Parashat Tetsavé, Méditation sur la pérennité d’Israël

Cet article est dédié tout particulièrement aux otages, femmes, hommes et enfants capturés par le mouvement terroriste du Hamas et aux parents attendant le retour des leurs.

Le premier verset de la parashat Tetsavé[1] s’ouvre sur la lumière émanant de la Menora, le candélabre déposé au centre du Saint [Qodesh-קֹדֶשׁ] à l’intérieur même de la Tente du Rendez-Vous:

כ וְאַתָּה תְּצַוֶּה אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְיִקְחוּ אֵלֶיךָ שֶׁמֶן זַיִת זָךְ כָּתִית לַמָּאוֹר לְהַעֲלֹת נֵר תָּמִיד. (שמות כז: כ)

20  » Et tu ordonneras aux enfants d’Israël qu’ils prennent pour Toi [l’Eternel] une huile pure d’olives concassées, pour le luminaire, afin d’alimenter la lampe en permanence. (Exode 27 : 20).

Les Sages d’Israël dans leur grande majorité confèrent à ce premier verset, au-delà de son sens littéral, un sens historique. Ils y voient résumées toutes les tribulations d’Israël au cours des millénaires passés.

Le midrash, l’interprétation biblique, commente:

 ש « אָמַר רַבִּי יִצְחָק… כְּשֶׁהָיָה נֺחַ בַּתַּיבָה, מַה כְּתִיב: « וַיְשַׁלַּח אֶת-הַיּוֹנָה … וַתָּבֹא אֵלָיו הַיּוֹנָה לְעֵת עֶרֶב », (בראשית ח: ח; יא). אָמַר לָהֶן הַקָּדוֺשׁ בָּרוּךְ הוּא: מָה הַיּוֺנָה הֵבִיאָה אוֺרָה לָעוֺלָם, אַף אַתֶּם שֶׁנִמְשַׁלְתֶּם לְיוֺנָה הַבִיאוּ שֶׁמֶן זַית וְהַדְלִיקוּ לְפָנַי, שֶׁנֶּאֱמַר:  » וְאַתָּה תְּצַוֶּה אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְיִקְחוּ אֵלֶיךָ שֶׁמֶן זַיִת » (מדרש תנחומא [בובר] פרשת תצוה סימן א – היונה, הזית והאור).

« Rabbi Its’hak enseignait… lorsque Noé était dans l’arche, qu’est-il écrit : ‘Et il envoya la colombe… et elle revient vers lui à l’approche du soir’ (Genèse 8 : 11). L’Eternel dit aux enfants d’Israël: de la même manière que la colombe a apporté la lumière au monde, vous aussi qui êtes comparés à la colombe, apportez l’huile d’olive afin de l’allumer face à Moi comme il est dit: ‘Et tu ordonneras aux enfants d’Israël de te choisir une huile pure d’olives’. » (Midrash Tan’houma [Buber], Parashat Tetsavé, 1, ‘La colombe, l’olive et la lumière’)

La feuille unique d’olivier ramenée par la colombe après le déluge causé par le ‘hamas/חָמָס, la corruption et la violence des hommes symbolise, selon ce Midrash, le renouveau du monde. Les Sages comparent la colombe à Israël afin de délivrer un message d’espérance pour l’Humanité entière. A la chute temporaire d’Israël succèdera une ère de redressement et de réparation.

Certains Etats comme le Brésil, la Colombie, s’associant de fait à l’idéologie terroriste génocidaire du Hamas, tentent de délégitimer Israël en portant une grave et fausse accusation de génocide à l’encontre de l’Etat hébreu mais Israël, tel le Phœnix renaissant de ses cendres, se relèvera plus fort encore et illuminera le monde, telle la Menorah de la Tente du Rendez-Vous. Il nous faut noter que la source biblique ne mentionne jamais le verbe « allumer » la lampe comme dans le midrash Tan’houma cité plus haut (וְהַדְלִיקוּ – racine D.L.Qד.ל.ק./) mais « faire monter »/LeHa’alot לְהַעֲלֹת à la forme factitive (Hif’hil). Cf. Parashat BeHa’alothekha, Nombres 8 : 2). La racine ע.ל.י[ה] Ayin.L.Y[H] de la feuille עֲלֵה – ALeH rapportée par la colombe signifie « monter », « s’élever ». Aucune chute n’est irrémédiable. S’ensuivra toujours une nouvelle ère de renouveau!

Israël, aussi paradoxal que cela puisse paraître, n’est jamais aussi fort que lorsqu’il est menacé de mort.

יב וְכַאֲשֶׁר יְעַנּוּ אֹתוֹ כֵּן יִרְבֶּה וְכֵן יִפְרֹץ וַיָּקֻצוּ מִפְּנֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל. (שמות א: יב)

12 Mais, plus on l’opprimait, plus il se multipliait et débordait et ils [les Egyptiens] conçurent de l’aversion pour les enfants d’Israël. (Exode 1 : 12).

C’est alors qu’il répond le mieux à sa vocation en révélant à lui-même et au monde entier ses qualités latentes.  L’anagramme du mot « huile » HaSheMeN/הַשֶּׁמֶן peut être lu « âme » NeShaMaH/נְשָׁמָה. La lumière cachée jaillit, alors, d’un cœur brisé. Plus l’on cherchera à étouffer la lumière que porte en son sein Israël, plus celle-ci, de sa vive transparence, éclatera glorieusement aux yeux de tous :

ח אָז יִבָּקַע כַּשַּׁחַר אוֹרֶךָ וַאֲרֻכָתְךָ מְהֵרָה תִצְמָח וְהָלַךְ לְפָנֶיךָ צִדְקֶךָ כְּבוֹד יְהוָה יַאַסְפֶךָ. (ישעיהו נח: ח)

8 C’est alors que ta lumière [Israël] poindra comme l’aube, que ta guérison sera prompte à éclore; ta vertu marchera devant toi, et derrière toi la majesté de l’Eternel fermera la marche. (Isaïe 58 : 8).

Alors que la vigne symbolise le peuple d’Israël dans sa marche dans le désert (Paume 80 : 9), son installation définitive en Erets Israël (I Rois 5: 5) et la fécondité, l’olivier symbolise, quant à lui, la transmission et l’éternité des valeurs de Justice et de Compassion d’Israël (Isaïe 58 : 6-7).

ג  אֶשְׁתְּךָ כְּגֶפֶן פֹּרִיָּה בְּיַרְכְּתֵי בֵיתֶךָ:
בָּנֶיךָ כִּשְׁתִלֵי זֵיתִים סָבִיב לְשֻׁלְחָנֶךָ. (תהלים קכח: ג)

3 Ta femme sera comme une vigne féconde dans l’intérieur de ta maison, tes fils, comme des plants d’olivier autour de ta table. (Psaume 128 : 3).

Il ne fait aucun doute que, lors du pogrom du 7 octobre, les terroristes du Hamas avaient l’intention de briser et d’annihiler totalement la chaîne de la transmission en assassinant à la fois les nourrissons, les enfants, les parents et les grands-parents.

L’huile d’olive et la Menorah fabriquée d’un seul bloc d’or rappellent également la Menorah à sept branches et deux rameaux d’oliviers alimentant les lampes de la prophétie de Zacharie (4 : 2). L’Eternel expose la signification de cette vision (Zacharie 4 : 11-13) à Zacharie qui n’en comprend point le sens:

יד וַיֹּאמֶר אֵלֶּה שְׁנֵי בְנֵי-הַיִּצְהָר הָעֹמְדִים עַל-אֲדוֹן כָּל-הָאָרֶץ. (זכריה ד: יד)

14 Alors, il dit: « Ce sont les deux hommes consacrés par l’huile, qui se tiennent auprès du Maître de toute la terre! » (Zacharie 4 : 14).

Autrement dit, la Menorah symbolise respectivement les deux pouvoirs du politique et du spirituel qui, séparés en Israël, s’avèrent constituer les deux fondements nécessaires à la pérennité de la nation hébraïque. Les deux hommes invoqués par l’Eternel sont זְרֻבָּבֶל בֶּן-שַׁלְתִּיאֵל Zerubavel fils de Shaltiel, gouverneur la Judée (Hagaï 1 : 14) et Josué le grand-prêtre יְהוֹשֻׁעַ בֶּן-יְהוֹצָדָק הַכֹּהֵן הַגָּדוֹל Yehoshoua ben Yehoṣadaq HaCohen HaGadol (Hagaï 1 : 14).

Au jour du 7 octobre 2023, les terroristes du Hamas ont tenté tout à la fois de déstabiliser la souveraineté d’Israël durant plusieurs heures en « conquérant » sans entrave le Sud du pays, en assassinant près de 1 200 civils innocents, en capturant des centaines d’otages, ainsi qu’en profanant la journée solennelle du Shabbat de Sim’hat Torah, en somme en tentant d’éteindre la flamme sacrée du peuple d’Israël, la lumière de la Torah, héritage de toute la nation d’Israël.

Israël, par le biais de ses serviteurs – les Cohanim – a le devoir – « Et tu ordonneras aux enfants d’Israël וְאַתָּה תְּצַוֶּה אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל » – de ne jamais désespérer, même dans les temps les plus obscurs, comme ceux qu’il traverse avec courage et confiance en une ère nécessairement meilleure. Maintenir la lumière dans ce monde ne constitue pas la seule vocation d’Israël. La souffrance d’Israël qui ne cesse d’être un fait historique a pour effet, selon les maîtres de la Kabbale, de faire monter – de libérer – les étincelles de lumière divine emprisonnées dans les forces du Mal. Cette lumière porte le nom de solidarité active, d’amour du prochain, d’écoute d’autrui, de gratitude à la Vie donnée, צְדָקָה Tsedaka, de don de soi et d’unité fraternelle. Et rien ni personne ne pourra arrêter cette puissante force lumineuse qui sans limite rayonnera sur l’ensemble de l’humanité.

Cette lumière perpétuelle נֵר תָּמִיד (Exode 27: 20) ne doit surtout jamais s’éteindre. Cette notion de perpétuité se retrouve dans la caractéristique de l’olivier dont le feuillage persistant lui permet de demeurer vert toute l’année.

 ש « מַה זַית אֵין עָלָיו נוֺשְׁרִין לֺא בִּימוֺת הָחָמָה וְלֺא בִּימוֺת הַגְּשָׁמִים, אַף יִשְׂרָאֵל אֵין לָהֶם בְּטִילָה עוֺלָמִית, לֺא בָּעוֺלָם הַזֶּה וְלֺא בָּעוֺלָם הַבָּא » (תלמוד בבלי, מנחות נג, ע »ב)

« L’olivier ne perd son feuillage ni en été [à la période des grandes chaleurs], ni en hiver [à la période des pluies]. Il en de même pour des fils d’Israël qui ne disparaissent ni de ce monde-ci, ni du monde futur ». (Talmud de Babylone, Traité Mena’hot 53, b).

Chaque âme d’Israël est une feuille d’olivier qui, attachée à ses racines, ne connaîtra pas la mort.

L’âme d’Israël est la seule force au monde qui puisse vaincre les armes:

ו וַיַּעַן וַיֹּאמֶר אֵלַי לֵאמֹר זֶה דְּבַר-יְהוָה אֶל-זְרֻבָּבֶל לֵאמֹר לֹא בְחַיִל וְלֹא בְכֹחַ כִּי אִם-בְּרוּחִי אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת. (זכריה ד: ו)

6 Et il reprit et me parla en ces termes : « Ceci est la parole de l’Eternel à Zorobabel : Ni par la puissance ni par la force, mais bien par mon esprit ! dit l’Eternel-Tsevaot. (Zacharie 4 : 6).

[1] Parashat Tetsavé: Exode 27: 20-30: 10.

Shabbat shalom!

Haïm Ouizemann

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétarien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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