’« autre côté »].

La source biblique ne dit pas que le Seigneur marchait dans le jardin mais que Sa Voix s’y promenait, autrement dit, emplissait ce jardin. La Voix divine recouvre et enveloppe la Création telle une mère son enfant. La Création n’est-elle point le fruit de la Parole divine ? L’on peut affirmer que cette fuite marque le seuil critique à partir duquel le genre humain va connaître un déclin progressif. La première étape de ce déclin n’est autre que le meurtre de Abel par Caïn :

י וַיֹּאמֶר מֶה עָשִׂיתָ קוֹל דְּמֵי אָחִיךָ צֹעֲקִים אֵלַי מִן-הָאֲדָמָה. (בראשית ד: י).ש

10 Le Seigneur dit : « Qu’as-tu fait ! La voix des sangs de ton frère s’élèvent, jusqu’à moi, de la terre. (Genèse 4 : 10).

 

Les sangs répandus à même le sol, à savoir les générations d’Abel qui ne verront jamais le jour, s’insurgent vers le Créateur car leur voix, autrement dit la justice requise par ces mêmes générations, reste inaudible et sans réponse.

C’est toute la différence entre Yaaqov (Jacob) et Essav (Esaü) : Yaaqov « écoute וַיִּשְׁמַע יַעֲקֹב » (Genèse 28 : 7), mais Essav « voit וַיַּרְא עֵשָׂו » (Genèse 28 : 8) : il « n’entend pas », il « ne comprend pas ». C’est peut-être ce qui le poussera à la violence envers son frère jumeau, au point de vouloir le tuer (Genèse 27 : 41).

Ainsi, dès lors que l’Homme demeure sourd aux injonctions divines, il le devient également envers autrui.

Par ailleurs, Moïse redescendant du mont Sinaï portant les deux Tables de l’Alliance s’avère stupéfait de l’attitude dépravée des Hébreux, alors même que Josué ne réalise pas encore l’immensité de leur chute :

יז וַיִּשְׁמַע יְהוֹשֻׁעַ אֶת-קוֹל הָעָם בְּרֵעֹה וַיֹּאמֶר אֶל-מֹשֶׁה קוֹל מִלְחָמָה בַּמַּחֲנֶה. יח וַיֹּאמֶר אֵין קוֹל עֲנוֹת גְּבוּרָה וְאֵין קוֹל עֲנוֹת חֲלוּשָׁה קוֹל עַנּוֹת אָנֹכִי שֹׁמֵעַ. (שמות לב: יז-יח).ש

17 Et Josué, entendant la clameur [la voix] jubilante du peuple, dit à Moïse : « Une voix de guerre au camp ! » 18 Et Moïse répondit : « Ce n’est point la voix d’un chant de victoire, ce n’est point la voix annonçant une défaite ; c’est une voix affligeante que j’entends ! » (Exode 32 : 17-18).

 

La voix de la Torah détient le pouvoir de réparer la chute de l’Humanité :

יט אֶת-הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה דִּבֶּר יְהוָה אֶל-כָּל-קְהַלְכֶם בָּהָר מִתּוֹךְ הָאֵשׁ הֶעָנָן וְהָעֲרָפֶל קוֹל גָּדוֹל וְלֹא יָסָף וַיִּכְתְּבֵם עַל-שְׁנֵי לֻחֹת אֲבָנִים וַיִּתְּנֵם אֵלָי. כ וַתֹּאמְרוּ הֵן הֶרְאָנוּ יְהוָה אֱלֹהֵינוּ אֶת-כְּבֹדוֹ וְאֶת-גָּדְלוֹ וְאֶת-קֹלוֹ שָׁמַעְנוּ מִתּוֹךְ הָאֵשׁ הַיּוֹם הַזֶּה רָאִינוּ כִּי-יְדַבֵּר אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם וָחָי. (דברים ה: יט-כ).ש

19 Ces paroles, l’Éternel les adressa à toute votre assemblée sur la montagne, du milieu des feux, des nuées et de la brume, d’une voix puissante, qui ne finit pas [de se faire entendre] ; puis il les écrivit sur deux tables de pierre, qu’il me remit, 20 en disant: « Certes, l’Éternel, notre Seigneur, nous a révélé sa gloire et sa grandeur, et nous avons entendu sa voix du milieu de la flamme; nous avons vu aujourd’hui le Seigneur parler à l’homme et celui-ci vivre! (Deutéronome 5 : 19-20).

 

La réparation de la chute des premiers êtres humains, Adam et Hava, repose sur Israël auquel il incombe de porter le message divin en écoutant, en se conformant et en comprenant la Voix de l’Eternel qui ne cesse de traverser toutes les sphères de la Création :

ד שְׁמַע יִשְׂרָאֵל יְהוָה אֱלֹהֵינוּ יְהוָה אֶחָד. (דברים ו: ד).ש

4 Ecoute, Israël : l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est Unique ! (Deutéronome 6 : 4)

 

Israël qui écoute la Parole de l’Eternel en accédant à la suprême conscience de son Unité ouvre le chemin de l’unité du genre humain. Les hommes, alors, s’entendront les uns les autres et au lieu de s’entretuer finiront par se tutoyer.

Le Rabbin Lord Jonathan Sacks enseigne :

« Dans le judaïsme, la foi est une forme d’écoute : au chant que la création chante à son Créateur, et au message que l’histoire délivre à ceux qui aspirent à le comprendre. C’est ce que dit Moïse à maintes reprises dans le Deutéronome. Arrêtez de regarder : écoutez. Arrêtez de parler : écoutez. Créer un silence dans l’âme. Calmer la clameur de l’instinct, du désir, de la peur, de la colère. Aspirez à écouter la petite voix calme sous le bruit. Alors vous saurez que l’univers est l’œuvre de l’Un au-delà de l’étoile la plus éloignée mais plus proche de vous que vous ne l’êtes de vous-même – et alors vous aimerez le Seigneur votre D.ieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de toutes vos forces. Dans l’unité de D.ieu, vous trouverez l’unité – en vous-même et entre vous et le monde – et vous n’aurez plus peur de l’inconnu ». (Va’etchanan (5770) – The Meanings of Shema).

כב וַיִּגַּשׁ יַעֲקֹב אֶל-יִצְחָק אָבִיו וַיְמֻשֵּׁהוּ וַיֹּאמֶר הַקֹּל קוֹל יַעֲקֹב וְהַיָּדַיִם יְדֵי עֵשָׂו. (בראשית כז: כב).ש

22 Jacob s’approcha d’Isaac, son père, qui le tâta et dit : « Cette voix, c’est la voix de Jacob ; mais ces mains sont les mains d’Ésaü. » (Genèse 27 : 22).

 

[1] Parashaht VaEt’hanan: Deutéronome 3 : 23-7 : 11.

Shabbat shalom!

Si vous voulez en savoir plus sur l’enseignement de Haïm Ouizemann venez visiter son site.

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétarien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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